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Les rappels en série ont un sérieux impact sur la distribution et l'industrie alimentaire

Interdit pour les produits alimentaires européens, l'oxyde d'éthylène est encore utilisé comme désinfectant dans des champs ailleurs dans le monde. ©Pierre HAVRENNE/PACHACAMAC

La liste des produits contenant de l’oxyde d'éthylène s'allonge. La sécurité alimentaire belge fonctionne, elle a un coût pour la distribution, qui s'en accommode.

Filets de hareng, épices, bûches au chocolat, glaces en tout genre, vinaigrette, gratin dauphinois, etc. Des rappels de produits ont lieu presque tous les jours depuis le début de l'été dans les magasins. "Les rappels de cette année, c’est du jamais vu. Une année normale, une quinzaine de produits sont rappelés. Nous en sommes déjà à 40", souligne Roel Dekelver, manager de la communication externe chez Delhaize.

Il s'agit du dernier épisode en date de l'oxyde d'éthylène. Ce désinfectant gazeux qui vise entre autres à éviter les moisissures est interdit en Europe, car cancérigène. Mais depuis septembre 2020, on retrouve des quantités d'oxyde d'éthylène trop importantes dans de nombreux produits.

Tout comme pour le fipronil dans les œufs, c'est de Belgique que l'alerte a été lancée."Nous avons un système belgo-belge qui oblige les entreprises à nous notifier quand elles ont identifié un problème chez un fournisseur. Ensuite, on ouvre un dossier et on va faire des contrôles", souligne Jean-Sébastien Walhin, directeur de la communication à l'Afsca .

C'est de cette manière que le problème est apparu, via l'analyse de graines de sésame importées d'Inde qui contenaient des quantités trop importantes d'oxyde d'éthylène. "C'est un produit qui n'est plus utilisé depuis les années 1970 en Europe", souligne Sami Hemdane, food policy advisor chez Comeos, la fédération du commerce et des services.

Gomme de caroube

Ce n'est donc pas le premier suspect que l'on recherche dans la liste des substances interdites. Mais une fois le lièvre levé pour les graines de sésame, il s'est avéré que des quantités d'oxyde d'éthylène trop élevées étaient présentes dans des lots d'épices, de graines et d'herbes. Plus particulièrement, dans la gomme de caroube qui constitue l'additif E410 que l'on retrouve dans de nombreux produits y compris de nombreuses glaces très populaires à cette épode de l'année.

"C'est assez novateur. Si une matière première est analysée avec de l'oxyde d'éthylène, le produit fini est retiré des rayons."
Jean-Sébastien Walhin
Directeur de la communication de l'Afsca

La Commission européenne a décidé d'appliquer une approche du risque zéro. "C’est assez novateur. Jusqu’à présent, les États membres se basaient sur le risque réel dans le produit fini. Dans ce cas-ci, si une matière première est analysée avec de l'oxyde d'éthylène, les produits finis sont retirés des rayons", détaille Walhin.

Coûts opérationnels

Ensuite, la machine s'emballe car il est aussi obligatoire d'informer correctement la clientèle, sans quoi le travail de l'Afsca ne servira pas à grand-chose.

"Pour nous, la santé publique est la priorité numéro 1. Ces rappels démontrent aussi que le système fonctionne", rassure Roel Dekelver.

"Ces rappels démontrent aussi que le système fonctionne."
Roel Dekelver
Manager de la communiction externe de Delhaize

Il précise que les produits en question sont remboursés par les fournisseurs de manière contractuelle. Mais que tous ces rappels représentent un boulot considérable pour les équipes à charge des distributeurs.

"Pour un rappel de produit classique comme par exemple des barres glacées, le coût opérationnel peut monter à quelques dizaines de milliers d’euros par produit", confie Sami Hemdane (estimations d'il y a trois ans). Ceci "sans les coûts indirects sur l'image de l'enseigne et du produit".

Consciente que le risque zéro n'existe pas, la distribution peut par contre agir sur ses processus pour diminuer le coût de ces rappels avec des systèmes de template pour les communiqués de presse, des systèmes pour contacter plus rapidement le personnel, etc.

Cette crise est tout de même bien moins importante que celle de la dioxine, où on devait vider entièrement des rayons, selon Sami Hemdane. "On est capable de travailler lot par lot. Depuis les années 2000, le système de traçabilité s'est vraiment amélioré", dit-il.

Le nombre de rappels peut surprendre, "mais sans le système efficace en Belgique et en Europe, on était encore parti pour 15 ou 20 ans avec la circulation des produits problématiques", assure Walhin.

L'Afsca fait 300 inspections par jour et analyse 200 échantillons. Sur les 65.000 échantillons de 2020, le taux de conformité des échantillons est de 97,7% . "On considère que des rappels de produits auront toujours lieu. Le risque zéro n’existe pas", ajoute Walhin.

Fevia, la fédération de l'industrie alimentaire, a réalisé une enquête auprès de ses membres qui montre que l’impact des rappels se chiffrera pour eux en millions d’euros. "Les entreprises alimentaires doivent indemniser les clients et les consommateurs, détruire les produits de la manière la plus durable possible et relancer la production avec une perte d’efficacité et avec d’autres matières premières. Dans certains cas, l’assurance couvre ces coûts ou les entreprises peuvent les répercuter sur les fournisseurs, mais même dans ce cas, l’impact reste important", déclare Bart Buysse, CEO de Fevia. 

Le résumé

  • Depuis plusieurs jours, presque aucun jour ne passe sans que de nouveaux produits soient rappelés et retirés des rayons.
  • De l'oxyde d'éthylène a été trouvé dans de nombreuses matières premières, comme le sésame, la gomme de caroube (E411) ou des épices.
  • Ces retraits constituent un coût opérationnel important pour la distribution et des coûts de plusieurs millions d'euros pour l'industrie alimentaire belge.
  • Le système belge prouve qu'il fonctionne bien.

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