Pourquoi l'e-commerce est si cher en Belgique

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Problèmes de tarifs postaux... Si les écarts de tarifs entre les envois de courrier domestiques et transfrontières n’étaient pas aussi grands en Europe, l’e-commerce s’y déploierait plus vite.

324%
L’envoi d’une lettre ou d’un colis de moins de 2 kilos d’un pays européen à un autre coûte en moyenne 324% plus cher que le même envoi vers un destinataire habitant le pays d’envoi.

Un des obstacles au déploiement d’un véritable marché européen du commerce électronique est la cherté des envois de colis et paquets entre États membres.

• Exemples

→ L’envoi d’une lettre ou d’un petit colis (moins de deux kilos) d’un pays européen à un autre coûte, en moyenne, 324% plus cher que le même envoi à un destinataire habitant le même État.
→ Pour les paquets (de 2 à 10 kilos), la différence entre envoi transfrontière et envoi domestique atteint 471%. Ces écarts considérables ont été calculés par deux professeurs de l’Université Saint-Louis de Bruxelles qui ont rédigé une étude sur ce sujet à la demande de la Commission européenne.

Si l’on effectue un zoom sur les prestations comparées de la Belgique, les conclusions sont également décapantes. Notre pays est le deuxième le plus cher pour ce qui est des envois de lettres et petits colis à l’étranger. La Belgique fait mieux pour les paquets, mais reste plus chère que ses pays voisins, excepté le Royaume-Uni.

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Les causes du mal

Intitulée "Econometric study on parcel list prices", l’étude, qui passe en revue quarante produits comparables proposés par vingt-cinq opérateurs postaux, s’est aussi attachée à identifier les causes de ces différences. Voici les principales…

• Système de traçabilité: les clients recourent plus volontiers à pareille option pour suivre leurs envois internationaux que pour les domestiques. Or, ce service est généralement payant: il augmente l’écart.

Zone tarifaire: la plupart des Postes pratiquent une seule zone tarifaire pour les envois de lettres et petits colis vers l’Europe – certains en appliquent deux. Ces prix uniques lissent les différences, mais ce phénomène joue moins (ou pas du tout) pour les envois de paquets, où intervient un effet de périphérie. Les envois de paquets entre ou vers les pays à la périphérie de l’UE (Portugal, Grèce, Malte…) sont tarifés plus lourdement, ce qui accroît encore l’écart par rapport aux envois domestiques. Les grands pays européens fort connectés (France, Allemagne…) bénéficient au contraire d’un effet volume positif pour les envois de paquets; malheureusement la Belgique n’en fait pas partie.

• Opérateurs intégrés ou non: les opérateurs postaux intégrés verticalement peuvent proposer des prix plus bas quand ils peuvent envoyer du courrier ou des paquets à leur filiale dans le pays de destination. L’étude cite en exemple le groupe britannique Royal Mail et sa filiale GLS ou la Poste française et sa filiale DPD. Inversement, en l’absence d’un tel réseau, l’opérateur de destination peut facturer le prix qu’il veut pour traiter (terminaison) les colis expédiés par ses pairs.

Volume des échanges commerciaux en ligne.

• Niveau de libéralisation: dans les pays libéralisés de longue date, l’ouverture du marché a surtout joué sur les tarifs des lettres et colis domestiques, qui étaient l’objectif premier poursuivi. Ces pays affichent aujourd’hui des prix relativement plus bas sur les lettres et colis domestiques, ce qui agrandit encore l’écart avec les tarifs des envois à l’international. Effet inverse pour les paquets, où le surcroît de concurrence fait pression sur les prix.

Distance: les États comptant beaucoup de pays limitrophes proposent des prix plus élevés à l’international. Situation opposée ici aussi pour les paquets, où les tarifs sont d’autant plus bas que la destination est proche (pas de prix unique).

Quelles conclusions en tirer? Posons la question à l’IBPT, le régulateur belge du secteur:

"Avec le tarif unique intra-européen sur les lettres et colis, le prix plus élevé à l’international devient une fatalité, observe Charles Cuvelliez, membre du conseil de l’IBPT et professeur à Polytechnique (ULB). Quelques prix différenciés, s’ils existaient encore, selon les pays, montreraient sans doute que tarifer moins cher à l’intérieur de l’Europe, c’est possible. Cela n’échapperait pas à l’e-commerce qui ferait doucement pression. Plus de concurrence, rapidement, peut aussi aider puisque le degré de libéralisation du marché est important pour les paquets. Chaque opérateur devrait avoir une filiale dans les pays où envoyer des lettres ou des paquets, car il pourrait utiliser le réseau de distribution de cette filiale."

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