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Les commerces locaux et l’horeca ne doivent pas être les oubliés de la relance

Les dispositifs dits " d’argent fléché " ont fait leur preuve pendant la crise, car ils permettent à la fois d’inciter à dépenser tout en orientant la consommation.

La crise sanitaire, toujours d’actualité, a changé structurellement nos modes de vie et notre rapport au travail. Si la plupart des secteurs sont actuellement déconfinés, de nombreuses restrictions demeurent.

Le télétravail s’est avéré l’une des principales évolutions liées à la crise dans le monde du travail. Si certains observateurs pensaient qu’il allait s’imposer totalement après le pic de la pandémie et au-delà, il semblerait qu’un modèle hybride s’installe.

Olivier Bouquet. ©Tim Dirven

Dans la sphère privée, la digitalisation s’est, pour sa part, imposée au quotidien. Ce phénomène s’étend désormais même à l’achat de denrées alimentaires, entre autres sous l’impulsion de nombreuses initiatives lancées durant les confinements qui connaissent un succès grandissant.

La flexibilité étant désormais le maître-mot, les travailleurs retournent quelques jours par semaine au bureau. Les grands quartiers d’affaires des centres-villes se remplissent peu à peu, alors que les navetteurs constatent que les transports en commun et les routes s’engorgent de plus en plus.

Malgré le déconfinement, les établissements horeca et les commerces alimentaires ont toujours besoin d’un véritable soutien efficace à leur activité.

Cependant, cette reprise reste progressive dans les établissements horeca et les commerces alimentaires. Certains établissements de l’horeca et petits commerces alimentaires ont perdu une part importante de leur chiffre d’affaires pendant le confinement. Et malgré le déconfinement, ils ont toujours besoin d’un véritable soutien efficace à leur activité.

Comme le faisait très justement remarquer récemment le professeur de stratégie à Solvay, Bruno Wattenbergh, sur RTL, l’impact sera lourd pour l’économie locale dans et autour de ces quartiers de bureaux. Une généralisation de deux jours de télétravail par semaine représente une perte de 40 % pour les acteurs de l’horeca de ces quartiers. Une telle évolution pourrait avoir un impact négatif important sur le secteur, dont les marges sont globalement faibles.

C’est d’ailleurs également le cas pour une grande partie des commerces locaux situés en dehors des grandes villes et des zones de bureaux. Les commerces que nous avons (re)découverts pendant les différents confinements. Les boulangeries, les épiceries, les supérettes de quartier, qui nous ont permis de télétravailler confortablement en dehors des centres-villes. Nous avons permis à une partie de ces commerces de subsister pendant la crise, même si certains d’entre eux n’ont malheureusement pas survécu. Ces commerces locaux seront également impactés par ce nouveau modèle hybride.

Selon une étude, 30% des travailleurs interrogés ont été contraints de diminuer leur dépenses alimentaires pendant la crise.

C’est précisément pour cette raison que nous devons continuer à soutenir ces commerces locaux et les restaurateurs. Ce sont les plus petites structures qui seront surtout touchées, elles qui pour certaines ont dû fermer 1 an et demi pendant la pandémie. Elles qui ont subi cet été les pires inondations de mémoire d’homme. Cela passera notamment par les nombreuses initiatives locales qui s’organisent dans toute la Belgique comme le Week-end du Client ou Winkelhier. La volonté est là, mais souvent les moyens manquent. Surtout que les ménages ne sont pas épargnés à l’aube de l’hiver par une inflation générale préoccupante, portée en partie par une flambée des prix de l’énergie.

Face à ces éléments macroéconomiques inquiétants, le pouvoir d’achat sera donc l’une des clés de la relance. D’autant que selon une étude Listen commandée par la VIA en 2020, 30% des travailleurs interrogés ont été contraints de diminuer leur dépenses alimentaires pendant la crise.

Une piste de solution est l’augmentation de la valeur faciale des chèques-repas, comme en France ou au Luxembourg où elle s’élève respectivement à 10,50 euros et à 10,80 euros maximum. En effet, toujours selon l’étude Listen-VIA, le dispositif chèque-repas a fait ses preuves pour renforcer le pouvoir d’achat des salariés tout en soutenant le secteur de la restauration : un bénéficiaire sur deux l’attend afin de planifier ses dépenses alimentaires et plus de 80% des utilisateurs dépensent intégralement son solde dans le mois. Plus de 22% des interrogés affirment par ailleurs que le montant reçu en titre-repas leur permet de couvrir la totalité de leurs besoins alimentaires.

L’augmentation de la valeur faciale des chèques-repas permettrait de soutenir directement la restauration et les commerces d’alimentation, en apportant un coup de fouet à la consommation locale via l’accroissement du pouvoir d’achat des travailleurs.

Cette mesure permettrait de soutenir directement la restauration et les commerces d’alimentation, en apportant un coup de fouet à la consommation locale via l’accroissement du pouvoir d’achat des travailleurs. Ces dispositifs dits « d’argent fléché » ont déjà été mis en place partout en Europe pendant la crise, car ils permettent à la fois d’inciter à dépenser (grâce à une date de péremption), tout en orientant la consommation vers des secteurs ou des produits ciblés.

Une chose est sûre : les commerces de proximité et les établissements horeca ont besoin d’une relance reposant sur des bases plus structurelles que la solidarité seule. Et il est de notre rôle à tous de continuer de les faire vivre. Pour éviter que dans un futur proche, ces secteurs essentiels fassent partie des oubliés de la relance.

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