L'hôtel Sheraton de Bruxelles fermera mercredi

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Le Sheraton de la place Rogier fermera ses portes mercredi à midi après que le tribunal de commerce de Bruxelles a prononcé sa faillite ce mardi. La prolongation interminable du chantier avoisinant a eu définitivement raison des affaires.

Ces derniers jours, les informations concernant la santé financière de l’hôtel Sheraton se sont bousculées. Au point d’entendre parfois un peu n’importe quoi. Le tribunal de commerce néerlandophone de Bruxelles a prononcé la faillite mardi matin et nommé deux curateurs.

200
Le Sheraton Brussels Hotel, le plus grand hôtel en Belgique, emploie environ 200 personnes et compte 500 chambres réparties sur 30 étages.

Le groupe hôtelier a indiqué qu'il fermera son établissement de la place Rogier mercredi à midi. "La fermeture forcée de l'hôtel est causée par la situation financière de l'exploitant et n'a aucun lien avec la marque Sheraton", souligne la chaîne. La direction de l'hôtel est actuellement occupée à trouver des hébergements alternatifs aux clients.

60.000 euros

Les curateurs ont expliqué lors du conseil d'entreprise exceptionnel qu'il ne restait plus que 60.000 euros sur les comptes de l'hôtel, soit trop peu pour payer les salaires de décembre des 200 travailleurs.

Une analyse et une enquête vont désormais être lancées pour comprendre les raisons de la faillite. "Nous avons eu très peu de réponses sur les vraies raisons", déplore Grace Papa, secrétaire permanente pour la CSC Alimentation et Services, précisant que le propriétaire, qui est également le gestionnaire, Rolf Nordström n'était pas présent lors du Conseil d'entreprise. "Il n'aura pas eu le moindre respect" pour les 200 travailleurs qui seront licenciés par courrier recommandé dès demain. Si reprise il y a, les syndicats espèrent qu'elle "se fera dans les six mois" afin que le personnel repris puisse l'être aux mêmes conditions qu'actuellement pratiquées. 

Retour sur ce micmac 

"Je ne comprends pas comment les syndicats n’ont pas vu venir."
Un expert du secteur

Ce qui est sûr, c’est qu’un faisceau d’éléments s’est additionné pour précipiter l’issue actuelle. Le dernier en date, après les attentats: la prolongation interminable du chantier de la place Rogier, qui touche spécifiquement le complexe hôtelier voisin.

Ce qui est par contre faux, c’est que les gestionnaires de l’hôtel auraient quitté le navire. "Nous gérons quatre hôtels à Bruxelles, donc nous sommes bel et bien sur le pont, même si notre client a soudainement levé la protection contre la faillite. En outre, nous continuons à gérer les réservations du Sheraton Rogier jusqu’au dernier jour de notre contrat de gestion, soit le 31 décembre, comme indiqué par le propriétaire des murs, qui n’a pas reconduit notre mandat. Nous prévenons juste nos clients de la situation actuelle et de risques d’annulation existants", explique Kurt Renold, le patron de Marriott-Starwood pour la Belgique.

Ce qui est flou, c’est le moment auquel a été prise la décision de mettre l’hôtel aux soins palliatifs. Depuis plusieurs années déjà, un projet de redéveloppement des murs existe. Plusieurs promoteurs et investisseurs ont fait des propositions; mais aucune n’a abouti. En mai 2015, le nom du promoteur belge Eaglestone (Nicolas Orts) a été cité. Il était alors en négociations avancées avec la société International Real Estate PLC, qui contrôle les murs du Sheraton depuis qu’elle les a rachetés à Starwood en 2009.

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Le développeur bruxellois projetait, en partenariat avec le propriétaire actuel, de transformer le vieil hôtel en un projet mixte comprenant commerces au rez-de-chaussée, boutique hôtel au centre et des centaines d’appartements dans les étages supérieurs (aparthotel). Contacté, Nicolas Orts dit avoir mis fin à son projet et à ses contacts avec le propriétaire.

Ce qui est sûr également, c’est que dès 2012, la société de portefeuille de l’investisseur suédois Rolf Lennart Nordström (1955) a scindé l’exploitation hôtelière, qui dégage bon an mal an un chiffre d’affaires supérieur à 20 millions d’euros mais accuse des pertes, et les murs et le foncier. Ceux-ci sont depuis logés dans une sprl de droit belge baptisée Boulevard Tower.

Coquille vide

C’est, depuis, sur le compte de cette société que le loyer de l’opérateur hôtelier est versé. Celle-ci serait aujourd’hui capitalisée à plus de 20 millions d’euros. L’autre société, la sprl Sheraton Brussels Hotel, n’est donc plus aujourd’hui qu’une coquille vide, dont on aurait réduit le capital social par des pertes reportées d’année en année.

"Je ne comprends pas comment les responsables syndicaux n’ont pas vu venir. Ce montage financier laisse à penser que dès 2012 les propriétaires ne comptaient pas poursuivre la gestion et n’avaient comme objectif que de se protéger avant de baisser le volet. En analysant les bilans des deux sociétés, cela saute aux yeux qu’on a dévêtu Pierre pour habiller Paul. Et on ne pourra rien aller rechercher comme valeur…", commente un expert du secteur.

 

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