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Le prix du livre est désormais le même partout

Avec la suppression de la tabelle, les libraires devraient pouvoir lutter à armes égales avec l'e-commerce. ©BELGAIMAGE

Le 1er janvier, la tabelle appartiendra au passé. Tout le monde sera sur le même pied pour contrer les géants de l’e-commerce. Mais gare aux effets pervers.

Dans la nouvelle législation sur le prix unique du livre, entrée en vigueur en 2018, figure la suppression progressive de la tabelle. Ce surcoût de 10 à 15% par rapport à la France avait été instauré pour couvrir les frais de douane et les risques de variation de taux de change entre les deux pays. Après le passage à l’euro, elle avait été maintenue par les deux grands distributeurs (Dilibel et Inteforum) qui représentent environ 50% des ventes de livre en Belgique francophone, ceci pour justifier les coûts de leurs services (logistique, conseil, marketing…).

De 12 à 0%
de surcoût
Depuis 2018 à 2021 la tabelle est passée de 12 à 0%.

Ce surcoût n’avait plus de raison d’être aux yeux des libraires indépendants, pointant la concurrence des géants du net (qui pèsent environ 25% du marché), Amazon en tête, non soumis à ce dispositif. Ils ont mené un intense lobbying pour le supprimer. Ce qui fut fait, mais de manière progressive. La tabelle a été réduite de 12 à 8% en 2019, de 8 à 4% en 2020 et elle disparaîtra totalement ce 1er janvier.

"Cela ne s’applique qu’aux livres publiés en 2021, précise Benoît Dubois, directeur général de l’Adeb, l’Association des éditeurs belges; ceux sortis en 2020 peuvent toujours être tabellisés à 4%, ceux de 2019 à 8% et les plus anciens à 12%." D’aucuns estiment que les livres encore tabellisés devraient représenter environ 15% de l’offre en 2021.  

À armes égales

S’il subsiste encore un différentiel de TVA (6% contre 5,5% en France), tout le monde est désormais sur le même pied en Belgique: librairies indépendantes (Filigranes, Tropismes, Graffiti…), chaînes (Club, Fnac…), grandes surfaces (Carrefour, Cora…), magasins de journaux (Press Shop…) et e-commerce. Le prix fixé par l’éditeur fait loi. Seule est autorisée une ristourne de 5% pendant 24 mois; après le prix devient libre.

"On va enfin pouvoir communiquer sur le fait que le prix est désormais identique partout."
Yves Limauge
Co-président de l’Association des librairies indépendantes

"Face à la domination d’Amazon, il était urgent de supprimer cette tabelle", témoigne Yves Limauge, patron de la librairie À Livre Ouvert, à Woluwé-Saint-Lambert, et co-président de l’Association des librairies indépendantes (60 membres). "Notre marge est certes moins importante qu’avant, en revanche, notre chiffre d’affaires est en croissance car nous avons plus de clients, notamment des jeunes; en 2020, ma librairie aura enregistré une croissance de 5%, ceci en dépit du premier confinement", ajoute-t-il.

Sur le long terme, Yves Limauge table sur un rétablissement de la marge du secteur. "On va enfin pouvoir communiquer sur le fait que le prix est désormais identique partout, ce qui devrait attirer davantage de lecteurs dans nos magasins", se réjouit-il.

Pas que des avantages pour les libraires

Sur cet atout marketing, Marc Filipson, patron de Filigranes, la plus grande librairie de Belgique, partage ce point de vue. En revanche, il n’observe pas du tout le même impact économique: "On s’était habitués à vivre avec la tabelle et depuis sa disparition progressive je ne pense pas avoir un client de plus. En revanche, cela m’a fait perdre 700.000 euros de chiffre d’affaires et de la marge, car la remise que vous accorde le distributeur sur le prix de vente est la même avec ou sans tabelle", explique le médiatique libraire. "La mesure permet certes de se battre à armes égales avec l’e-commerce, en revanche l’effet est négatif pour les magasins physiques", assure-t-il.

"Si ces distributeurs devaient réduire la voilure ou disparaître à cause de la tabelle, rien ne dit que ces libraires seraient aussi bien servis au départ de la France."
Benoît Dubois
Directeur général de l’Adeb

Menace sur les distributeurs

La suppression de la tabelle menace aussi les distributeurs, Dilibel et Interforum, filiales des deux moguls français de l’édition, soit respectivement Hachette (Lagardère) et Editis (Vivendi). "Alors que nos coûts augmentent en permanence, notre marge se réduit à rien depuis la nouvelle législation", constate Patrick Moller, patron de Dilibel. Il se veut toutefois rassurant: "Nous n’allons pas diminuer nos activités, nous comptons toujours offrir un service de qualité aux libraires", assure-t-il. Pour ce faire Dilibel a néanmoins diminué il y a un an la ristourne accordée aux libraires.

Patrick Moller estime qu’en demandant la fin de la tabelle, les libraires ont fait une erreur de calcul car elle affecte leur marge. "Faire baisser de 10% le prix d’un livre vendu 10 euros n’en fait pas acheter deux", nous disait-il en 2019.

Benoît Dubois observe que, dans ce combat pour le prix unique du livre, le secteur a peut-être un peu négligé l’impact sur ces distributeurs. "Les libraires sont leurs clients prioritaires, mais si ces distributeurs devaient réduire la voilure ou disparaître à cause de la tabelle, rien ne dit que ces libraires seraient aussi bien servis au départ de la France, explique-t-il; en outre beaucoup d’éditeurs belges sont distribués par ces deux structures. Que feront-ils si elles devaient diminuer ou cesser leurs activités?"

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