analyse

Obérée par les dettes, Hema pourrait trouver son salut dans la galaxie Blokker

La chaîne Hema est grevée par une charge d'intérêts de 50 millions d'euros par an. ©Kristof Vadino

Le holding Mirage Retail Group se dit prêt à faire offre en vue de racheter la chaîne de magasins Hema. Celle-ci a trouvé un accord avec ses créanciers, mettant ipso facto son propriétaire hors jeu.

Les temps sont durs pour la déco et l'aménagement intérieur de milieu de gamme. Depuis quelques années, des enseignes comme Blokker, Casa ou Hema sont prises entre deux feux: d'une part l'essor ininterrompu des ventes en ligne, alimenté par des plateformes comme bol.com, Coolblue ou Amazon, et d'autre part la pression sur les prix exercée par les "low-end retailers" (Action, Zeeman, Trafic, Flying Tiger...), qui vendent des surstocks récupérés à bas prix.

Comme d'autres, elles éprouvent aussi de grosses difficultés à s'adapter à l'évolution d'un marché de plus en plus volatil, qui nécessite des ajustements de stocks beaucoup plus fréquents.

750
millions €
L'endettement de Hema atteint 750 millions d'euros.

Pas étonnant dès lors que leurs déboires commerciaux et financiers défraient régulièrement la chronique. Après l'enseigne belge Casa, qui sollicite une réorganisation judiciaire, sa consœur néerlandaise Hema cherche à se sortir du pétrin financier. Grevée par un endettement de 750 millions d'euros, elle pourrait trouver son salut chez les propriétaires des magasins Blokker, un autre ténor du commerce de détail batave qui a connu des temps agités.

Réaménagement de dette

Le patron du holding Mirage Retail Group (ex-Blokker Holding), Michiel Witteveen, a en tout cas indiqué dans l'édition dominicale du Telegraaf qu'il avait remis jeudi dernier une offre aux créanciers de Hema. "Nous voulons parvenir à un accord qui permettrait de réduire les dettes", a-t-il précisé.

"Nous voulons parvenir à un accord qui permettrait de réduire les dettes."
Michiel Witteveen
CEO de Mirage Retail Group

Les choses évoluent dans le bon sens. Un accord a en effet pu être trouvé avec les créanciers sur un réaménagement de la dette. Concrètement, les détenteurs d'obligations recevront toutes les actions de l'entreprise en échange de la réduction de la dette, qui grâce à cet accord, sera réduite de 450 millions d'euros, passant de 750 à 300 millions d'euros. Un ballon d'oxygène qui doit permettre à l'enseigne de se donner une marge de manœuvre suffisante pour investir dans son avenir.

La charge d'intérêts de la société sera en outre réduite de 20 millions d'euros par an, pour revenir à environ 30 millions. "L'objectif est que chacun fournisse un effort. Nous serons alors prêts à mettre nous-mêmes de l'argent dans Hema pour en refaire une entité saine", précise Michiel Witteveen.

"Nous serons prêts à mettre nous-mêmes de l'argent dans Hema pour en refaire une entité saine."
Michiel Witteveen
CEO de Mirage Retail Group

Ce ne sera pas simple, d'autant qu'un grain de sable nommé Covid-19 s'est immiscé dans l'affaire. La fermeture forcée de magasins, notamment en Belgique et en France, a dégradé un peu plus encore la situation financière. Et aux Pays-Bas, si les commerces sont restés ouverts, les recettes n'ont guère été reluisantes.

Boekhoorn hors-jeu

On ne sait pas encore à ce stade qui reprendra la chaîne, mais une chose est sûre: la transformation de créances en actions met ipso facto l'actuel propriétaire, l'homme d'affaires Marcel Boekhoorn, hors jeu. Celui-ci avait, selon ses propres dires, investi 115 millions d'euros pour reprendre l'enseigne en 2018. Soucieux de garder le contrôle, il a fait une contre-offre. Sans pouvoir trouver un terrain d'entente avec les créanciers, qui ont pris la main.

115
millions €
L'homme d'affaires Marcel Boekhoorn dit avoir investi 115 millions d'euros pour reprendre Hema.

Cela ne date pas d'hier, Hema fait partie de ces enseignes de commerce de détail qui passent d'un fonds d'investissement à l'autre. Mais cette fois, le changement de propriétaire est particulièrement rapide. L'ancien propriétaire, le fonds britannique Lion Capital, qui avait racheté Hema en 2007, cherchait un repreneur depuis 2018. Il avait même été à deux doigts de conclure un accord avec Core Equity Holdings, basé à Bruxelles. Avant de céder l'enseigne à la société d’investissement néerlandaise Ramphastos Investments, propriété de Marcel Boekhoorn. Qui se retrouve virtuellement éjecté un an plus tard.

Quid pour la suite ? Si la transaction avec les créanciers aboutit, il s'agira d'élaborer au plus vite un plan stratégique. Cela passera sans doute par une optimalisation des prix et des coûts, un essor accéléré de l'e-commerce, des partenariats avec des chaînes de supermarchés et/ou l'exploitation de nouveaux marchés.

Plutôt qu'un repositionnement sur un nouveau créneau, il s'agira de se rendre attrayant. C'est ce que Casa a fait en 2017. Pour sortir de l’ornière, il a élaboré un plan stratégique passant par un nouveau concept de magasin, un renouvellement de l’offre et surtout par la vente en ligne.

On voit mal en tout cas Hema suivre le modèle de reconversion adopté par le fonds Dutch Retail Groep de l'homme d'affaires Dirk Bron, nouveau propriétaire des 123 magasins Blokker belges. Celui-ci a choisi de repositionner l’enseigne sur le low cost sous la marque discount Mega World.

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