Krëfel sera désormais français

Krëfel, la chaîne belge spécialisée dans la TV, la hi-fi, l'IT, le multimédia et l'électroménager, est reprise par son concurrent français Boulanger, propriété de la famille Mulliez (Auchan, Decathlon...)

Les discussions étaient en cours depuis quelques mois. Aujourd'hui, les syndicats ont été avertis lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire: Krëfel est racheté par le français Boulanger.

"Sensible à l’histoire et aux valeurs de Krëfel et Hifi International qui lui sont proches, Boulanger entend engager son développement à l’international avec cette acquisition qui fait particulièrement sens. Les équipes de Boulanger, de Krëfel et de Hifi International, partagent un ADN commun et nourrissent les mêmes ambitions pour leurs entreprises", lit-on dans un communiqué commun.

"Avec cette acquisition, Boulanger entend engager son développement à l’international."

Krëfel, ce sont en Belgique pas moins de 74 magasins et 11 au Luxembourg et  quelque 1.350 emplois. En 2017-2018, ce groupe familial affichait un chiffre d'affaires de 405 millions d'euros pour un résultat opérationnel de 8 millions d'euros.

Depuis 1958, Krëfel était dans les mains de sa famille fondatrice, Poulet. La chaîne est actuellement dirigée par la troisième génération avec Pascal Poulet et son père Marc (un des deux fils du fondateur Auguste Marcel).

Il y a treize ans déjà, Krëfel s'était mis en quête d'un repreneur, souhaitant ainsi réagir à la vague de fusions et acquisitions qui sévissait dans le secteur. L'opération n'avait cependant pas abouti, la famille considérant le montant de l'offre trop faible. Parmi les candidats, on trouvait le fonds d'Albert Frère, Ergon.

Dans un empire

Krëfel passe donc dans des mains françaises, mais pas n'importe lesquelles. L'enseigne Boulanger fait en effet partie de l'empire des Mulliez. Cette famille est à la tête d'Auchan, de Decathlon, de Leroy-Merlin, mais aussi dans l'habillement de Kiabi et de Pimkie.

Krëfel, un nom d'emprunt

En lançant sa chaîne en 1958, Auguste Marcel Poulet devait trouver un nom. C'est alors qu'il s'est souvenu du village allemand de Krefeld où il avait un temps travaillé dans une usine fabriquant des aspirateurs.

Le choix du nom n'a cependant rien de sentimental, mais était davantage dirigé par un souci de qualité et de durabilité que reflétait ce village.

Tout comme Krëfel, l'enseigne Boulanger a été créée dans les années 50. Aujourd'hui, elle dispose d'un réseau de 147 magasins répartis en France. Une tentative de croissance internationale a été tentée avant de se replier sur le territoire national. Boulanger est aussi actionnaire de la chaîne d'électroménager discount, Electro-Depôt, également présente en Belgique avec six sites.

Côté chiffres, peu de détails fusent. Boulanger avance tout au plus un chiffre d'affaires consolidé de 2 milliards d'euros. 

Quant aux Mulliez, ils représentent la cinquième plus riche famille de France. Selon le magazine Challenge, leur fortune s'élevait l'an dernier à 38 milliards d'euros. La famille se place aussi dans la liste des grandes fortunes de France installées en Belgique, à Néchin. La rue Reine Astrid du village a même été rebaptisée "rue Mulliez".   

BOULANGER

Le pôle électro de la famille Mulliez

Derrière le patronyme Boulanger se cache un des géants français du commerce d’électroménager et de multimédia. Grand rival de Fnac-Darty, le groupe Boulanger, qui va sur ses 65 ans, s’appuie aujourd’hui sur un parc de 154 magasins où travaillent quelque 9.000 salariés. De quoi lui permettre de proposer plus de 25.000 références, pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros.

Les frères Bernard et Gustave Boulanger n’ont sans doute jamais imaginé en arriver là en ouvrant, en 1954, leur boutique de fabrication et de réparation de postes de radio. Mais le petit commerce lillois s’est très vite étendu dans le nord de la France, puis à Paris et Lyon. Jusqu’à ce qu’il attire l’attention du groupe Mulliez (Auchan, Décathlon…), qui devient actionnaire en 1983 et prend le contrôle de Boulanger trois ans plus tard.

L’enseigne prend alors son envol. Et voit grand. Quatre nouveaux magasins s’ouvrent en moyenne chaque année, et en 1998, Boulanger s’attaque au marché espagnol. Une aventure qui durera neuf ans, avant un recentrage sur le marché français et une diversification vers la location d’électroménager et de multimédia (Lokéo, en 2009), vers la relation client (la centrale d’appel Boulanger Customer Care, en 2010) et vers les services aux professionnels (Boulanger.pro, en 2017). L’an dernier, le groupe Boulanger s’est donné un nouvel élan en signant un partenariat avec le groupe Galeries Lafayette, qui lui permet d’ouvrir cinq comptoirs de 300 m² en moyenne dans plusieurs grands magasins.

Boulanger entend continuer sur sa lancée en 2019. Au programme: la poursuite des ouvertures de nouveaux points de vente et de nouvelles synergies permettant le déploiement d’unités plus petites en centre-ville, en propre ou au sein de magasins Galeries Lafayette et BHV. 

 

Quel avenir pour Krëfel?

Cette reprise va-t-elle comporter un volet social? Pour les syndicats répondre à cette question est pour l'heure anticipée. Ils se montrent toutefois sereins. Boulanger n'est pas présent en Belgique et les six magasins d'Electro-Dépôt visent un tout autre segment de clients. Il n'y a donc pas de risque de doublons.

Par l'intermédiaire d'une boîte de communication, la direction belge indique qu'"aucune fermeture de magasins ou d’entrepôts n’est prévue". Aucune suppression de postes n’est également envisagée dans le cadre de l’acquisition de Krëfel par Boulanger.

Quant au nom, dans le rang des syndicats, on espère que la marque Krëfel sera préservée. "La famille a réussi à faire de Krëfel une marque belge, connue et gage de qualité", explique-t-on à la CNE. Chez Krëfel, on affirme que tous les magasins de l’entreprise Krëfel, en Belgique et au Luxembourg, "conserveront leur marque après l’acquisition".

Enfin, le management de Krëfel restera en place, indique-t-on chez Boulanger. "L'ensemble du comité de direction Krëfel reste à la tête de l'entreprise. Dans le cadre de ce rapprochement, l’ensemble des équipes dirigeantes de Krëfel sera pleinement intégrée aux équipes de Boulanger et restera à la tête de l’entreprise Krëfel. A l’issue de l’opération, il est prévu qu’un administrateur membre de la famille dirigeante de Krëfel rejoigne le conseil d’administration de Boulanger."

Une vague de consolidation

La reprise de Krëfel n'est en soi pas une surprise. Les fusions et acquisitions ont été légion ces dernières années dans le secteur. On se souviendra du rachat en 2016 du Britannique Darty par le Français Fnac. Chez nous Darty était actif via Vanden Borre, un concurrent de Krëfel. Un an plus tard, Ceconomy, la maison-mère de Media Markt, l'autre concurrent de Krëfel, reprenait les parts de Fnac dans Darty.

"Krëfel nous explique être un acteur solide, mais pas forcément un acteur de niche", poursuit-on à la CNE. Il doit donc faire face à une concurrence de plus en plus forte avec un Vanden Borre, attaché à un grand groupe, tout comme Media Markt. Ensuite il y a aussi les nouveaux entrants. 

Cette opération n'est en effet pas sans lien avec l'émergence de l'e-commerce et la force de frappe d'acteurs internationaux comme Amazon, Bol.com et autres Coolblue. 

Notons que cette opération reste soumise à l'aval des autorités compétentes.

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