La pâtisserie Wittamer change de mains... pas d’âme, ni de goût

La terrasse du Sablon, à l'époque où elle pouvait encore être prise d'assaut par les gourmets. ©Wittamer

Courtisés de toutes parts depuis des années déjà, Myriam et Paul Wittamer viennent de céder les clés de la pâtisserie-chocolaterie bruxelloise familiale centenaire.

C’est à un trio d’investisseurs gourmands et gourmets qu’ils connaissent de longue date que Myriam et Paul Wittamer, les héritiers de la 3ᵉ génération de la marque, ont décidé de faire confiance pour transmettre et faire grandir encore leur activité centenaire, désormais mondialement connue.

"Je resterai aux commandes de l’atelier avec Lesley, ma nièce. Nous n'avons pas fixé d’échéance de sortie avec les repreneurs."
Paul Wittamer

Mais pas à n’importe quel prix, confie le patron actuel, même s'il ne veut piper mot du montant mis sur la table: "Ma sœur Myriam souhaitait se retirer au plus vite de l’activité quotidienne. Mais nous voulions à tout prix que celle-ci soit pérennisée, comme mon père – qui décidait de tout avant nous – nous l’avait d’ailleurs demandé. La preuve, c’est que je resterai aux commandes de l’atelier avec Lesley, ma nièce, et qu’on n’a pas fixé d’échéance de sortie avec les repreneurs", insiste Paul Wittamer. Malgré ses 77 printemps, il n’envisage pas une seconde de déposer son tablier, tant que sa santé et ses nouveaux actionnaires lui permettront de faire ce qu’il aime, comme il aime.

Myriam et Paul Wittamer, aux commandes de l'enseigne familiale depuis plus d'un demi-siècle. ©Wittamer

Un quatuor aux commandes

Les nouveaux actionnaires sont d’ailleurs – cela tombe bien – sur la même longueur d’ondes: "Aucune envie de notre part de changer une équipe qui gagne, échafaudée au fil du temps comme une pièce montée. Nous le répétons avec insistance à Paul et à sa sœur depuis des années, d’ailleurs…", rebondit Carlos de Meester, spécialiste de la promotion et de la commercialisation de projets immobiliers de standing, au nom du trio réunissant à ses côtés Jean-Claude Marian (ex-Orpea) et Christophe Hureaux (HiPi SA), deux Français devenus Bruxellois de cœur et d’action. Ce dernier renchérit d’ailleurs, en mentionnant que, depuis le début des contacts avec Paul Wittamer, et malgré les multiples candidats étrangers à la reprise, le trio n’a pas bougé d’un iota, ni sur le prix, ni sur leur projet commun. "Confinement ou pas, nous n’avons jamais changé de cap et le sérieux de notre proposition a porté ses fruits, au final", précise Christophe Hureaux, qui sera le bras exécutif du trio au sein de l’entreprise Wittamer 2.0, avec l’objectif de pérenniser et étendre le rayonnement de la marque belge familiale créée en 1910.   

Un nouveau trio de gourmands avisés à la tête de Wittamer

Jean-Claude Marian (81 ans). Médecin neuropsychiatre de formation, il est l'un des fondateurs du groupe français de maisons de repos et de soins Orpea, qu’il a quitté en 2017. Il a réussi, en 30 ans à peine, à bâtir un groupe leader mondial dans son secteur (3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 65.500 collaborateurs, présent dans 22 pays). Après s’être installé en Belgique, il a pris la nationalité de son pays d’accueil. Grand collectionneur, il investit régulièrement – et avec succès - dans des immeubles bruxellois, ou des sociétés pour lesquels il a un coup de cœur.

Christophe Hureaux (56 ans). Diplômé de HEC Paris, financier de formation, il a évolué, depuis 1990, dans l’investissement non coté. Après avoir fait ses armes au Crédit Agricole, puis chez Allianz, il participe en 1998 à la création de BBS, un fonds de LBO dédié aux entreprises françaises de taille moyenne. Il en prendra le contrôle 6 ans plus tard, et le cédera en 2007, pour créer sa propre structure d’investissements, HiPi SA.

Carlos de Meester (49 ans). Diplômé en expertise immobilière, il est actif dans le secteur immobilier belge depuis plus de 25 ans. C’est lui qui crée, en 2014, la société de promotion et de développement immobilier Inside Development (46.000 m2 en cours de développement pour une valeur d’actifs d’environ 110 millions d’euros), qui lui permet de se lier professionnellement avec les deux investisseurs français du trio. En 2020, il lance avec eux le fonds Inside Investment Fund.

Les trois investisseurs ne sont d’ailleurs pas tombés de la dernière pluie. Ils sont unis, depuis près de 10 ans déjà, dans le montage de projets immobiliers au sein de la société Inside Development, qui a notamment repensé le site et les murs de CBR, chaussée de La Hulpe. L’an dernier, ils ont également créé le fonds Inside Investment Fund.

Faire rayonner la marque

La boutique historique centenaire du Sablon 12. ©Wittamer

47
personnes
sont actuellement sur le pay-roll de l'entreprise Wittamer en Belgique. Celle-ci dégage un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros.

L’entreprise, qui réalise un chiffre d’affaires d’environ 4 millions d’euros en Belgique, compte, outre ses deux vitrines bruxelloises historiques du Sablon, la chocolaterie et l’atelier de fabrication voisins, qui emploie actuellement 47 personnes. Celui-ci a vu passer des noms qui font désormais rayonner le savoir-faire belge au-delà de nos frontières. Sans se souvenir spontanément de tous, Paul Wittamer cite notamment Pierre Marcolini, Ducobu, Debailleul ou Del Rey (Anvers).   

Si les murs des établissements Wittamer sont actuellement logés sur et autour de la place du Sablon, son siège historique, la marque est également représentée chez Rob (Woluwe), à La Grande Epicerie (Uccle) et plus récemment dans les boutiques de la Villa Lorraine. Depuis plus de 30 ans, l’enseigne est également présente au Japon via 24 boutiques exploitées en franchise.

Malgré la fermeture du café, la production reste soutenue. ©Wittamer

L’objectif des nouveaux actionnaires est clair: se développer en Belgique et à l’international, sans changer l’ADN de ses produits de boulangerie et de pâtisserie. Pour y parvenir, les nouveaux actionnaires investiront prioritairement dans un nouvel atelier de fabrication plus spacieux: "Nous recherchons d'ailleurs activement un espace fonctionnel de 1.000–1.500 mètres carrés dans ou autour de Bruxelles pour notre nouveau laboratoire de production", confie Christophe Hureaux.

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