"Tous les doutes restent permis en Belgique"

©REUTERS

Quel sera l'impact du plan stratégique de Carrefour en Belgique? L'on craint surtout une restructuration au siège d'Evere, qui emploie 800 personnes.

"Le suspense malsain et tous les doutes restent permis en Belgique. C'est franchement dérangeant", regrette Myriam Delmée. La vice-présidente du Setca regrette qu'il n'y ait "pas un mot sur les pays historiques du groupe comme l'Italie, la Belgique et l'Espagne" lors de l'annonce par Carrefour de son plan stratégique ce mardi matin.

→ Le groupe Carrefour a notamment annoncé 2.400 suppressions de postes au sein de ses sièges en France et sa volonté de rationaliser les implantations de ses sièges dans l'ensemble de ses pays.

Les salariés belges de Carrefour devraient être informés de leur avenir ce jeudi à 14h30 au siège à Evere lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire. A noter que l'enseigne occupe 11.500 travailleurs chez nous.

Evidemment, tout le monde se remémore 2010, lorsque la direction avait annoncé une vaste restructuration qui s’était terminée par la perte de 1.100 emplois (sans licenciements secs), la fermeture de 12 magasins et le passage en franchise de 16 points de vente via le groupe Mestdagh. Doit-on craindre le même genre d'annonce?

• Mais 2018 n'est pas 2010

D'abord, parlons chiffres. L’an dernier, Carrefour Belgique a vu son chiffre d’affaires légèrement croître de 0,3% à 4,375 milliards d’euros, bien en dessous de l’inflation (+ 2,2%), toutefois.

Et pour Gino Van Ossel, spécialiste de la distribution à la Vlerick School, on ne peut pas comparer 2018 à 2010: "En 2010, la restructuration ne concernait que la Belgique qui allait très mal, cette fois, c’est l’ensemble du groupe qui est concerné", explique-t-il.

L’expert, et il n’est pas le seul, ne semble pas trop croire à une vaste restructuration en Belgique. "La situation de Carrefour en Belgique n’est ni bonne ni mauvaise, explique-t-il. Le nettoyage des magasins déficitaires a été effectué il y a huit ans. On peut encore franchiser quelques points de vente, mais cela me semble compliqué pour les hypers, là où cela va le plus mal."

Quels sont les problèmes de Carrefour Belgique?

Plusieurs hypermarchés seraient en perte.

Malgré la promesse de "réenchanter l’hypermarché" proclamé par la direction, la mayonnaise tarde à prendre. Le concept est concurrencé par les enseignes spécialisées (Decathlon, Ikea, Media Markt…) et le commerce électronique. "Le problème est que si on en ferme, cela aura un impact important sur l’emploi et cela entraînera une grosse perte de revenus, puisqu’à eux seuls, les 45 hypers du parc pèsent encore près de la moitié du chiffre d’affaires", poursuit Gino Van Ossel.

Alors, que va devenir Carrefour Belgique?

Van Ossel évoque plutôt une potentielle réorganisation au niveau du siège (le siège d'Evere occupe quelque 800 personnes), accompagnée d’une perte du pouvoir de décision au profit de la France. "Déjà le fait que le nouveau CEO en Belgique ne s’occupe pas que de la Belgique (il dirige également la Pologne et le Roumanie, NDLR) est révélateur. On peut imaginer un recentrage des achats ou du marketing en France; je songe à la gestion de la carte de fidélité ou des folders comme c’est par exemple le cas chez Albert Heijn."

"Les craintes de suppressions d'emplois au siège existent depuis longtemps", souligne Delphine Latawiec, de la CNE Commerce. "Si on parle de rationalisation, cela peut se répercuter sur les coûts ou les effectifs. En Belgique, les rumeurs se focalisent sur les effectifs."

Les répercussions de ce plan "Carrefour 2022" restent difficiles à prédire. "Les symptômes ne sont pas identiques en France et en Belgique. Il faut donc voir si les médicaments vont l'être. (...) Tant mieux pour la France si aucune fermeture n'est prévue mais espérons qu'il en soit de même chez nous", conclut-elle.

©Photo News

"Tous les doutes restent permis. Les inquiétudes se situent à tous les niveaux", estime Myriam Delmée. "La rationalisation des sièges pourrait avoir un impact direct en Belgique, de même que les partenariats externes", poursuit la vice-présidente du Setca.

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