Malgré Carrefour, l'emploi dans la grande distribution a progressé

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Depuis 2008, le secteur crée environ 2.000 emplois par an. Une tendance positive qui risque toutefois d’être stoppée par la digitalisation et l’automatisation. Comeos demande dès lors de pouvoir tester - hors cadre de concertation sociale - de nouveaux modèles d’organisation.

Le drame vécu par le personnel de Carrefour est-il illustratif d’un malaise généralisé dans le secteur de la grande distribution? Faut-il dès lors s’attendre à d’autres annonces de suppressions d’emplois? Pour tenter de répondre à cette question, Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management (Université de Lille), a fait parler quelques chiffres.

38.100
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Entre le 3e trimestre 2014 et le 3e trimestre 2017, il y a eu une perte de 38.100 emplois dans le secteur du commerce de détail au sens large, à l’exception des automobiles et des motocycles.

La principale question est de savoir si au cours de ces dernières années, le secteur crée de l’emploi ou si, au contraire, il en détruit. La répartition des données d’emploi des comptes nationaux trimestriels considère des secteurs trop larges pour pouvoir identifier le commerce de détail, et encore moins son segment de la grande distribution.

Par contre, les enquêtes sur la force de travail, dont les résultats sont publiés par Eurostat, suggèrent qu’entre le 3e trimestre 2014 et le 3e trimestre 2017, il y a eu une perte de 38.100 emplois dans le secteur du commerce de détail au sens large, à l’exception des automobiles et des motocycles. Cela concerne les emplois indépendants et salariés, et toutes les catégories de magasins.

102.000 salariés

Des données d’emploi salarié avec une répartition sectorielle fine ne sont publiées par l’ONSS que jusqu’au 4e trimestre 2016. Les données y sont obtenues par commissions paritaires (CP). La grande distribution emploie environ 102.000 salariés répartis sur plusieurs commissions paritaires.

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Ainsi, il y a la CP 119 du commerce alimentaire qui regroupe les ouvriers de la logistique, des dépôts, des grandes sociétés de distribution comme Colruyt, Aldi ou Delhaize. Il y a aussi la CP 202 des employés du commerce de détail alimentaire, pour les sociétés Delhaize, Match, Rob, Mestdagh, Aldi ou Lidl. On trouve encore la CP 311 pour les ouvriers et employés de grandes entreprises de distribution hors alimentaire, du type bricolage, mode, ameublement, sport (Brico, H&M, Inno…). Enfin, il y a la CP 312 des grands magasins qui regroupe les ouvriers et employés de Carrefour, Cora ou Hema.

Si on regroupe les effectifs de toutes ces commissions paritaires, on obtient une bonne mesure de l’emploi dans la grande distribution entièrement ou partiellement alimentaire. Eric Dor observe ainsi une assez forte augmentation de l’emploi de ce secteur au cours des années 2014, 2015 et 2016. Au cours de ces années, 2.689 emplois salariés y ont été ajoutés. La progression a été de 1.048 au cours des années 2015 et 2016. Si on inclut la grande distribution hors alimentation, la progression est de 6.848 au cours des années 2014, 2015 et 2016.

Du côté de Comeos, la fédération des entreprises de distribution, on confirme ces chiffres. "Depuis 2008, nous créons bon an, mal an environ 2.000 emplois par an", affirme Dominique Michel, CEO de Comeos, même s’il note un sérieux tassement en 2017.

Du côté du commerce indépendant, on note déjà une stagnation depuis 2012 aux alentours de 92.000 postes de travail.

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Inquiétude chez Comeos

Rien ne dit que le secteur de la grande distribution pourra poursuivre sur ce trend positif. "Avec la digitalisation et l’automatisation, des milliers d’emplois assez peu qualifiés dans le secteur seront mis sous pression", prévient Dominique Michel.

"Nous voudrions tester de nouveaux modèles en entreprise pendant 2 ans."
Dominique Michel
CEO de Comeos

Cela commencera par les entrepôts où les robots prendront la place des ouvriers manutentionnaires. "Ils pourront éventuellement être réorientés vers de nouveaux métiers de l’e-commerce, comme les livreurs. En tout état de cause, l’évolution sera exponentielle, le rythme va s’accélérer et nous allons devoir nous adapter. C’est une question de survie pour notre secteur", prédit Dominique Michel.

Il lance dès lors un appel aux pouvoirs publics pour permettre la possibilité d’expérimenter de nouveaux modèles d’organisation en entreprise. "Nous voudrions tester de nouvelles formules pendant deux ans avant de les faire valider par les partenaires sociaux. Aujourd’hui, il faut des années de négociation avant de pouvoir lancer quoi que ce soit. Le résultat, c’est qu’on arrive souvent trop tard. Il faut renverser le modèle actuel, faute de quoi nos entreprises risquent de rater le train de la nouvelle économie."


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