"Les Brasseries Georges" et dix autres restaurants déclarés en faillite

©Photo News

Près de 160 travailleurs non payés depuis la fin décembre, une dette de 3,5 millions vis-à-vis de l’ONSS… Fin de partie pour 11 restaurants, dont "La Maison du Cygne", le "Frederiksborg" et les "Brasseries Georges".

En y allant avec le dos de la cuillère, on pourrait évoquer un effroyable cataclysme ainsi qu’un vaste bain de sang social. En tout état de cause, l’histoire qui suit est celle d’un gâchis qui met en péril l’emploi de près de 160 personnes. Saisi par quatre administrateurs provisoires, le tribunal de commerce francophone de Bruxelles a prononcé ce mardi matin la faillite de 11 restaurants gérés, de près ou de loin, par les frères Beyaz. Il s’agit des "Brasseries Georges", de "La Maison du Cygne", de "La Brasserie de l’Ommegang", du "Manhattan", du "Paon Royal", du "Café de l’Opéra", du "North Express", de "La Pergola", de "La brasserie de Bruxelles", de "La Chaloupe d’Or" et du "Frederiksborg".

carte faillite restaurants

3,5 millions de dettes ONSS

Il y a peu, ces établissements avaient demandé à se mettre sous la protection de la procédure de réorganisation judiciaire (PRJ), mais avant que celles-ci n’aboutissent, les frères Beyaz, qui exploitent les établissements en question, s’étaient désistés de la procédure. La suite n’a pas traîné. Par une ordonnance du 9 février, le tribunal de commerce francophone de Bruxelles a alors désigné quatre administrateurs provisoires: Françoise Hanssens Ensch, Ysabelle Ensch, Guy Kelder et Charles de la Vallée Poussin.

L’objectif de la mission des quatre administrateurs provisoires était double: dessaisir les dirigeants actuels des restaurants de tous leurs pouvoirs et estimer si les conditions de la faillite étaient bel et bien réunies. Et sur ce point, tous ont répondu par l’affirmative, ce qu’ils ont plaidé lundi matin à la barre de la chambre des faillites du tribunal de commerce.

3,5 millions €
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Les dettes ONSS se chiffraient à près de 3,5 millions d’euros.

À les entendre, la situation des 11 restaurants concernés par cette citation en faillite est catastrophique. Dans la plupart des cas, les salaires des quelque 160 travailleurs employés par les 11 restaurants ne sont plus payés depuis la fin du mois de décembre! Malgré cela, les établissements sont restés ouverts. Au moment de démarrer leur mission, les administrateurs provisoires ont découvert des situations financières catastrophiques qui les ont poussés à citer tous les restaurants en faillite, en abréviation de délai.

Dans cette affaire atypique, les dettes ONSS sont colossales. Un proche du dossier nous a expliqué qu’au total, elles se chiffraient à près de 3,5 millions d’euros. Pour la seule "Maison du Cygne", cette dette se chiffre à 800.000 euros, ce qui revient à dire que l’ONSS n’était plus payé depuis quatre ans. Il en va de même pour les assurances incendie qui, dans la plupart des cas, ne sont plus payées depuis des mois.

Virements entre sociétés

Au fil de la présentation de la situation devant les juges de la chambre des faillites du tribunal de commerce de Bruxelles, on a compris que les quatre administrateurs provisoires ne disposaient plus des fonds nécessaires pour faire tourner les restaurants et pour payer les salaires des travailleurs.

La Maison du Cygne. ©Photo News

Au cours de la semaine dernière, les administrateurs ont rencontré les frères Beyaz à deux reprises. Ces derniers ont demandé un nouveau délai de trois mois pour vendre une série d’actifs et tenter de sauver les autres, mais face à l’urgence de la situation, les administrateurs provisoires n’ont pas accepté. A contrario, ils ont demandé aux exploitants des restaurants s’ils étaient disposés à remettre du cash sur la table pour tenter de boucher les trous. Face à la réponse négative des frères, les administrateurs provisoires ont décidé de citer en faillite, demandant à la présidente de la chambre de citer la faillite sur les bancs. Les deux frères ne s’étant pas présentés – et n’étant pas défendus – devant le tribunal, les affaires ont été prises par défaut, en présence du Procureur du roi. Et la faillite a été prononcée ce mardi matin...

Toujours en cours d’audience, on a appris que les sociétés s’aidaient les unes et les autres en fonction des besoins, des mouvements financiers "intercos" qu’il va falloir décrypter, sachant que certaines sociétés sont devenues créancières des autres.

Lors des demandes de procédure en réorganisation judiciaire, le conseil des sociétés avait évoqué les problèmes des attentats à Paris et à Bruxelles et du piétonnier pour expliquer la situation des restaurants, mais aujourd’hui, cette explication ne suffit plus. Au cours de l’audience, Alain Berlinblau, président des juges consulaires, a notamment constaté que près de deux millions étaient remontés vers Sogelux Invest, un holding basé au Grand-Duché du Luxembourg.

Restaurants à reprendre

Même s’il convient de ne pas préjuger, c’est sans doute le coup d’arrêt de "l’empire" constitué par les deux frères dans le secteur de l’horeca bruxellois. Et si, comme tout le porte à croire, le jugement de la faillite est prononcé aujourd’hui, les curateurs vont entrer dans la danse. Nul doute que des repreneurs viendront rapidement se frotter à ces enseignes dont la réputation n’est plus à faire à Bruxelles.

En espérant que les travailleurs touchés par cette gestion hasardeuse arrivent à se recaser. Ensuite, il conviendra de se poser les bonnes questions par rapport à cette affaire qui risque bien d’ébranler le secteur horeca qui n’en avait pas besoin. Ainsi, comment et pourquoi l’ONSS a laissé filer près de quatre ans sans que ses cotisations ne soient payées?

Aujourd’hui, l’ONSS a cité les restaurants en faillite, comme le parquet l’avait fait également. La faillite et prononcée. Fin de partie pour les frères Beyaz, qui risquent de devoir se mettre à table.

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