reportage

Le boss de Thai Café parle d'expansion et passe à table

Associés depuis 2003, Michel Debloos et Angel Zheng ont fait de Thai Café une belle success story. ©Saskia Vanderstichele

Michel Debloos, qui se présente lui-même comme un serial entrepreneur, a connu des hauts. Et des plus bas. En lançant les restaurants Thai Café en compagnie de son associée Angel Zheng, il a rebondi. Et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Pour vivre heureux, vivons cachés. Cette maxime, Michel Debloos, le fondateur de Thai Café, l’appliquait tranquillement jusqu’à ce que nous lui tombions dessus à l’occasion de l’ouverture prévue de deux nouveaux Thai Café: un dans le Food Court de City 2 dès le début du mois de juillet et un autre à Forest, dans quelques semaines. Michel Debloos et son associée, Angel Zheng, ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Ils viennent de signer un bail pour un restaurant à Mons; et Hasselt devrait suivre. Si l’on fait le compte des Thai Café existants (Ixelles, Uccle, Woluwé-Saint-Pierre, Waterloo, Docks, Charleroi, Nivelles et Genval), les deux associés se retrouveront sous peu à la tête d’une chaîne de douze restaurants. Un chiffre qui devrait monter à 15 établissements d’ici à la fin de l’année 2019 et à 20 d’ici à fin 2020.

Montagnes russes

Cette aventure, pourtant, a bien failli ne jamais voir le jour. Lorsqu’il nous reçoit au Thai Café situé dans le centre commercial Docks, l’œil de Michel Debloos pétille, mais cela n’a pas toujours été le cas. Sa vie professionnelle est comme ces montagnes russes: si les montées sont impressionnantes, les descentes n’en sont que plus vertigineuses. "Je suis une sorte de serial entrepreneur", entame Michel Debloos dont la première aventure professionnelle démarre au début des années quatre-vingt. Lors d’un voyage à Singapour, il découvre le développement de photos en une heure, un concept inconnu dans nos contrées. Il n’hésite pas une seconde à dupliquer le business model ici et il crée la chaîne Flash One qui comptera jusqu’à une cinquantaine de points de vente. Les affaires tournent, l’argent rentre, tout va bien. Dix ans plus tard, rattrapé par l’arrivée du digital, Michel Debloos sent le vent tourner et il vend son affaire.

"Je me suis mis en tête que l’on pouvait inverser la dégradation de la qualité de la nourriture."
Michel debloos
Fondateur de thai café

L’heure des voyages a sonné. Et c’est d’Asie qu’il ramènera (à nouveau) l’idée suivante. Alors que les fast-foods sont en plein essor, il décide d’en appliquer les codes, mais en se focalisant sur la qualité de la nourriture. "Je me suis mis en tête qu’on pouvait inverser la dégradation de la qualité de la nourriture", nous explique-t-il. Il lance le concept de Thai Land, des fast-foods ne proposant que de la nourriture thaïe. L’aventure démarre bien, six restaurants voient le jour en Belgique et en France, mais une divergence de vues avec le fonds français qui est entré dans le capital freine le développement du groupe. L’affaire périclite après cinq ans. Dit comme ça, cela ne pèse pas lourd, mais il faudra une décennie à Michel Debloos pour s’en remettre, physiquement, psychiquement et financièrement. "Il m’a fallu dix ans pour rembourser mes dettes. C’était aussi la période des doutes, des questionnements. Qu’avais-je fait de mal? M’étais-je trompé?" Premier échec retentissant dans la carrière de Michel Debloos à qui tout souriait jusqu’alors. S’il a mis le temps à trouver les réponses à ses questions, il sait aujourd’hui qu’il était dans le bon. "Le succès de Thai Café me fait penser que je n’avais pas tout à fait tort, mais je n’avais peut-être pas les bons partenaires au bon moment."

Pas tout à fait en solo

C’est en 2003 qu’il commence à sortir la tête hors de l’eau. "J’avais plein d’idées, mais je n’avais plus d’argent." Pourquoi ne pas relancer des restaurants de nourriture thaïlandaise? Mais cette fois, en solo, et pas à pas. Le premier Thai Café a donc ouvert ses portes à Ixelles en 2003. Le serial-entrepreneur-déchu-de-retour est alors rapidement rejoint par une jeune fille venue travailler dans son établissement. Entre Michel Debloos et Angel Zheng, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, le coup de foudre professionnel est immédiat. "Efficace, elle a vite pris les choses en main, elle m’a redonné de la motivation. Je lui ai vite proposé de partager cette aventure", explique-t-il, avant d’abattre toutes ses cartes. En espérant qu’Angel Zheng lira cet article. "Elle a une responsabilité évidente dans cette aventure. Sans elle, je n’aurais pas fait Thai Café." Voilà qui est dit.

Associés à 50/50 dans le premier restaurant, les deux compères ne manquent pas d’appétit. Et celui-ci, c’est connu, vient en mangeant. "Nous sommes complémentaires, nous formons une bonne équipe. Nous avons ouvert un deuxième restaurant en 2012 à Fort-Jaco, à Uccle. À partir de ce moment-là, il est devenu clair que nous allions en ouvrir d’autres", explique encore Michel Debloos. Par la suite, les ouvertures d’établissements se sont succédé: Stockel, Waterloo, le centre commercial Docks, Charleroi, Genval et Nivelles. Au début de cette année, Thai Café s’est même implanté dans le Palais 5 du Parc des expositions du Heysel. Une belle opportunité que les associés ont saisie.

Vers la franchise

Si Michel Debloos a accepté de sortir du bois, c’est parce que la chaîne qu’il a développée avec son associée approche de la maturité, de quoi aborder sereinement l’idée d’une forme d’extension. Elle pourrait passer par une formule de franchise développée en interne. C’est la pièce qui est en train de se jouer avec le restaurant de Genval. Des employés du groupe, soucieux de prendre leur envol, sont devenus indépendants. Ils ont été accompagnés pendant près d’un an par Thai Café et, d’ici quelques semaines, le navire amiral va larguer les amarres et laisser le franchisé affronter les éléments seul. "Dans l’horeca, je redoute que l’on tombe sur des profils qui s’avéreraient incompatibles avec nos valeurs et avec les contraintes de Thai Café." Quant à l’international, Michel Debloos laisse venir les candidats. "Il y a des marchés disponibles pour un concept de ce genre. Mon souhait serait d’identifier des partenaires déjà bien implantés." Avis aux amateurs.

La suite de l’aventure? C’est l’ouverture, le 1er juillet, du Thai Café situé dans le Food Court du centre commercial City 2. Mais ce sera surtout l’occasion de tester un nouveau concept qui, sous peu, devrait débarquer dans tous les établissements de la chaîne. "On va lancer KioBox, un système de boîtes avec une caution", explique Michel Debloos. Chaque année, près d’un million de boîtes en plastique contenant les repas à emporter de Thai Café terminent à la poubelle. "Et moi, en tant qu’entrepreneur, je ne veux plus cautionner cela." Et s’il pense qu’il perdra des clients qui ne voudront pas payer la caution, il sait qu’il en gagnera tout autant de l’autre côté. Aujourd’hui, Thai Café emploie 118 équivalents temps plein (250 personnes avec les étudiants et les temps partiels). En 2018, la société a réalisé un chiffre d’affaires de 13 millions.

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