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interview

Ludovic Holinier, CEO de Louis Delhaize: "Cora et Match sont à nouveau rentables et en croissance"

Pour Ludovic Holinier, le CEO du groupe Louis Delhaize, l'année 2020 "a permis de confirmer la pertinence du modèle de l’hypermarché". ©Antonin Weber / Hans Lucas

Le groupe Louis Delhaize a gonflé ses revenus de 5,1% (hors carburants et restauration) en 2020. En Belgique, l'enseigne Match retrouve croissance et rentabilité.

Une entreprise en pleine mutation, mais dont les résultats de 2020 incitent à l'optimisme: c'est le diagnostic posé par Ludovic Holinier sur le groupe familial Louis Delhaize, qu'il dirige depuis l'automne 2019. Premier CEO extérieur à la famille, ce transfuge d'Auchan, où il a passé plus de 28 ans (essentiellement à l'international), voit dans ces performances les premiers fruits du plan stratégique lancé fin 2019.

Comme la plupart de ses concurrents, le groupe belge (qui réalise les trois quarts de son chiffre d'affaires en France) bénéficie notamment de la forte croissance de ses ventes en ligne. En Belgique, la restructuration des magasins Match et Smatch, lancée fin 2019 (17 magasins fermés, 210 emplois supprimés), a permis à l'enseigne de renouer avec la croissance et la rentabilité.

7,28
milliards €
En 2020, Louis Delhaize a réalisé un chiffre d’affaires de 7,28 milliards d’euros (+5,1% hors carburants et restauration).

Quel bilan tirez-vous de 2020?

Il est positif. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 7,28 milliards d’euros, soit une croissance de 0,6%. Mais hors carburants et restauration, elle atteint 5,1%. Je retiens de cette année l’agilité et la résilience de notre modèle décentralisé, dans un cadre multiformat et multicanal, avec une croissance des ventes en ligne de 46%, supérieure à la moyenne du marché. L’année 2020 nous a permis d’ancrer ces parcours digitaux tant dans l’esprit de nos collaborateurs que dans celui de nos clients.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement?

L’objectif est de développer nos ventes en ligne depuis nos magasins physiques. Nous croyons que le modèle gagnant est celui de la proximité avec le client.

"Le digital doit être un relais de croissance privilégié. L’offre en e-commerce a été élargie."

Le digital doit être un relais de croissance privilégié. L’offre en e-commerce a été élargie. Nous voulons pouvoir proposer quasiment 100% du choix disponible dans les magasins physiques. Notre magasin de Colmar, qui a l’offre la plus large, propose plus de 50.000 références. En interne, on dit qu’on va passer de ‘tout sous le même toit’ à ‘tout sous le même doigt’.

Nous accélérons aussi le déploiement de partenariats, notamment sur le bio, mais aussi sur la culture geek et pop, avec l'entreprise belge, Buzz Attitude (Road Sixty Geek), dans l’ensemble de nos hypermarchés.

Les enseignes du groupe Louis Delhaize n'ont pas la réputation d'être les moins chères...

Nous avons beaucoup travaillé sur les prix. En 2020, Cora et Match sont d'ailleurs les deux seules enseignes à avoir baissé leurs prix.

Comment? En négociant avec les fournisseurs? En rognant les marges?

Les deux. Il y a un réajustement à faire vis-à-vis du client et un travail à faire dans les gammes et avec les fournisseurs.

La croissance est revenue, mais qu'en est-il de la rentabilité en Belgique?

Les enseignes se portent mieux. Le plan de restructuration lancé en 2019 chez Match Belgique lui a permis de retrouver la croissance et la rentabilité. Mais il reste beaucoup de travail, notamment sur le concept et sur le positionnement de l’enseigne, pour valoriser au mieux des emplacements de qualité. Pour ce qui concerne Cora, 2020 nous a permis de vérifier la pertinence de notre modèle décentralisé et local. L’ensemble de nos magasins a enregistré une croissance. Et Delitraiteur (41 magasins) est aussi en croissance. Et nous prévoyons trois à quatre ouvertures par an dans les années à venir.

"L‘atout majeur de Cora, c’est l’étendue du choix, mais en deuxième position vient la qualité du service."

Le modèle de l'hypermarché reste dans l'ADN du groupe. Quels sont les atouts de Cora?

L'atout majeur de Cora, c’est l’étendue du choix, mais en deuxième position vient la qualité du service, notamment dans le commerce en ligne. Nous misons aussi sur les produits frais traditionnels. En Belgique, nous sommes quasiment les derniers à avoir en magasin des boulangers qui pétrissent le pain ou des bouchers qui coupent la viande et qui ont un contact direct avec les éleveurs.

La difficulté du commerce en ligne, c'est la rentabilité...

Notre e-commerce est rentable. Nous avons volontairement fait le choix du retrait en magasin, d’abord pour pouvoir proposer l’offre la plus large possible. Nous n’avons donc pas investi dans de grands entrepôts automatisés. Ce sont les mêmes équipes qui servent les clients en magasin et sur internet. Cela nous permet de dégager une rentabilité sur les parcours digitaux. Elle est certes moins importante qu’en magasin, mais le bilan est tout de même positif.

Quelles différences voyez-vous entre les marchés belge et français?

En France, Match se porte très bien. L’enseigne a réalisé sa restructuration et son repositionnement il y a cinq ans, et les clients répondent présent. Sur un plan général, le niveau de prix, en Belgique, est plus élevé, ce qui provoque des évasions commerciales importantes dans les pays voisins. Sans oublier les différences de statuts sociaux entre magasins intégrés et franchisés. Tout cela nous oblige à rendre le pilotage de nos activités en Belgique encore plus fin que dans d’autres pays.

Quels sont vos objectifs pour 2021 et 2022?

Nous voulons d’abord consolider les bons résultats de 2020, puis retrouver une croissance durable et pérenne. De ce point de vue, nous sommes dans les temps.

Les phrases clés

  • "La croissance est de 0,6%, mais hors carburants et restauration elle atteint 5,1%."
  • "La croissance des ventes en ligne (46%) est supérieure à la moyenne du marché."
  • "En 2020, Cora et Match sont les deux seules enseignes à avoir baissé leurs prix."
  • "La restructuration de 2019 a permis de démarrer 2020 sur des bases plus saines, ce qui a remis Match Belgique sur les rails de la croissance et de la rentabilité."

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