"L'horeca est puni pour montrer que le gouvernement prend des mesures"

© Saskia Vanderstichele

Le secteur de l'horeca ne décolère pas de cette nouvelle fermeture forcée. Il attend désormais le détail de l'enveloppe de soutien de 500 millions d'euros avancée.

Injuste, incompréhensible, démotivant. Au lendemain d'une nouvelle fermeture des établissements décidée dans la lutte contre la pandémie, le secteur de l'horeca ne décolère pas. "On aurait peut-être pu encore renforcer les mesures. Le secteur était prêt à faire davantage de sacrifices", explique Pascal Devalkeneer du restaurant étoilé le Chalet de la Forêt. Il rappelle les investissements déjà opérés par certains acteurs pour répondre aux mesures de distanciations dictées lors de la réouverture de juin.

Il s'interroge aussi sur comment en est-on arrivé là? "On parle de la seconde vague depuis le mois de mai. Et qu'a mis en place le gouvernement pour l'éviter? Rien n'a été fait."

Sauver 20% du chiffre d'affaires

André Van Hecke dirige l'enseigne Les Filles, et la Brasserie 28. Face à cette nouvelle fermeture, il n'est guère moins virulent. "L'horeca n'a pas suffisamment de lettres de noblesse pour ne pas être touché. Il n'y a aucune véritable prise de conscience de ce que représente économiquement le secteur."

1.000 euros
par mois
"Notre personnel va devoir vivre avec 60 à 65% de son salaire, ça veut dire 1.000 euros par mois."

Premier employeur de Belgique après le secteur public, l'horeca est aussi le secteur où les salaires sont les plus faibles. "Notre personnel va devoir vivre avec 60 à 65% de son salaire, ça veut dire 1.000 euros par mois. Quant au secteur, ce n'est déjà pas un secteur sain, car il n'a jamais réussi à vendre un produit transformé à sa juste valeur." André Van Hecke souligne aussi que la situation des fournisseurs de la restauration n'est pas plus enviable.

Certes, certains acteurs vont garder un minimum d'activité. "Nous gardons notre comptoir boulangerie ouvert, tout comme le Deliveroo et le online ordery", explique Annick Van Overstraeten du Pain Quotidien. "Mais cela représente tout au plus 20% du chiffre d'affaires."

500 millions, oui, mais comment?

"Nous n'allons pas vous abandonner", a lancé vendredi Alexander De Croo, Premier ministre. Une enveloppe de 500 millions d'euros a été débloquée.

Cela rassure-t-il le secteur? Pour l'heure pas du tout. Une question reste sans réponse: comment vont être répartis ces millions?
Pascal Devalkeneer rappelle que les frais d'un petit établissement ne sont pas les frais d'un étoilé. Chacun va-t-il recevoir un montant équivalent? Va-t-on prendre en compte le chiffre d'affaires? Les frais fixes? "Que va représenter ce montant face à un mois de fermeture?"

"On nous a déjà octroyé un report de trois mois des charges. Une bouffée d'oxygène, certes, mais une fois la reprise, il va falloir payer les frais courants et ces reports. Ce sera double peine."
André Van Hecke
Propriétaire des Filles, et de la Brasserie 28

"On nous a déjà octroyé un report de trois mois des charges. Une bouffée d'oxygène, certes, mais une fois la reprise, il va falloir payer les frais courants et ces reports. Ce sera double peine. 2021 s'annonce déjà comme une catastrophe en matière de faillites", souligne André Van Hecke. Il ajoute que la prime de 3.000 euros promise par la Région bruxelloise lui permet tout au plus de verser 1/5e du loyer de son établissement situé sur la Grand-Place.

Un confinement déguisé

Qu'ils soient à la tête d'un restaurant étoilé, d'une chaîne de brasseries, ou d'une boulangerie-restaurant, tous se considèrent comme les boucs émissaires d'une mesure qui se devait "symbolique".

"L'horeca est puni juste pour permettre au gouvernement de montrer que des mesures sont prises, plutôt que d'appeler à l'intelligence de la population face à la nécessité de respecter les mesures", clame encore André Van Hecke.

Pascal Devalkeneer conclut en disant que la fermeture de l'horeca associé à un couvre-feu à minuit, est tout au plus un confinement, dont on refuse de prononcer le nom.

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