La fuite en avant de FNG l'a amené au bord du précipice

Les syndicats craignent que l'annonce de la fermeture de 47 magasins et la suppression de 287 emplois chez FNG ne soit qu'un début. ©SISKA VANDECASTEELE

Croulant sous les dettes, le groupe textile FNG sollicite une mise en réorganisation judiciaire. Il paie le prix d'un expansion rapide mais dévastatrice pour sa trésorerie et pour son personnel.

Chronique d'un naufrage annoncé, ainsi peut-on résumer la trajectoire du groupe textile FNG . La demande de réorganisation judiciaire de la maison mère de Brantano, CKS, Miss Etam ou encore Fred & Ginger (plus de 3.000 salariés en Belgique, aux Pays-Bas et en Scandinavie) n'aura surpris personne. Cela sentait l'oignon dès le mois d'avril, lorsque FNG a sollicité un report de publication de ses résultats annuels, puis lorsque fut annoncé le départ inopiné, pour raison de santé, du CEO Dieter Penninckx.

"L’accent placé sur l’augmentation d’échelle a conduit à prendre de plus gros risques que les autres opérateurs du secteur", disait FNG le 11 juin dernier lors de la publication de ses résultats. Le bilan: une perte nette de 292 millions d'euros, mais surtout un endettement de 734 millions, conséquence d'une soif inextinguible d'acquisitions qui aura poussé FNG au bord du précipice. L'action est d'ailleurs retirée de la cote depuis plus d'un mois.

734
millions €
Fin 2019, le groupe FNG s'est retrouvé avec un endettement de 734 millions d'uros.

Le point d'orgue aura été le rachat, en juillet 2019, du groupe suédois Ellos, une ancienne société de vente par correspondance comparable, par exemple, à Trois Suisses ou à Neckermann et qui s'est muée avec succès en plateforme d'e-commerce. Une opération qui a contraint le repreneur flamand à lever plus de 140 millions d'euros via un placement privé d'obligations.

Viabilité menacée?

Poussé dans le dos par ses créanciers, mis à sec par la crise du Covid-19, FNG se voit en outre contraint de restructurer. Les syndicats craignent déjà que l'annonce de la fermeture de 47 magasins et la suppression de 287 emplois ne soit qu'un début. "Nous nous attendions à l'annonce d'une restructuration, mais nous espérions que les banques donnent à FNG un délai supplémentaire pour mettre de l'ordre dans ses affaires", résume Sven De Scheemaeker, permanent du syndicat flamand ACV Puls.

"Nous espérions que les banques donnent à FNG un délai supplémentaire pour mettre de l'ordre dans ses affaires."
Sven De Scheemaeker
Secrétaire ACV Puls

"Très préoccupés par la viabilité de la chaîne à long terme", les syndicats pointent du doigt la mégalomanie de l'ancien CEO du groupe, Dieter Penninckx. "Le patron qui part un mois avant d'annoncer un plan de licenciement, ce sont les rats qui quittent le navire", lance Myriam Djegham, secrétaire de la CNE.

"Le patron qui part un mois avant d'annoncer un plan de licenciement, ce sont les rats qui quittent le navire."
Myriam Djegham
Secrétaire de la CNE

Pour elle, FNG est l'exemple parfait de l'entreprise qui grandit "de manière disproportionnée" en enchaînant les acquisitions qu'elle finance avec de l'endettement. "Tant que ce système fonctionne, les actionnaires sont rétribués. Quand le projet gargantuesque ne fonctionne plus, ce sont les travailleurs qui paient les risques pris, alors qu'ils ne sont pas responsables", souligne la permanente du syndicat chrétien.

Les syndicats craignent que l'annonce de ce lundi ne soit que la partie émergée d'un iceberg dont la taille reste indéterminée. Le CEO ad interim, Yves Pollé, s'est montré peu prolixe lors du conseil d'entreprise extraordinaire convoqué pour la cause. Une grande incertitude règne donc en interne.

Ampleur inattendue

Si elle n'étonne personne aujourd'hui, la dégradation de la situation n'en est pas moins d'une ampleur inattendue. Acquise par le holding néerlandais Macintosh Retail Group en 2007, l'enseigne Brantano est revendue début 2016 à FNG qui, la même année, quitte le marché libre bruxellois pour se faire coter sur Euronext Amsterdam. Avant de revenir sur Euronext Bruxelles en juillet 2018 en levant une soixantaine de millions d'euros. Objectif: se doter des capitaux permettant d'investir dans le développement des enseignes existantes (en particulier Brantano) et de soutenir la stratégie de croissance par acquisition.

En 2017, la chaîne ramène ses comptes dans le vert. Et le CEO Dieter Penninckx voit la vie en rose. Il annonce, pour 2020, l'ouverture de 50 nouveaux magasins Brantano. L'enseigne n'en ouvrira que dix. Elle s'apprête aujourd'hui à en fermer une trentaine.

Cette stratégie se poursuit en 2019, avec l'acquisition du groupe suédois Ellos Group Holding, présenté comme le Zalando suédois, pour 229 millions d'euros. Outre l'ouverture à une nouvelle région géographique, cette opération doit aussi permettre au groupe de diversifier son offre de produits, puisqu'Ellos est également exposé au marché de la décoration d'intérieur.

229
millions €
En juillet 2019, FNG a acquis le groupe Ellos, présenté comme le Zalando suédois, pour 229 millions d'euros.

Cela faisait un certain temps que le personnel se posait des questions sur les successions de bonnes nouvelles. Aujourd'hui, il déchante. Et pointe du doigt l'immobilisme du conseil d'administration et la réaction tardive de la FSMA.

La pérennité du groupe textile passera sans doute par un resserrement des forces commerciales et par la poursuite de la numérisation de ses activités. Selon certains, la situation financière actuelle, aggravée par la crise du coronavirus, pose même la question de la survie de l'entreprise. Les prochaines semaines seront en tout cas cruciales.

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