Les actionnaires minoritaires de Mamma Roma portent plainte pour faux bilan

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Les actionnaires minoritaires de Mamma Roma déposent plainte au pénal pour faux, usage de faux, faux bilan et tentative d’escroquerie.

On ne va pas se laisser dépouiller.
Les minoritaires

Bon appétit si vous passez à table. Les actionnaires minoritaires de Mamma Roma (34%) ont décidé de déposer plainte au pénal pour faux, usage de faux, faux bilan et tentative d’escroquerie, nous a confirmé Olivier Clevenbergh, l’avocat qui représente les intérêts de Michael Horst, Gérard Dejardin et Jérôme Lesaffre, les trois actionnaires minoritaires de Mamma Roma. Ces derniers ont également fait appel au cabinet Deminor pour défendre leurs intérêts.

L’affaire est complexe et le conflit entre actionnaires ne date pas d’hier. Les premières divergences datent de l’année 2017 lorsqu’un rapprochement aurait pu avoir lieu entre Mamma Roma et Dr Oetker. Les majoritaires, qui ne voulaient pas d’un adossement à un groupe industriel, ont rejeté l’idée et n’en auraient pas prévenu les minoritaires. Qui eux voyaient l’adossement d’un bon œil. Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de procédures pendantes devant les tribunaux entre les différentes parties.

Gérard Dejardin et Jérôme Lesaffre. ©Saskia Vanderstichele

Pourtant, dans le courant du mois de décembre, le président du tribunal de l’entreprise de Namur avait, par le biais d’une ordonnance, tenté d’imposer une médiation. La tentative a eu lieu, mais elle n’a pas abouti. L’ensemble de cette médiation étant frappée du sceau de la confidentialité, nous n’en saurons pas plus. Mais la sortie des actionnaires minoritaires et leur intention de porter plainte au pénal en disent long sur l’état des relations entre les parties.

"Nous avons découvert un problème au niveau des comptes. D’un côté, ils ont sorti des comptes favorables pour dire que la société était bien gérée; de l’autre, ils ont fait état de comptes défavorables pour justifier notre sortie", nous ont expliqué deux des actionnaires minoritaires. En effet, par des décisions rendues en assemblées générales tenues en septembre et octobre 2018, Jérôme Lesaffre et Gérard Dejardin ont été exclus du conseil d’administration.

Les bons comptes

Nous avons découvert un problème au niveau des comptes.
Jérôme lesaffre
actionnaire minoritaire de mamma roma

Ces deux derniers nous ont expliqué que les actionnaires majoritaires, emmenés par Charles Adriaenssen (45,05% du capital), un ancien administrateur d’AB InBev, marié à une héritière du groupe brassicole, ont corrigé plusieurs fois les comptes annuels en fonction de leurs besoins.

Au final, cela donne une valorisation de la société à 200.000 euros faite par Deloitte tandis que le management de la société a fait état de 3,9 millions de fonds propres. Depuis, la bataille des chiffres fait rage, les minoritaires accusant les majoritaires de trafiquer les comptes et de présenter de nouvelles versions au fur et à mesure des procédures en justice. À la suite d’une nouvelle évaluation faite par un expert indépendant rémunéré par les minoritaires, la valorisation de la société est passée à 978.000 euros.

"Stratagème"

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Ces actionnaires minoritaire, dénoncent un "stratagème pour nous sortir de la société à vil prix". En réalité, un accord semblait avoir été trouvé avec les majoritaires et un prix de sortie avait été adopté. D’après les minoritaires, en dernière minute, les majoritaires auraient décidé de revenir sur leur accord. À cet égard, une procédure en exécution de la vente forcée a même été engagée devant le tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles.

"On nous dit que les perspectives de la société sont exceptionnelles, mais depuis bientôt deux ans, nous réclamons un plan de développement et de redressement à cinq ans", nous a expliqué Gérard Dejardin. C’est entre autres pour cette raison que les actionnaires minoritaires, après l’échec de la dernière tentative de médiation, ont décidé de reprendre le fil de leur action entamée à Namur. Ils demandent la désignation d’un mandataire de justice qui, s’il est nommé, devrait remplacer l’actuel organe de gestion. Les minoritaires, qui regrettent d’avoir été sortis du conseil d’administration, reprochent également à Mamma Roma d’emprunter à tour de bras de l’argent à la société de Charles Adriaenssen, sans possibilité de rembourser ces montants.

On l’aura compris, les hostilités reprennent sur le front judiciaire. "On ne va pas se laisser dépouiller", ont conclu les minoritaires.

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