Des restos réclament la régulation des plateformes de livraison

La crise sanitaire et le confinement ont renforcé la situation de dépendance économique de certains restaurants vis-à-vis des plateformes de livraison. ©BELGAONTHESPOT

À travers la campagne #Savemyresto, des restaurateurs dénoncent les taux de commission pratiqués par les sociétés de livraison telles que Deliveroo et Uber.

Par simple envie de manger un bon petit plat ou volonté de soutenir leurs établissements favoris forcés de fermer leurs portes, les citoyens ont été nombreux à passer commande via des plateformes telles que Deliveroo et Uber durant la crise sanitaire. Pour bon nombre de restaurants, les livraisons à domicile sont devenues durant le confinement une source essentielle, voire unique, de revenus. Mais ce partenariat accru au temps du Covid-19 semble avoir laissé un goût amer à certains restaurateurs qui dénoncent aujourd'hui les taux de commission trop élevés appliqués par ces sociétés de livraison.

"Nous sommes dans une situation de dépendance économique. Le public a massivement choisi ce mode de fonctionnement et c'est impossible de se défaire des plateformes aujourd'hui."
Un restaurateur bruxellois

Comprises entre 30 et 35% selon les adresses, les fameuses commissions ne permettraient pas d'atteindre une rentabilité décente. "Le marché est verrouillé par deux acteurs majeurs. On subit une forme de dictacture ou aucune marge de négociations n'est possible", déplore le gérant d'un établissement préférant garder l'anonymat. Les restaurateurs refusent de contester à visage découvert les pratiques des grandes sociétés de livraison, par crainte que leur enseigne ne soit plus mise en avant sur les applications mobiles. "C'est aussi pour cette raison que l'on se sent obligé de participer aux actions promotionnelles du type 1+1 gratuit qui sont pourtant entièrement à notre charge", ajoute un autre exploitant.

Pourquoi les restaurateurs mécontents ne mettent-ils tout simplement pas un terme à leur collaboration? "Nous sommes dans une situation de dépendance économique. Le public a massivement choisi ce mode de fonctionnement et c'est impossible de se défaire des plateformes aujourd'hui. Mais il faut sensibiliser le consommateur final, désireur d'avoir des restaurants dans sa ville, à la nécessité de rétablir un rapport de force plus équilibré avec nos partenaires de livraison. Sinon, les faillites vont se succéder!"

Un plafond de 15% réclamé

Plusieurs grandes villes des États-Unis parmi lesquelles Chicago, Seattle, New York et San Francisco ont décidé, selon le New York Times, de plafonner les commissions des applications durant la crise sanitaire. De quoi inspirer des restaurateurs belges qui viennent de mettre sur pied la campagne #Savemyresto. La cinquantaine d'établissements déjà mobilisés demandent aux pouvoirs publics de contraindre, en urgence, ces plateformes à diminuer leurs taux de commission à 15% jusqu'à la fin de l'année, en raison du contexte inédit de crise. Ils souhaitent ensuite qu'un dialogue s'ouvre avec les plateformes pour s'assurer d'une répartition plus juste de la valeur créée par leur secteur.

"Bruxelles peut jouer un rôle dans ce dossier en réunissant les représentants des restaurants et des plateformes de livraison pour tenter de trouver un accord à l'amiable."
Christophe De Beukelaer
Député bruxellois

Alerté, le ministre des Indépendants et des PME Denis Ducarme (MR) se dit très attentif à la situation du secteur horeca qui a particulièrement souffert de la crise. Avant d’examiner une possible adaptation législative, le libéral rappelle que la réforme du Code de droit économique prohibe les pratiques de marché agressive et consacre notamment l'interdiction de l’abus de dépendance économique. Et d'annoncer qu'il saisira l’Inspection économique afin que celle-ci établisse si les pratiques d’Uber et Deliveroo sont ou non conformes à la législation en vigueur.

À l'échelon bruxellois, c'est Christophe De Beukelaer (cdH) qui relaie les doléances du mouvement #Savemyresto. "Même si le bon respect des règles de concurrence relève du Fédéral, Bruxelles peut jouer un rôle dans ce dossier en réunissant les représentants des restaurants et des plateformes de livraison pour tenter de trouver un accord à l'amiable", estime le député d'opposition qui prévoit d'interpeller la secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique Barbara Trachte (Ecolo).

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