Une corruption chez Delhaize devient une affaire pénale inédite

©BELGA

Pour la première fois dans les annales judiciaires, le parquet poursuit les auteurs d’une corruption qui s’est déroulée exclusivement au sein d’une entreprise, en l’occurrence Delhaize.

Quand une affaire de corruption aboutit devant le juge, il s’agit quasiment toujours de cas de fonctionnaires qui se sont laissés corrompre. Mais cette fois, le parquet de Bruxelles s’intéresse à une grande affaire de corruption qui s’est entièrement déroulée entre les murs d’une entreprise. C’est unique. Le parquet poursuit douze parties pour une corruption qui a duré des années au sein du groupe de supermarchés Delhaize.

Pour ne pas nuire à leur réputation, la plupart des entreprises préfèrent traiter ce genre de fait en interne. Mais la justice bruxelloise montre avec cette affaire qu’il peut en aller autrement.

Le principal prévenu dans le dossier est Hugo J., un ancien manager de Delhaize qui était chargé de la rédaction de contrats de construction et de maintenance sur les nombreux sites de Delhaize dans notre pays. Avec l’aide d’un ingénieur, cet homme a pu, pendant des années, exiger des pots-de-vin de la part des entrepreneurs qui souhaitaient travailler avec Delhaize, les chantiers allant de la pose de toitures à l’installation de systèmes de sécurité incendie en passant par de lourds travaux métallurgiques.

En plus d’argent liquide — des centaines de milliers d’euros —, les entrepreneurs devaient aussi octroyer des voyages de complaisance au manager de Delhaize, exécuter des travaux de peinture à son domicile, lui offrir des tickets gratuits pour des compétitions sportives, etc. Un entrepreneur a reconnu qu’il achetait ainsi le principal prévenu depuis déjà vingt ans. Mais la justice n’a repris que les preuves relatives aux faits depuis 2001.

En retour, les entrepreneurs recevaient des contrats pour des travaux sur les bâtiments de Delhaize. Le manager interpellé s’est également compromis avec certains entrepreneurs au niveau des factures, de sorte que ceux-ci puissent reporter sur les supermarchés les coûts des pots-de-vin et autres avantages. Beaucoup d’entrepreneurs ont avoué qu’ils payaient les pots-de-vin avec de l’"argent noir" de leur propre firme.

Ce dossier fait fortement penser au scandale de corruption au sein de la régie des bâtiments, où les mêmes systèmes de corruption avaient été mis en œuvre mais, là, au détriment de l’État belge. Alors que le parquet de Bruxelles n’a pas encore réussi à porter ce dossier de corruption publique devant le juge pénal, il y parvient dans cette affaire unique de corruption privée. Le 8 novembre, l’affaire atterrira devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Les 12 inculpés, dont 5 sont des entreprises impliquées, sont poursuivis pour corruption, fraude, faux en écriture et association de malfaiteurs.

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