L'Atelier d'Yves Mattagne vient d'être déclaré en faillite

©Thierry du Bois

Le chef Yves Mattagne a tout fait pour sauver son Atelier situé à Tour & Taxis. Il a échoué. Et a fait aveu de faillite.

Le chef Yves Mattagne n’a jamais caché le fait qu’il était meilleur cuisinier que gestionnaire. Hélas, l’histoire vient une nouvelle fois de lui donner raison et l’Atelier Yves Mattagne, situé dans l’Entrepôt royal, à Tour & Taxis, a été déclaré en faillite sur aveu hier matin au tribunal de commerce francophone de Bruxelles. Cette fin de parcours signe sans doute la fin de la collaboration entre Yves Mattagne et ses associés historiques Vincent Barry et le Néerlandais David Hagenaars. Ce sont ces trois-là qui, en 2010, avaient racheté le restaurant Sea Grill au groupe hôtelier Rezidor. Si le restaurant (deux étoiles) n’a jamais flanché, la gestion financière a parfois fait défaut. Finalement, en 2015, Yves Mattagne a racheté les parts de ses associés dans le Sea Grill avant que Serge Litvine (Villa Lorraine, Villa in the sky, Villa Emily,…) ne reprenne 50% du Sea Grill.

À cette époque, Yves Mattagne s’était également retiré de la brasserie Yume, un restaurant situé en bordure de l’avenue de Tervuren et qu’il gérait également avec ses deux associés. La faillite annoncée ce matin de l’Atelier Yves Mattagne ne serait donc que la dernière étape de cette association finalement malheureuse.

Trop de pertes

C’est à la rentrée 2009 qu’Yves Mattagne avait installé son Atelier sur le site de Tour & Taxis. Le lieu servait d’école de cuisine et on pouvait également y organiser des réceptions. L’affaire connaissait des ennuis financiers depuis plus de deux ans et Yves Mattagne, soutenu par Serge Litvine, a tout fait pour tenter de redresser la barre.

"Il faut savoir bien s’entourer. Le secteur de l’horeca est de plus en plus dur."
yves mattagne
restaurateur

Les derniers comptes annuels (2015), publiés sur le site de la Banque nationale de Belgique, donnent plus qu’une idée de la situation financière de l’Atelier, qui employait 8 personnes. L’établissement avait clôturé l’année 2015 sur une perte reportée de 297.000 euros alors que le capital s’affichait en négatif à — 227.000 euros. La dette, elle, s’élevait à 1,2 million d’euros. L’Atelier devait notamment 200.000 euros au Sea Grill. Le commentaire joint à la publication de ces comptes est éloquent.

"La société a connu certaines difficultés en 2015. Parallèlement à une réorganisation interne, les gérants ont activement recherché des solutions afin de trouver des fonds pour apurer une partie des arriérés et ce afin de soulager la trésorerie. Un accord a été trouvé en avril 2016 avec un repreneur. Des plans de remboursement ont également été convenus avec l’ONSS et l’administration fiscale. Les échéances de remboursement convenues avec ces derniers sont respectées", peut-on lire en marge des résultats de l’année 2015. Ce qui précède faisait alors penser que la continuité des activités était assurée.

Tentative de sauvetage

D’après nos informations, un accord avait bel et bien été trouvé avec un investisseur (et non un repreneur) français disposé à prêter de l’argent afin de remettre l’Atelier Yves Mattagne sur les rails de la croissance, mais il semble que la situation financière n’a pas permis ce redressement. Il nous revient également qu’Yves Mattagne a pensé à demander la protection de ses créanciers par le biais de la procédure en réorganisation judiciaire (PRJ), mais de ce côté-là non plus, la sauce n’a pas pris. Il était déjà trop tard pour sauver les meubles.

©AFP

Contacté hier, Yves Mattagne n’a pas éludé nos questions. Et pas question pour lui de tout mettre à charge de ses anciens associés. "Quand j’ai été alerté que ça n’allait pas, il était trop tard. Nous avons découvert que nous étions trop loin", nous a-t-il expliqué. Les cours de cuisine fonctionnaient bien, mais cela a coincé au niveau du service traiteur, a expliqué le chef. Yves Mattagne n’a pas pu suivre les prix (bas) pratiqués par les traiteurs capables de faire plus de volume que lui. Un geste de Tour & Taxis par rapport aux loyers n’a pas suffi à redresser la barre. L’aide financière de l’investisseur français non plus. Après avoir tenu l’Atelier 10 ans chez lui et 8 ans à Tour & Taxis, le chef n’a eu d’autre choix que de mettre la clé sous le paillasson.

Aujourd’hui, Yves Mattagne reste (plus que jamais) aux fourneaux du Sea Grill. "On a tout nettoyé, le restaurant marche super bien", assure-t-il. Et, depuis l’été dernier, il veille sur la carte de la brasserie "Balthazar", à Knokke, où il évolue avec deux associés.

Le mot de la fin? "Il faut savoir bien s’entourer. On n’est à l’abri de rien, le secteur de l’horeca est de plus en plus dur."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n