La pression s'accentue sur les marges de Colruyt

Les marges de Colruyt sont déjà passées de 8% en 2010 à 5% en 2017. ©Thomas De Boever

Lanterne rouge en Bourse ce jeudi, Colruyt subissait les prises de bénéfices mais également les craintes de l’arrivée d’un nouveau concurrent en Belgique. Ses marges pourraient en souffrir.

L’horizon semble s’assombrir pour Colruyt . Le groupe de distribution avait déjà prévenu lors de la publication de ses résultats annuels le 19 juin dernier que "le marché de détail restera concurrentiel durant l’exercice 2018/19". Mais il se pourrait que la situation se complique davantage avec l’éventuelle arrivée d’un nouvel acteur sur le marché belge dans les prochains mois.

La menace d'une arrivée du néerlandais Jumbo sur le marché belge fait peur aux actionnaires de Colruyt. ©ROBIN UTRECHT

Des rumeurs persistantes – qui circulent depuis 2017 – relatent la volonté de la société néerlandaise Jumbo   de s’étendre de l’autre côté de la frontière. L’intéressé aurait démenti l’information dans le passé mais plusieurs signes le prouvent cependant. Dernier exemple en date, la nomination de Peter Isaac, ancien COO et membre du comité de direction de Lidl Belgium, en tant que managing director de Jumbo Belgium à partir du 1er septembre. "Sa nomination souligne l’ambition de Jumbo de devenir, à terme, un acteur incontournable dans le paysage belge de la distribution alimentaire" a commenté Frits van Eerd, CEO de Jumbo.

Le doute n’est plus vraiment permis. Et l’annonce est de mauvais augure pour Colruyt, en témoigne la réaction des investisseurs. L’action a perdu jusqu’à 6,71% ce jeudi. "Même si nous avons encore une visibilité limitée sur les projets d’expansion de Jumbo en Belgique, nous pensons que l’acteur néerlandais pourrait constituer une menace sérieuse pour Colruyt et le reste du marché à court et moyen terme", a expliqué Exane BNP Paribas.

Dans un rapport publié ce jeudi, le broker français dit craindre une guerre des prix sur notre territoire. Laquelle pourrait impacter négativement les marges de Colruyt, qui sont déjà passées de 8% en 2010 à 5% en 2017. Du coup, Exane a abaissé sa recommandation à "sous-performer" alors que c’était encore l’un des rares à avoir un avis neutre sur la société belge.

Une prime "injustifiée"

Mais ce n’est pas l’unique facteur pour lequel le courtier est devenu pessimiste pour Colruyt. Il rappelle que l’action se négocie historiquement avec une prime par rapport au marché, reflet de son caractère défensif. "Après un programme de rachat d’actions assez agressif, cette prime a atteint un sommet de 40%", souligne-t-il, la jugeant "injustifiée". Ce n’est pas le seul à critiquer la valorisation de Colruyt. Près des trois quarts des analystes qui suivent la valeur, recommandent de la vendre pour cette principale raison. Selon Exane, le marché va progressivement se rendre compte de l’érosion du caractère défensif de Colruyt en raison d’une concurrence intense.

Concernant les rachats d’actions à proprement parler, ceux-ci devraient bientôt prendre fin. Le groupe de distribution en a déjà racheté pour 338 millions d’euros sur les 350 millions visés. Et si c’était le dernier programme? "Comme le groupe possède une trésorerie limitée (87 millions d’euros au 31 mars 2018, NDLR) et qu’il n’a jamais emprunté d’argent pour acheter des actions, nous pensons qu’un nouveau programme est peu probable". Et en l’absence d’un tel soutien, le cours de Colruyt risque de piquer du nez. Les investisseurs seront d’autant plus poussés à prendre leurs bénéfices que l’action a gagné 12,71% sur le premier semestre.

Le prochain rendez-vous est l’assemblée générale du 26 septembre. En plus de l’éventuel non-renouvellement des rachats d’actions, Exane craint que Colruyt ne déçoive ses actionnaires en revoyant à la baisse ses prévisions.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content