Le thermomètre social remonte dans la distribution

Difficile de fermer les seuls rayons vins, bières et spiritueux pour se conformer à l'interdiction de vente d'alcool après 20h. Delhaize, Colruyt et Carrefour fermeront donc temporairement leurs magasins une heure plus tôt le vendredi. ©Thierry du Bois

Les supermarchés fermeront une heure plus tôt le vendredi pour respecter l'interdiction de vente d'alcool après 20h. La recrudescence du Covid-19 inquiète les salariés.

L'interdiction de la vente d'alcool après 20h, imposée depuis lundi pour lutter contre le Covid-19, suscite des interrogations sur son respect dans les supermarchés qui ferment plus tard le vendredi.

Delhaize et Colruyt avaient tranché mardi, Carrefour leur a emboîté le pas mercredi matin. Dès le 23 octobre, les trois principales enseignes du pays fermeront leurs magasins une heure plus tôt le vendredi, soit à 20h, et ce pour trois semaines au moins. C'est le moyen le plus simple, selon elles, de respecter l'interdiction de vente d'alcool après 20 heures sans accroître la pression sur le personnel.

Ce faisant, les trois principaux distributeurs du pays répondent à l'appel des syndicats qui réclamaient cette fermeture à 20h00 pour éviter d'éventuels problèmes avec des clients. Chez Carrefour, on précise que l'on s'adaptera en fonction des prochaines annonces du gouvernement.

Chez Cora et Match, c'est toujours l'inconnue. Le groupe Louis Delhaize reste silencieux à ce stade. Chez Makro, les systèmes de caisse ont été adaptés pour répondre à l'interdiction de vendre de l'alcool après 20h00. Il n'est donc pas nécessaire de fermer les magasins plus tôt, estime la direction. Au grand dam des syndicats, qui jugent cette décision incompréhensible.

Et les franchisés ?

"Nous craignons que le personnel soit confronté à l'agressivité de clients qui ne sont pas toujours au fait de l'importance du respect des mesures sanitaires", affirme Stijn Vandercruysse, permanent du syndicat libéral (CGSLB) pour la distribution.

"Nous craignons que le personnel soit confronté à l'agressivité de clients."
Stijn Vandercruysse
Permanent de la CGSLB

Si les syndicats saluent la décision des trois "grands" de fermer leurs magasins à 20h, ils s'inquiètent de la situation chez les franchisés, qui ouvrent parfois jusqu'à 22h, voire 23h. Ces magasins sont en effet gérés par des indépendants, qui gardent le libre choix de leurs horaires.

"C'est plus compliqué parce qu'il n'y a pas d'interlocuteurs. Notre marge de manœuvre est donc plus réduite. Nous avons interpellé pour cela les organisations de classes moyennes", dit Delphine Latawiec, secrétaire nationale de la CNE Commerce.

Une possibilité serait de gérer des stocks en les retirant de la vente libre, comme cela se fait déjà pour le tabac. "Mais ces magasins ont souvent peu de personnel et sont davantage exposés, dans les centres-villes notamment", souligne la permanente du syndicat chrétien.

Derrière ces questions d'horaire pointe aussi une inquiétude grandissante au sein du personnel face à la recrudescence de la pandémie. Dans ce contexte incertain, les syndicats demandent à Comeos, l'organisation faîtière du commerce de détail, et aux organisations d'indépendants de faire respecter toutes les mesures prévues pour assurer la sécurité du personnel: marquages au sol, réintroduction du caddy obligatoire pour garantir une distance suffisante aux caisses, retour des stewards à l'entrée des magasins pour désinfecter les caddies, ce que les clients ne font plus systématiquement.

Cluster

Même si globalement, la situation dans les magasins reste sous contrôle, des problèmes ponctuels émergent de temps à autre. Pas plus tard que ce mercredi, Colruyt s'est vu contraint de fermer un supermarché à Anderlecht à la suite de la détection d'un cluster de 7 salariés malades (sur une grosse quarantaine) au sein de l'équipe du personnel. Une équipe intérimaire devait être mise sur pied pour pouvoir rouvrir le magasin dès jeudi matin.

7
salariés
Colruyt s'est vu contraint de fermer un supermarché à Anderlecht suite à la détection d'un cluster de 7 salariés malades.

Les employeurs ont beau multiplier les discours rassurants, le climat anxiogène fait monter ponctuellement la température sociale. En région liégeoise, les salariés de Colruyt ont décidé de débrayer chaque lundi dans une des grandes surfaces du groupe. Après les magasins de Herve et Fléron la semaine dernière, celui de Chênée est resté portes closes lundi.

Le personnel réclame la prolongation des accords 'Corona' (augmentation de 4 euros des chèques-repas et une demi-heure de récupération en plus par jour), l'interdiction des sacs pour limiter les risques de contamination et l'application de la CCT 104 qui permet d'alléger la charge de travail des plus de 45 ans.

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