Les créanciers veulent mettre la main sur HEMA

HEMA afficherait une dette de quelque 800 millions d'euros, principalement en obligations négociables. ©ANP

Craignant de ne jamais être remboursés des quelque 600 millions d'euros prêtés, les créanciers de la chaîne néerlandaise HEMA veulent échanger leurs obligations contre des actions. Ils proposent aussi d'apurer une partie de la dette.

HEMA est en difficulté. On savait que l'enseigne néerlandaise faisait face à une croissance en berne dans ses marchés domestiques que sont notamment les Pays-Bas, la Belgique et la France. Elle a tenté, certes, de se développer sur d'autres marchés en nouant notamment un partenariat avec Walmart au Canada et aux États-Unis. Mais, la crise liée à la pandémie du Covid-19 n'a pas aidé.

Aujourd'hui, ses créanciers envisagent un plan dans lequel ils entendent reprendre les rênes. En contrepartie, ils apureront les dettes à hauteur de 300 millions d'euros,  lit-on dans Het Financieele Dagblad. La proposition est sur la table de la direction, avec laquelle les discussions étaient en cours ces dernières semaines.

HEMA afficherait une dette de quelque 800 millions d'euros, principalement en obligations négociables, et sur lesquelles l'enseigne paie chaque année environ 50 millions d'euros d'intérêts.

80% de chiffre d'affaires

La situation financière périlleuse d'HEMA a été davantage mise à mal avec la fermeture forcée de magasins, notamment en Belgique et en France. Aux Pays-Bas, le chiffre d'affaires n'est guère mieux. Entre-temps, tous les sites ont rouvert, mais les ventes restent sous pression et le chiffre d'affaires du groupe atteint à peine 80% de ce qu'il représentait il y a un an.

800 millions
d'euros
HEMA serait à la tête d'une dette de quelque 800 millions d'euros, principalement en obligations négociables, et sur lesquelles HEMA paie chaque année environ 50 millions d'euros d'intérêts.

Il y a deux mois, le CEO Tjeerd Jegen, déclarait que "si le chiffre d'affaires n'augmentait pas rapidement, la survie de l'entreprise serait menacée".

Les créanciers, composés d'investisseurs institutionnels, de gestionnaires de fonds et de hedge funds anglo-saxons, ont déjà prêté 600 millions d'euros à HEMA. Ils craignent désormais que, face à la hauteur de la dette, ils ne soient jamais remboursés, d'où leur proposition d'échanger une partie de leurs créances contre des actions; actions qu'ils revendront au plus vite. Leur objectif n'est pas, en effet, de rester propriétaire d'une enseigne dans un secteur sous pression comme celui du retail.

Les créanciers soulignent aussi qu'HEMA vaut actuellement beaucoup moins que sa dette, alors qu'en 2018, la chaîne affichait encore un résultat brut de 112 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 1,3 milliard d'euros.

Jusqu'à présent, souligne le quotidien néerlandais, le propriétaire (depuis 2018) Marcel Boekhoorn n'a pas encore réagi.

Tentative de redressement 

Cela fait plusieurs années qu'HEMA œuvre à son rétablissement. La direction cherche ainsi, depuis un an, un repreneur pour sa division boulangerie. Elle était proche d'un accord avec la française Mademoiselle Dessert, mais le coronavirus est passé par là.

"Si le chiffre d'affaires n'augmente pas rapidement, la survie de l'entreprise est menacée."
Tjeerd Jegen
CEO d'HEMA

L'enseigne a déjà négocié avec ses fournisseurs un report de paiement et discute une réduction des loyers. Elle s'est aussi tournée vers le fonds d’urgence du gouvernement néerlandais pour une indemnisation de jusqu'à 90% des salaires de ses travailleurs. HEMA emploie quelque 11.500 personnes réparties dans 12 pays, dont 9.000 aux Pays-Bas. 

Enfin, en mars dernier, Marcel Boekhoorn avait indiqué être prêt à ouvrir son portefeuille, à condition que les créanciers retirent une partie de leurs créances. Jusqu'à présent, cette proposition est restée sans suite. 

Dans l'intervalle, la publication des résultats annuels 2019, prévue le 20 mars, a été reportée pour la deuxième fois. Les réviseurs hésitent à déclarer la société viable.

HEMA et les autres

Plus qu'HEMA, c'est tout un secteur qui trinque. Avant la crise du coronavirus, la concurrence de l'e-commerce avait déjà mis la corde au cou de nombreuses enseignes. On citera ainsi Blokker, les magasins de jouets Maxi Toys, la Grande Récrée, ou encore Orchestra Prémaman.

Dans un secteur déjà fragilisé, la fermeture forcée des magasins pour éviter toute propagation du Covid-19 a accentué les difficultés forçant certains, comme l'allemand Karstadt Kaufhof (Galeria Inno), à se mettre à l'abri de leurs créanciers, voire à chercher un repreneur, comme l'ont fait Maxi Toys ou Camaïeu

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