interview

"La France devient le premier marché d'Exki"

©Dieter Telemans

Frédéric Rouvez, co-CEO d'Exki, annonce le retour aux bénéfices de la chaîne de restaurants.

Au rythme de 8 à 10 ouvertures par an, Exki continue sa croissance régulière. Ces cinq dernières années, le nombre de restaurants est passé d’une cinquantaine à plus de 80 et le chiffre d’affaires a plus que doublé, frôlant les 120 millions d’euros à l’issue de l’exercice décalé 2015-2016 bouclé fin janvier.

Seul bémol: le groupe affichait une perte nette. Pas de quoi (trop) inquiéter Frédéric Rouvez qui dirige la chaîne avec Nicolas Steisel.

Les phrases clés

"Le retour aux bénéfices, c’est pour cette année."

"Les pertes à New York sont plus lourdes que prévu."

"Notre réponse à la crise à Bruxelles, c’est la diversification

géographique."

"Nous comptons toujours ouvrir 8 à 10 restaurants par an."

"L’an prochain Exki s’implantera en Allemagne."

Exki a bouclé le dernier exercice avec une perte de 807.000 euros. Pourquoi?
Elle est due exclusivement à nos investissements aux Etats-Unis. On a ouvert deux restaurants à New York. Il faut voir nos activités à Manhattan comme une start-up: nous lançons toute une infrastructure, cela coûte beaucoup d’argent, nous y avons perdu un peu plus de 2 millions d’euros l’an dernier.

C’était prévu?
C’était prévu que nous fassions des pertes au lancement, mais c’est vrai qu’elles sont plus lourdes que prévu, d’environ 500.000 euros.

Cela remet en cause vos développements là-bas? Vous deviez y ouvrir un troisième restaurant en 2016…
L’un des deux restaurants tient ses promesses, l’autre pas. Avant d’en ouvrir d’autres, on veut comprendre pourquoi l’un fonctionne et l’autre pas. On a donc décidé de reporter l’ouverture du troisième afin de ne pas multiplier les problèmes. Mais cette année, on doit atteindre nos objectifs, c’est-à-dire être au minimum break-even cash flow au niveau des restaurants, hors les frais centraux, donc. Si on multiplie ce break-even cash flow dans d’autres restaurants, on peut alors payer ces coûts.

L'interview de Frédéric Rouvez, co-CEO d'Exki

Et si vous n’y arrivez pas?
On devra en tirer des leçons. Il ne faut rien exclure, y compris un éventuel retrait. Mais nous n’avons pas abandonné l’idée d’en ouvrir 20 à 30 à terme.

Vous aviez aussi évoqué des développements en Amérique du Sud, en Asie, au Moyen-Orient…
On a mis de côté les ambitions au Moyen-Orient. Mais New York, qui est davantage une grande ville internationale de la finance et du service qu’une ville typiquement américaine, doit nous servir de tête de pont en termes d’image vers des villes comme Hong Kong ou Singapour. Nous voulons montrer que l’on peut se développer ailleurs que dans des villes comme Bruxelles et Paris.

Le gros moteur d’Exki pour l’heure, c’est la France…
Nous avons 25 restaurants en France, à Paris, à Lille mais d’autres villes, comme Lyon, nous intéressent. Avec les ouvertures programmées et le fait qu’on a dix restaurants dans les aéroports, le chiffre d’affaires devrait pour la première fois être plus important en France qu’en Belgique cette année.

CV EXPRESS

53 ans, marié, trois enfants

Licencié en droit, master en économie (UCL)

Parcours: Arthur Andersen, Little Big One, Téléfusion, GIB Group (où il fut l’adjoint du CEO)

Crée Exki avec Nicolas Steisel en 2000

Co-Manager de l’année en 2009

Le retour aux bénéfices, c’est pour quand?

Pour cette année. Le cash flow dégagé en Europe n’a jamais été aussi élevé: plus de 6 millions d’euros l’an dernier. Aux Etats-Unis, l’objectif est un cash flow nul ou positif pour les restaurants.

Pourrez-vous y parvenir alors qu’à Bruxelles, l’horeca souffre énormément?
Heureusement, nous avons d’autres Exki ailleurs qu’au centre-ville. Le restaurant de la rue Neuve perd 20% et celui près de la Grand-Place 18%, mais c’est compensé par d’autres, comme à la rue des Tongres à Etterbeek qui gagne 30%.

"Il y a une certaine forme d’autisme de la part du bourgmestre de Bruxelles de ne pas voir que les commerçants souffrent alors qu’ils font vivre la ville."
Frédéric Rouvez
Co-CEO d'Exki

Et le piétonnier dans le centre de Bruxelles, qu’en pensez-vous?
Il a été fait à l’emporte-pièce, sans beaucoup de concertation avec les commerçants, ni de préparation. Et sans aucune animation. Il y a une certaine forme d’autisme de la part du bourgmestre de ne pas voir que ces gens souffrent alors qu’ils font vivre la ville. Je n’ai rien contre un piétonnier, mais ce n’est pas un bel endroit, il faut l’aménager, il va trop loin, il faut l’arrêter au-delà de la Bourse. Par contre, tout le monde serait gagnant si la place de Brouckère devenait une vraie belle place.

Que préconisez-vous?

Il faut se mettre autour de la table, c’est-à-dire accepter de discuter. C’est bien d’avoir une intuition forte dans le chef du bourgmestre mais, confronter son intuition à la réflexion des autres peut être salutaire.

Exki est aussi à l’aéroport de Zaventem: comment va l’équipe depuis l’attentat?
Il n’y a heureusement pas eu de victime parmi le personnel mais le restaurant a été l’endroit où beaucoup de gens, de blessés notamment, se sont réfugiés et où des premiers secours ont été dispensés. Ce qu’ils ont entendu, vu, senti… L’équipe est encore sous le choc. Certains ont voulu se remettre au travail tout de suite, d’autres sont incapables de le faire. Je salue leur courage.

©Dieter Telemans

Les attentats, le "lockdown", le piétonnier, etc., cela change quelque chose dans votre stratégie?
Notre meilleure réponse, c’est la diversification géographique. Car il est peu probable que tout arrive dans les grandes villes au même moment. Depuis le début de l’année, on progresse de 1% en Belgique et de 7% en France.

Donc, ces événements ne mettent pas un frein à votre politique d’expansion?
Nous comptons toujours ouvrir 8 à 10 restaurants par an, comme on le fait depuis 2005. L’an prochain, Exki s’implantera en Allemagne, à Cologne ou à Düsseldorf. Ce sont de grandes villes riches, proches de la Belgique. Si nous voulions ouvrir à Berlin, nous devrions développer toute une organisation logistique là-bas, ce serait impossible.

Les Quick belges sont à vendre. Ce sont des emplacements qui vous intéressent?

On a regardé le dossier Quick, mais leurs emplacements en ville sont très proches des nôtres et aller en périphérie ne nous intéresse pas.

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