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interview

Yvan Verougstraete, fondateur de Medi-Market: "J'ai envie de repartir d'une page blanche"

©Dieter Telemans

Yvan Verougstraete s'apprête à céder le flambeau. Pour le patron fondateur de Medi-Market, la chaîne est sur les rails. Il est donc temps de passer à autre chose.

Encore deux semaines à la barre de Medi-Market, puis ce sera la quille. En début de semaine, Yvan Verougstraete prenait de court les observateurs en annonçant qu'il céderait le 1ᵉʳ juin la gestion opérationnelle à Cédric Antoine, actuel n°2 de Cora Belgique. Une décision mûrement réfléchie par celui qui fut élu Manager de l'année 2019.

Après un peu plus de six ans consacrés à placer la société sur les rails de la croissance, Yvan Verougstraete se dit persuadé d'avoir choisi le bon moment pour prendre du recul. Sans pour autant quitter l'entreprise, puisqu'il en restera l'administrateur.

Quel cheminement vous a amené à créer Medi-Market?

Mes beaux-parents ont une maison dans les Cévennes. Dans le village à côté se trouvait une énorme pharmacie. Je suis allé la visiter, et j'ai été séduit par le concept novateur. Un véritable supermarché au milieu de nulle part. Tous les habitants de la région allaient dans ce magasin, qui faisait 15 ou 20 millions d'euros de chiffre d'affaires. Quand j'étais à l'université, j'ai toujours été turlupiné par le monopole accordé aux pharmaciens. Je me suis alors dit que si un tel concept fonctionnait en France, il n'y avait pas de raison qu'il ne marche pas en Belgique.

130
millions d'euros
En 2020, le chiffre d'affaires de Medi-Market devrait plafonner à 130 millions d'euros.

Le modèle Medi-Market peut-il faire des émules?

Peut-être, mais il n'y a pas que nous. La pharmacie de quartier a tout son sens et l'aura encore demain, mais ça ne peut pas être le seul modèle. En fonction des moments, on a besoin de réponses différentes à nos besoins.

Vous avez commencé à attaquer des marchés étrangers (Italie, France). Envisagez-vous de vous y étendre davantage?

La France n'est pas une priorité. Nous préférons cibler des marchés au potentiel plus important, parce que moins concurrentiel, et offrant des perspectives d'évolution. En France, notre différenciation par rapport aux acteurs en place n'est pas suffisante. Nous nous focalisons donc d'abord sur l'Italie, où il y a à faire. Nous avons ouvert trois nouveaux magasins et allons en ouvrir quatre cette année.

Quel impact a eu la crise sanitaire sur Medi-Market?

Nous ne sommes pas parvenus à réaliser notre objectif de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires, à cause notamment des deux mois de fermeture. Pour 2020, nous devrions arriver à 130 millions d'euros. Mais je ne perds pas l'espoir d'approcher les 200 millions cette année. Globalement, nous avons perdu un an, mais nous avons pu avancer sur le nouvel entrepôt, l'outil informatique ou encore le développement des magasins.

"Je pense qu'il n'est pas sain d'être dépendant de la politique."

Vous avez démarré dans la politique. Pourquoi vous être arrêté?

(Il réfléchit durant plusieurs secondes) Je pense qu'il n'est pas sain d'être dépendant de la politique. Ma femme m'a toujours dit qu'elle n'avait pas envie que je commence à voir les gens comme des électeurs et non comme des citoyens. Ce que je regrette, c'est que peu de politiciens réussissent après une vraie carrière dans le privé.

Vous n'imaginez pas faire de la politique à temps partiel, en poursuivant vos activités entrepreneuriales?

C'est possible. Au-delà de la crise sanitaire que l'on connaît actuellement, il y a une crise sociale latente, une remise en question, justifiée ou non, de l'autorité publique, une révolte. On se trouve dans un fossé qui s'élargit beaucoup trop entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas. Mais pour faire de la politique, il faudrait une politique de gestion des ressources humaines. Quel parti, en Belgique, choisit une personne pour une fonction parce que ses compétences seront utiles? On construit sa liste électorale en fonction du nombre de voix que chacun va rapporter et non de ses compétences.

C'est un problème général?

Il est particulièrement aigu en Belgique, où la particratie est très forte. Sans compter les différends entre communautés.

À la fin du mois, c'en sera fini de la gestion opérationnelle de Medi-Market. Comment voyez-vous votre futur immédiat?

Je n'ai aucun plan. J'ai envie de repartir d'un page blanche, de me donner le temps d'avoir envie. Peut-être que d'ici deux mois, une fois l'énergie retrouvée, j'aurai envie de lancer quelque chose. Mais je veux d'abord me retrouver sans rien et être obligé d'inventer quelque chose.

"Mon moteur, c'est faire avancer un projet, créer quelque chose."

C'est quoi votre moteur?

C'est faire avancer un projet, créer quelque chose. Le projet peut être petit ou grand, mais il doit en tout cas avoir du sens.

Vous restez actionnaire de Medi-Market?

Je reste un très petit actionnaire. La très large majorité a été cédée à l'actionnaire principal, Imocobel, de la famille Declercq.

Jusqu'où voyez-vous Medi-Market s'étendre?

Cela dépendra de l'actionnaire. Il y a trois possibilités: viser les marchés de niche, passer à la taille supérieure et donc consolider, ce qui nécessitera une accélération et probablement un changement d'actionnariat, éventuellement une entrée en bourse, pour devenir un gros acteur européen. Ou, enfin, être consolidé.

Avez-vous déjà eu des marques d'intérêt?

Oui. Mais aujourd'hui, ce n'est pas du tout la stratégie de l'actionnaire. Cela fait partie des scénarios qui pourraient arriver un jour, mais ce n'est pas celui qui est privilégié aujourd'hui.

CV express

  • Yvan Verougstraete naît le 6 octobre 1975.
  • Diplômes: Licence en droit (UCLouvain), MBA (Vlerick school voor management).
  • 2002-2004: Directeur d’exploitation chez Delitraiteur.
  • 2005-2009: Fondateur et administrateur délégué de Divine Cuisine.
  • 2010-2011: Administrateur délégué de TastyFood.
  • 2012: "Turnaround officer" et administrateur du groupe Viangro.
  • 2014 – 2021:  Fondateur et CEO du groupe Medicare-Market.

Les phrases clés

  • "La pharmacie de quartier a tout son sens et l’aura encore demain, mais ça ne peut pas être le seul modèle."
  • "Nous voulons accélérer en Italie et essayer d’y reproduire la success story belge, avant de nous attaquer au pays suivant."
  • "Je regrette qu'il y ait très peu de politiciens qui réussissent après avoir fait une vraie carrière dans le privé."
  • "J’ai envie de repartir d’un page blanche, de me donner le temps d’avoir envie."

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