15 millions injectés dans la rénovation complète du Radisson Blu de la capitale

Pour son projet à Bruxelles, Radisson pourrait s'inspirer de l'aquarium géant installé dans le lobby de son hôtel de Berlin. ©U. Baumgarten via Getty Images

Impossible de dire ce qu’on logera demain dans l’atrium du Radisson Blu, rue Fossé aux Loups. Mais le volume disponible, sous-exploité aujourd’hui, permet tous les délires. Propriétaire et opérateur hôtelier planchent sur plusieurs scénarios.

Il fut un temps, avant l’an 2000, où l’immense atrium du Radisson Blu de la rue du Fossé aux Loups attirait les foules. "On s’y bousculait pour boire un verre au pub irlandais, qui faisait alors un tabac. Moi, je travaillais alors chez Accor, notamment sur le Sofitel Bruxelles. Et on était tous jaloux du succès que rencontrait alors notre concurrent, tellement il faisait le buzz", se souvient Eric De Neef, aujourd’hui global chief commercial officer et vice-président exécutif du Radisson Hotel Group… avec dans son portefeuille l’hôtel en question.

15
Millions €
15 millions d’euros, c’est le montant investi dans la rénovation complète de l’hôtel. Pour le faire, peut-être, rentrer dans la Radisson Collection.

Depuis longtemps déjà, le pub est fermé. Et l’immense cathédrale est devenue un lieu désert, cher à l’entretien et sans âme. L’idée, portée par le patron belge, est de faire de cet espace unique en cœur de ville un épicentre du tourisme à Bruxelles, tant par son architecture que par son animation.

L’homme n’a rien d’un lanceur de bobards. Et pour prouver que l’idée de remettre rapidement un moteur au cœur de cet hôtel central vieillissant n’est pas une idée en l’air, il annonce la manière et la couleur de l’argent: quatre bureaux d’architectes internationaux plancheront sur ce pontage hors du commun. Sont notamment pressentis les architectes israéliens Alon Baranovitch and Irene Cronenberg, Mercedes Isasa, Iliard Architecture et Rafael de La-Hoz. Et le budget de l’opération est arrêté autour de 4 millions d’euros. Pour l’atrium s’entend, car un budget global plus important servira à rafraîchir d’autres parties de l’hôtel.

Le Radisson Blu de Bruxelles pourrait être doté d’une "Wine Tower", comme ici dans celui de Zurich. ©Soenne, Aachen

Plusieurs idées sont déjà sur la table à dessin et le nouveau concept qui verra le jour à Bruxelles pourrait s’inspirer d’emblèmes existant au sein du groupe, comme l’immense Wine Tower (cave à vin verticale) à Zurich où, selon les commandes passées au sommelier du Sea Grill ou du bar voisin, un bras automatisé irait cueillir dans une cathédrale de verre composée de 20.000 bouteilles le divin nectar. Ou encore le Fish Tank (aquarium géant) de plus de quinze mètres de haut, à Berlin. "Cet aquarium est l’hôtel le plus filmé au monde. Il est devenu une destination touristique à part entière, même pour celles et ceux qui ne séjournent pas dans l’hôtel. À l’entretien, cela coûte un pont, car des hommes grenouilles doivent le laver tous les deux jours. Mais en termes de visibilité et de marketing, c’est un atout remarquable, dans une ville très concurrentielle. Nous souhaitons que notre futur concept apporte à nouveau la vie dans ce cube actuellement inexploité", raconte un Eric De Neef convaincu par l’idée.

Patrons allemands

Justement, cela tombe plutôt bien: le propriétaire des murs du Blu de Bruxelles, avec lequel il faudra négocier ferme sur le budget partagé des travaux, est le même que celui de Berlin (complexe DomAquaree). Il s’agit du gestionnaire de fonds allemand Union Investment, qui a été très actif sur le marché des bureaux bruxellois dans les années 2000. C’est lui également qui avait racheté, dès avant son ouverture au public, le centre commercial des Grands Prés à Mons. Les patrons sont allemands et sont de vrais industriels. L’idée de voir un doublon de l’aquarium cylindrique géant de Berlin naître au cœur de leurs murs bruxellois aurait donc de quoi les séduire.

Sans donc se prononcer davantage sur l’idée finalement retenue, Eric De Neef compte bien exploiter cette botte secrète que lui permet le volume démesuré et inutilisé de l’atrium du Fossé aux Loups pour remettre son flagship bruxellois sur la carte hôtelière internationale. "On réfléchit à insérer cet hôtel – après sa rénovation complète, estimée à 15 millions d’euros – dans notre Radisson Collection, qui vise clairement la nouvelle clientèle internationale (Russes, Chinois, Indiens, Sud-Américains) prête à payer jusqu’à 350 euros la nuit pour vivre une expérience hôtelière vraiment hors du commun", glisse même le patron.

L'aquarium du Radisson de Berlin ©© Kris Ubach

Cette liste très select ne reprend que les plus belles adresses du portefeuille Radisson. On y trouve notamment des hôtels de caractère comme le Mayfair à Londres, le Royal Copenhague, le Strand Stockholm, mais aussi l’Old Mill à Belgrade ou le Grand Ormuz à Muscat, pour lesquels on laisse la marque Radisson en sourdine tellement le nom historique parle de lui-même. "Plaquer un logo hôtelier, quel qu’il soit, sur ce genre de lieux uniques serait un crime commercial et déprécierait le positionnement. À Bruxelles comme dans d’autres villes touristiques, il y a une place à prendre sur le marché des 200+(euros, NDLR). Et il n’y a plus aucun produit hôtelier qui le mérite réellement à l’heure actuelle; sauf par sa localisation unique, comme l’Amigo, par exemple. À Paris, vu la concurrence sur ce segment, ce serait présomptueux aujourd’hui. Mais à Bruxelles, il n’y a rien!".

La bouteille hôtelière à moitié vide du Fossé aux Loups devrait donc savoir de quoi elle sera remplie tout prochainement. Il y a urgence et la capitale de l’Europe a cruellement besoin d’un hôtel qui sorte du lot et de la monotonie ambiante. "Il n’y a plus sur Bruxelles et ses alentours d’adresse hôtelière de classe internationale telle qu’elle attire les visiteurs étrangers, d’affaires ou de tourisme, comme un aimant incontournable. L’atrium pourrait, vu sa taille, devenir ce lieu et retrouver pleinement sa fonction", risque Eric De Neef, qui donne déjà rendez-vous dans trois ans sous l’immense coupole de verre trop peu animée.

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