La fin d'un conflit de grande ampleur dans une filiale US d'Ahold Delhaize

©Bloomberg

Filiale d’Ahold Delhaize, Stop & Shop vient de mettre un terme au plus gros conflit social qu’aient connu les Etats-Unis depuis trois ans.

Une grève de onze jours, impliquant 31.000 travailleurs et 246 points de vente, soutenue par des candidats démocrates à la prochaine élection présidentielle: la chaîne de supermarchés américaine Stop & Shop vient de mettre un terme au plus gros conflit social qu’aient vécu les Etats-Unis depuis trois ans.

Le préaccord conclu dimanche entre la direction et les syndicats, qui doit encore être entériné par les travailleurs, est l’aboutissement de négociations qui patinaient depuis plus de trois mois. "Nous avons partout de très bonnes relations avec les partenaires sociaux. Nous avons donc été surpris par ces événements malheureux. Mais nous avons pu mener une bonne négociation qui a abouti à un accord correct et responsable avec les syndicats", a commenté Frans Muller, le CEO d’Ahold Delhaize, qui dressait hier le bilan comptable de la grève (lire ci-contre).

Bilan comptable
Un manque à gagner de 200 millions de dollars

Pas d’impact structurel, mais un effet ponctuel passablement lourd: ainsi peut-on résumer le bilan comptable du conflit social qui aura sérieusement entravé durant onze jours les activités de 246 des 415 supermarchés Stop & Shop. "La grève, dont l’effet a été exacerbé par la période de Pâques, a entraîné un manque à gagner sur les ventes de 200 millions de dollars", résumait hier matin Frans Muller, le patron d’Ahold Delhaize, la maison mère de l’enseigne de la côte Est.

Le groupe belgo-néerlandais fournit par ailleurs une première estimation du bilan comptable du conflit social. Selon lui, le mouvement social qui a pris fin lundi entraînera une baisse non récurrente du bénéfice d’exploitation ajusté dans une fourchette se situant entre 90 et 110 millions de dollars. La conséquence d’un recul sensible des ventes, mais aussi de la perte de produits périmés et de coûts supplémentaires dans la chaîne d’approvisionnement. "L’effet de la grève est purement ponctuel", assure le directeur financier du groupe, Jeff Carr. Un diagnostic partagé par un analyste de KBC Securities, qui parle d’un impact "significatif mais ponctuel".

Ce contretemps n’affectera en tout cas pas les comptes du premier trimestre, qui seront publiés le 10 mai prochain et devraient être "en ligne avec les prévisions", selon Frans Muller.

La croissance du bénéfice par action ajusté en 2019 est en outre révisée, passant d’un pourcentage dans le haut d’une fourchette à un chiffre au bas de cette même fourchette.

Ahold Delhaize maintient enfin sa prévision de cash-flow disponible à 1,8 milliard d’euros, grâce à la croissance de ses autres enseignes aux Etats-Unis et en Europe.

Propriété d’Ahold Delhaize depuis 1995, Stop & Shop est une des plus grosses enseignes outre-Atlantique. Désireux de relancer une chaîne aux performances défaillantes depuis quelques années, le groupe belgo-néerlandais a tenté de profiter de la renégociation d’une convention arrivant à expiration fin février pour revoir certains avantages. Au menu, notamment, une augmentation de la prime d’assurance santé pour tous les travailleurs – pour rappel, le système de santé est entièrement privé aux Etats-Unis et les contrats d’assurance-maladie figurent souvent dans les avantages liés au contrat de travail – et l’instauration d’un plafond salarial. Autre mesure, ne touchant que les embauches futures: la suppression des plans de pension et du sursalaire de 50% lié aux prestations du dimanche et des jours fériés.

Ces propositions sont restées en travers de la gorge des syndicats, ulcérés de surcroît par l’instauration d’un sous-statut pour les nouveaux salariés, qui n’auraient plus droit aux mêmes avantages que leurs collègues plus anciens dans la maison.

Une grève populaire

Les discussions, entamées début janvier avec les syndicats, se sont vite retrouvées dans une impasse. Au point de déboucher, le 11 avril, sur une grève dans les États du Connecticut, du Massachusetts et du Rhode Island – les magasins des États de New York et du New Jersey ne se sont pas joints au mouvement.

Pour contourner la grève, la direction de Stop & Shop a tenté de recourir à des travailleurs intérimaires. Mais ces mesures n’ont eu que peu d’effet sur un mouvement qui a très vite bénéficié du soutien de la clientèle locale, celle-ci refusant de franchir les piquets de grève et approvisionnant les grévistes en nourriture et en monnaie sonnante et trébuchante. Au grand dam de la direction, qui insistait sur la nécessité de préserver la compétitivité de Stop & Shop face à des concurrents dont le personnel n’est pas syndiqué.

Selon le Boston Globe, la fréquentation des supermarchés Stop & Shop aurait ainsi baissé de 75% durant la semaine de Pâques.

La popularité du mouvement n’a pas échappé aux leaders démocrates, qui commencent à préparer la course à l’élection présidentielle de l’an prochain. Plusieurs d’entre eux n’ont pas hésité à s’afficher auprès des grévistes, à l’image d’Elizabeth Warren, présidente de la Chambre des Représentants, ou de Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama et candidat pressenti à la présidentielle de 2020.

"Les salaires ont un petit peu augmenté, mais la productivité s’est accrue de manière exponentielle. Et où en êtes-vous? Au point mort", a-t-il lancé vendredi dernier lors d’un congrès du syndicat UFCW à Boston.

540 millions €
L’accord entre direction et syndicats de Stop & Shop n’aura aucun impact sur l’objectif d’Ahold Delhaize, qui entend réduire ses coûts de 540 millions d’euros cette année.

C’est finalement dimanche, après onze jours de conflit, que syndicats et direction sont parvenus à trouver un compromis. Le nouvel accord, qui court sur trois ans, prévoit des augmentations de salaires pour tout le personnel et maintient le système de couverture santé existant. Ceux qui paieront les pots cassés sont les futurs travailleurs engagés à temps partiel: leur pension de retraite sera réduite et les primes du dimanche ne seront plus garanties.

L’accord n’aura en tout cas aucun impact sur l’objectif d’Ahold Delhaize, qui entend réduire ses coûts de 540 millions d’euros cette année.

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