Des établissements horeca attaquent AB InBev sur le paiement des loyers

©Tim Dirven

Face à l'impossibilité de payer leur loyer à AB InBev qui détient leurs baux, des exploitants horeca ont décidé de porter l'affaire en justice.

Incapables de produire du chiffre d'affaires, des exploitants d'établissements horeca ont tenté de négocier des réductions de loyer avec AB InBev qui détient bon nombre de baux de ces établissements. Et si le brasseur a fait des gestes commerciaux, cela ne suffit pas. "Le brasseur a proposé à mes trois clients une réduction de 25% des loyers, mais c'est insuffisant", nous a expliqué l'avocat Nicholas Ouchinsky (Lexlitis) qui, dans cette affaire, défend les intérêts du Grand Café (Bruxelles), du Parvis (Uccle) et de Bistropolitan (Etterbeek).

Dans le cas du Grand Café, le chiffre d'affaires est nul. Cet établissement, n'étant qu'un débit de boissons, la vente à emporter n'est pas une option. Les deux autres établissements, des restaurants, réalisent en moyenne 10% de leur chiffre d'affaires habituel grâce aux ventes à emporter. Pas de quoi payer 75% de leur loyer habituel, estiment les exploitants de ces établissements qui ont fait des propositions à AB InBev. "En réalité, ils ne devraient payer que 25% de leur loyer", estime Nicholas Ouchinsky, qui a intenté une action en justice pour deux de ses clients (Le Grand Café et Bistropolitan). L'idée de l'avocat est d'obtenir la suspension du paiement des loyers pour les différentes périodes de fermeture des établissements imposées par les autorités en raison de la crise du Coronavirus.

"Je pense avoir fait une proposition raisonnable et acceptable à ABInBev".
Philippe Absil
Exploitant du Bistropolitan

Avant d'aller en justice, Philippe Absil, le patron du Bistropolitan, a proposé au brasseur de payer la moitié des montants dus. N'ayant pas obtenu de réponse à ses propositions, il a décidé de se tourner vers la Justice. "Je pense avoir fait une proposition raisonnable et acceptable à AB InBev", nous a expliqué ce dernier.

"Il a fallu que nous allions en justice pour avoir des réponses".
Nicholas Ouchinsky
Avocat des exploitants d'établissements horeca

"Mes clients travaillent avec AB InBev depuis longtemps. Pourtant, la communication avec le brasseur est mauvaise. Il a fallu que nous allions en justice pour avoir des réponses", ajoute encore l'avocat qui précise que ses clients sont toujours ouverts au dialogue et à la recherche d'une solution.

Si Philippe Absil doit payer tous ses arriérés de loyer alors qu'il ne réalise que 10% de son chiffre d'affaires, il devra se tourner vers les banques pour obtenir un crédit. Mais par les temps (de pandémie) qui courent, c'est loin d'être gagné.

20
millions d'euros
L'effort consenti par ABInBev pour aider les bars et les restaurants à payer leurs loyers

Severine Berger, qui exploite le Parvis depuis 18 ans, se trouve confrontée à la même situation. Des promesses d'un délégué commercial du brasseur, une mise en demeure de la maison-mère et peu de communication. Cette dernière, qui a fait une proposition au brasseur, attend toujours de ses nouvelles. Et se dit prête à faire valoir ses droits en justice si nécessaire.

"Nous sommes tous dans le même bateau"

Du côté du brasseur, on dit regretter la situation. "La pression sur le secteur est forte. Les petits brasseurs, les grands brasseurs, les bars, les restaurants et les hôtels; nous sommes tous sous pression dans le même bateau", a réagi AB InBev, par la voix de sa porte-parole. Le groupe a laissé tomber les loyers de "ses" bars et restaurants à 100% pour le mois d'avril 2020 et à 25% pour les mois de novembre et de décembre 2020 et de janvier 2021. Cette mesure a coûté 20 millions d'euros au brasseur.

En outre, le brasseur précise que, la plupart du temps, il n'est qu'un intermédiaire entre l'exploitant et le propriétaire. ABInBev, qui dit vouloir trouver des solutions constructives avec tout le monde, précise qu'il n'ira pas en justice quand les exploitants de bars et de restaurants acceptent des plans de paiements.

Le résumé

  • Des exploitants de bars et de restaurants ont lancé des actions en justice contre ABInBev.
  • Faute de chiffre d'affaires, ils n'arrivent plus à payer leur loyer.
  • ABInBev, qui rappelle avoir accordé des aides, dit chercher des solutions avec tout le monde.
  • Le brasseur rappelle qu'il n'est qu'un intermédiaire vis-à-vis des propriétaires.

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