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La faillite d'Esprit, nouvel accès de fièvre pour le commerce de détail

Parmi les 15 magasins Esprit concernés par la faillite, six se trouvent en Wallonie, deux à Bruxelles (photo: l'Esprit The Mint) et sept en Flandre. ©Photo News

L'antenne belge de la chaîne de vêtements Esprit a été déclarée en faillite. Quinze magasins et 148 employés sont touchés. Les défaillances de commerces s'enchaînent.

Le couperet est tombé lundi soir. Dans un communiqué laconique, la chaîne de vêtements Esprit annonce une "réorganisation complète". Elle se concentrera dorénavant "sur le partenariat commercial et l'e-commerce", sacrifiant au passage ses 15 magasins belges. Dès mardi matin, le tribunal de l'entreprise d'Anvers prononçait la faillite d'Esprit België Retail, la filiale belge du groupe, et chargeait deux curateurs de sauver ce qui peut l'être.

Six des quinze magasins concernés par la faillite se trouvent en Wallonie (deux à Liège, un à Nivelles, à Louvain-la-Neuve, à Mons et à Tournai), deux à Bruxelles (à The Mint et au Westland Shopping Center) et sept en Flandre. L'avenir d'Esprit en Belgique passera désormais par les dix magasins franchisés, par une présence dans 550 magasins multimarques et par le site de vente en ligne esprit.be, qui présentera une "offre améliorée".

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La Belgique n'est pas la seule à pâtir de cette réorientation. La marque de vêtements, fondée en 1968 par les créateurs de The North Face et basée à la fois à Hong Kong et en Allemagne, avait déjà annoncé fin mars la faillite de son réseau et la fermeture de ses magasins détenus en propre en Suisse. Une quarantaine de magasins ont également été fermés en Allemagne.

22,8
millions €
Après la dégelée de 2021 (2,25 millions d'euros de perte), la filiale belge d'Esprit était restée dans le rouge en 2022, le chiffre d'affaires plongeant de 32,5 à 22,8 millions d'euros.

Énergie, logistique, loyers

Dans son communiqué, Esprit invoque des motifs déjà connus: ralentissement économique mondial, forte hausse des coûts de l'énergie et de la logistique, climat de consommation morose en Europe, mais aussi des loyers élevés "pour des magasins surdimensionnés". De quoi rendre "impossible la poursuite des activités dans leur structure actuelle en Belgique", précise l'enseigne.

Il est vrai qu'après la dégelée de 2021 (2,25 millions d'euros de perte), la filiale belge d'Esprit était restée dans le rouge en 2022, le chiffre d'affaires plongeant de 32,5 à 22,8 millions d'euros.

La faillite d'Esprit Belgique marque donc la fin, chez nous, du réseau intégré de la chaîne. Celui-ci avait déjà été rogné en 2018, lors d'une restructuration qui avait fait passer huit magasins et plusieurs dizaines d'emplois à la trappe. Et la crise du covid n'a rien arrangé.

"A un moment donné, il faut se poser la question de savoir s'il est judicieux de s'implanter dans des galeries commerciales dont on connaît le coût élevé des loyers. A Louvain-la-Neuve, Esprit paie près de 100.000 euros par mois."

Christophe Bouvier
Permanent SETCa (horeca et commerce)

Dépités mais pas surpris

Du côté du personnel, c'est bien sûr la douche froide. Si les travailleurs sont dépités, ils ne sont pas surpris pour autant. Des signes avant-coureurs laissaient présager une telle décision. Si le contexte économique global n'est guère favorable au commerce de moyenne gamme, les syndicats incriminent aussi la stratégie commerciale des enseignes malades.

"À un moment donné, il faut se poser la question de savoir s'il est judicieux de s'implanter dans des galeries commerciales dont on connaît le coût élevé des loyers. À l'Esplanade de Louvain-la-Neuve, Esprit s'étend sur deux étages et paie près de 100.000 euros de loyer mensuel", souligne Christophe Bouvier, secrétaire permanent SETCa en charge de l'horeca et du commerce. Esprit paie sans doute aussi une image de marque un peu désuète et une offre dont la qualité est, à en croire certains clients, en recul.

Le naufrage d'Esprit en Belgique n'est jamais qu'une poussée de fièvre supplémentaire pour un commerce de détail bien malade. Pas seulement dans le prêt-à-porter: les faillites de la chaîne de produits de soin personnel The Body Shop et des magasins d'ameublement Vastiau-Godeau et Heylen sont là pour en témoigner. Face à la montée en puissance de sites de vente en ligne de plus en plus envahissants, le milieu de gamme a du souci à se faire.

"Les ventes en ligne, c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Les clients achètent en ligne, viennent chercher leur commande en magasin mais n'y achètent rien d'autre."

Christophe Bouvier
Permanent SETCa (horeca et commerce)

D'autres priorités budgétaires

"Dans le prêt-à-porter, les entreprises en difficulté étaient déjà sur le fil du rasoir avant la crise du covid. Et leur situation s'est encore aggravée depuis lors", dit Christophe Bouvier. En cause, l'émergence de géants de la "fast fashion" comme les chinois Shein (plus de 2 milliards de dollars de bénéfices en 2023) et Temu, qui proposent des vêtements jusqu'à trois fois moins chers, mais aussi de la seconde main, favorisée par les réorientations des priorités budgétaires du consommateur, plus enclin à se payer des vacances au soleil ou un smartphone dernier cri qu'à changer sa garde-robe.

Les enseignes ont beau s'adapter en proposant, elles aussi, une offre web, rien n'y fait. "Les ventes en ligne, c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Les clients achètent en ligne, viennent chercher leur commande en magasin, mais n'y achètent rien d'autre", dit Christophe Bouvier.

De quoi expliquer l'essor du low cost, incarné, côté "physique", par l'irlandais Primark. Sa recette n'a pas changé depuis 1969. Pas de ventes en ligne, pas de pub, deux collections par an et 50% d'articles basiques (tee-shirts, sous-vêtements, joggings) en rayons, le tout amené en Europe par bateau plutôt que par avion: il n'y a pas de petites économies.

Au vu de l'intensité de la concurrence, l'hécatombe dans le prêt-à-porter n'est sans doute pas terminée. Ceux qui se sortiront du marasme seront les plus costauds et les plus malins.

Le résumé
  • Le tribunal de l'entreprise d'Anvers a prononcé mardi la faillite d'Esprit België Retail, la filiale belge de la chaîne de vêtements, sacrifiant au passage ses 15 magasins belges.
  • L'avenir d'Esprit en Belgique passera désormais par les 10 magasins franchisés, par une présence dans 550 magasins multimarques et par le site de vente en ligne.
  • Esprit invoque notamment le ralentissement économique mondial, la hausse des coûts de l'énergie et de la logistique, un climat de consommation morose et des loyers élevés.
  • Le naufrage d'Esprit en Belgique n'est jamais qu'une poussée de fièvre supplémentaire pour un commerce de détail bien malade.
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