"Le nouveau patron fait ce que les frères Mestdagh n'ont jamais osé faire"

Les délégués syndicaux à la sortie du conseil d'entreprise extraordinaire tenu ce lundi. ©EPA

La direction du supermarché Mestdagh va supprimer 450 postes et demande une plus grande flexibilité au personnel. Aucun magasin ne devrait disparaître. Les syndicats ne s’attendaient pas à des mesures d’une telle ampleur.

Le message des dirigeants de Mestdagh aux 2.459 salariés du groupe de distribution est clair: il faut davantage de polyvalence. En exposant les détails de la réorganisation de ses 83 enseignes, le groupe Mestdagh impose ainsi le travail le dimanche et supprime au passage le principe du quart d'heure payé (une pause de 15 minutes, dont la suppression chez Carrefour avait créé des remous). 

450 postes passeront également à la trappe. Cela représente environ 18% des effectifs totaux et en moyenne une suppression de 10 postes par magasins. La direction souhaite que ces suppressions d'emplois se fassent le plus possible par des départs volontaires. Elle promet en outre de ne fermer aucun des 52 magasins intégrés ni de les franchiser. Les 31 enseignes franchisées ne sont pas concernées directement par les suppressions de postes. La prochaine réunion avec le personnel est prévue dans 10 jours. 

Un nouveau patron "moins paternaliste"

Un conseil d'entreprise extraordinaire a eu lieu ce lundi matin au siège du distributeur à Gosselies. Il devait officiellement informer les travailleurs des "difficultés rencontrées par l'entreprise ainsi que leurs éventuelles conséquences sur l'emploi".

"On ne s’attendait pas du tout à une mesure d’une telle ampleur. Mestdagh fait exactement comme les autres. La seule bonne nouvelle: aucun magasin ne va être fermé, aucun magasin ne va être franchisé".
Evelyne Zabus
Permanente CNE

Arrivé chez Mestdagh début mars, le Français Guillaume Beuscart, jusqu'alors patron de Lagardère Travel Retail Benelux, a été désigné administrateur délégué du groupe Mestdagh avec une mission claire: élaborer une stratégie en vue de ramener les comptes dans le vert, soit combler les trous dans des caisses en perte depuis quatre ans avec des ventes qui plafonnent autour de 700 millions d’euros. Sur les six dernières années, le chiffre d'affaires du distributeur a reculé annuellement de 2% avec une accélération à -5,2% en 2017.

L'arrivée du Français en lieu et place des frères John et Eric Mestdagh était perçue par les représentants des travailleurs comme celle d'un tournant dans la gestion "paternaliste" de l'entreprise. Les syndicats craignaient qu'il soit moins bienveillant quand il s'agira de réduire des effectifs "à la pyramide des âges compliquée". "Le  nouveau CEO, Guillaume Beuscart, fait ce que les frères Mestdagh n’ont jamais osé faire auparavant. C’était une société assez paternaliste, mais qui aurait dû être modernisée plus tôt", nous souffle une source syndicale.

"Nous sommes pleinement conscients de l’émotion que ces annonces peuvent engendrer.Néanmoins, ces projets sont indispensables pour stopper le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons actuellement. Nous voulons tout faire pour retrouver le chemin de la rentabilité et sauvegarder ainsi nos magasins et notre modèle intégré."
Guillaume Beuscart
Administrateur délégué de Mestdagh

Dans le plan annoncé ce lundi, Guillaume Beuscart indique vouloir lancer d'importants investissements (une enveloppe supplémentaire de 21,2 millions est prévue à cet effet) pour revoir l'offre commerciale du groupe d'ici 2020, tout en diminuant les frais généraux (16,30% du chiffre d'affaires, soit bien plus que la concurrence).

Cette chasse aux coûts est agrémentée d'une demande de "polyvalence totale" de la part des travailleurs, avec notamment l'ouverture des magasins le dimanche matin. Des exigences qui passent mal, à entendre les premières réactions des syndicats. Ces derniers ne s'attendaient pas à une restructuration d'une telle ampleur, mais la direction insiste sur le fait qu'elle subit "la concurrence de plus en plus grande des 'smart discounters'" qui rognent ses parts de marché.

83
Magasins Mestdagh
Créé en 1900, le groupe familial Mestdagh, basé à Gosselies, emploie quelque 2.459 salariés. Ses 83 magasins (52 intégrés et 31 franchisés), quasi tous implantés en Wallonie et à Bruxelles (il y en a deux en Flandre), réalisent un chiffre d'affaires de 700 millions d'euros.

"Beaucoup trop de supermarchés: un pour 50 habitants"

©BELGA

Fondé en 1900, le groupe Mestdagh compte aujourd'hui 83 magasins, principalement à Bruxelles et en Wallonie. En 2010 le distributeur effectuait sa première approche en direction du groupe Carrefour, rachetant alors 16 magasins menacés de fermeture. Trois ans plus tard, c'est une nouvelle étape qui est franchie: l'ensemble du parc commercial des Mestdagh se mue en 'Carrefour Market'. Le re-branding permet au groupe familial de s’adosser à une enseigne qui est alors la deuxième puissance mondiale de la distribution et de profiter de l’accès à des conditions d’achat et des ressources commerciales qu’il aurait difficilement pu revendiquer seul. 

"Mestdagh avait auparavant une stratégie claire: le frais, le frais, le frais", précise Evelyne Zabus de la CNE. "Depuis le passage sous enseigne Carrefour et le défi de la reprise de 16 magasins Carrefour en 2010, la stratégie est beaucoup moins claire: le frais? La proximité? Le bio? Ce n’est pas clair."

Mais l'un comme l'autre sont confrontés à des changements dans les habitudes de consommation de leurs clients. La restructuration annoncée ce lundi est moins lourde que celle en cours chez Carrefour où 1.233 postes sont en train de disparaître.

Les syndicats profitent aussi de l'annonce du jour pour donner une piqûre de rappel aux autorités. "Le politique va sans doute se lamenter, déplorer la situation, mais il a un rôle à jouer, car il n’a jamais tenté de réguler l’implantation de supermarchés en Belgique. Il y en a beaucoup trop: un pour 50 habitants. Et, il n’a jamais su réguler les baux commerciaux: certains sont tellement élevés que cela devient intenable pour les chaînes", conclut Evelyne Zabus.


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