Cameleon fait aveu de faillite

©Dieter Telemans

Famous Clothes, la structure qui chapeaute les magasins Cameleon, vient de faire aveu de faillite. Différents plans de relance sont à l'étude.

C'est une fameuse mauvaise nouvelle qui a été annoncée ce vendredi au personnel de Cameleon, le magasin spécialisé dans la vente de vêtements de marque en destockage. Famous Clothes, la structure faîtière des deux points de vente (Woluwe et Genval) a déposé le bilan vendredi matin devant le tribunal de l'entreprise francophone de Bruxelles. Cet aveu de faillite siffle la fin d'une aventure entamée en 1988 par Jean-Cédric van der Belen, le fondateur.

"On a vraiment tout essayé. Cette faillite n'est pas un choix."
Augustin Wigny
Administrateur-délégué de Cameleon

"On a vraiment tout essayé. Cette faillite n'est pas un choix", nous a confié Augustin Wigny, l'administrateur-délégué de la société, confirmant notre information. En réalité, frappé de plein fouet par la première vague du coronavirus, Cameleon avait nommé un médiateur d'entreprise au coeur de l'été afin d'étudier toutes les pistes possibles pour redresser l'entreprise. C'est l'avocat Nicholas Ouchinsky (Lexlitis) qui a été nommé à ce poste. Accompagné de ce médiateur, les responsables de l'entreprise - qui emploie encore 110 personnes - ont étudié la possibilité de lancer une procédure de réorganisation judiciaire par accord avec les créanciers. La piste du transfert des activités (vente) a également été étudiée.

700.000 €
En 2019, les pertes de Cameleon s'élevaient à plus de 700.000 euros.

Gros endettement

En réalité, à partir du moment où plus aucun partenaire autour de la table ne souhaitait remettre la main au portefeuille, les choses se sont fort compliquées. Aujourd'hui, près de 90% du capital de Famous Clothes sont détenus par trois blocs d'actionnaires: le fonds E-Capital, Finance Brussels et des actionnaires historiques (avec, entre autres, Jean-Cedric van der Belen et Augustin Wigny, l'administrateur-délégué). On le verra, il fallait mettre un sacré paquet d'argent afin de restructurer la dette et de relancer l'activité. Selon les derniers résultats publiés, Cameleon a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 21 millions d'euros. Les pertes s'élevaient à plus de 700.000 euros et la société traînait derrière elle un endettement de 7 millions d'euros.

7
millions d'euros
Le niveau d'endettement de Famous Clothes, la maison mère de Cameleon.

On le sent, cette décision de mettre la clé sous la paillasson n'a pas été facile à prendre. "Tout le conseil d'administration est resté solidaire pour essayer de trouver une solution", explique encore Augustin Wigny, qui précise que toutes les équipes travaillaient sur des plans de relance avant que la deuxième vague du coronavirus ne vienne à nouveau frapper l'économie de plein fouet. "Il y a encore de l'argent sur les comptes, mais cela ne suffirait pas à payer les dettes fiscales reportées", a-t-il ajouté.

Reprise par le personnel?

"Nous sommes arrivés au moment où il faut constater que nous ne sommes plus capables. On aurait pu continuer à se battre, mais le deuxième confinement nous a mis devant nos responsabilités", a expliqué Augustin Wigny, qui s'est dit très impressionné par la capacité de résilience et par l'énergie des équipes de Cameleon.

Nicholas Ouchinsky, le médiateur d'entreprise nommé dans le courant du mois de juillet, confirme que toutes les pistes de relance ont été étudiées. Désigné pour tenter de trouver des candidats investisseurs ou pour vendre la société, il a d'entrée de jeu été confronté à un passif important. A la grosse louche, Cameleon traîne une ardoise de 7 millions d'euros (moitié pour les banques CBC, ING et Belfius et l'autre moitié vis-à-vis des actionnaires historiques).

"Il fallait financer la relance du projet, ce qui impliquait des investissements lourds", selon le médiateur d'entreprise. A vue de nez, il aurait fallu trouver 5 millions d'euros pour restructurer la dette et relancer le business, une somme pas évidente à lever en pleine crise sanitaire.

"Il y avait un travail de deuil à entamer. On ne voit pas souvent passer des dossiers avec une telle dimension idéologique."
Nicholas Ouchinsky
Mdiateur d'entreprise

Ce dossier ne fut pas non plus évident à gérer en raison du facteur émotionnel qui l'entoure. "Il y avait un travail de deuil à entamer. On ne voit pas souvent passer des dossiers avec une telle dimension idéologique et avec autant d'enjeux progressistes et sociaux", nous a confié Nicholas Ouchinsky.

Le médiateur le reconnaît, les équipes et les responsables de Cameleon se sont battus jusqu'au bout pour tenter de s'en sortir. "Ils ont appelé la terre entière pour trouver des pistes et puis, la deuxième vague est arrivée", explique-t-il. L'idée du fondateur et des actionnaires historiques était de sauver leur bébé et de le remettre au personnel.

Et demain?

L'avocat de la société, Rodolphe Horion, s'est rendu ce matin au tribunal de l'entreprise pour faire aveu de faillite. L'affaire devrait être jugée dans les semaines à venir. D'ici là, il reste un mince espoir. "Il y a encore une chance de sauver le projet de relance par une nouvelle société si un autre investisseur providentiel sort du bois avant que la faillite ne soit actée", précise Nicholas Ouchinsky. "On a travaillé, c'est un beau projet et il y a un plan financier réaliste", ajoute encore le médiateur à qui on a demandé de porter le projet jusqu'au bout. Tout n'est donc pas encore perdu...

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