reportage

"Les gens s'ennuient à Knokke. Ils vont s'amuser à Durbuy"

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À Durbuy, les pièces du puzzle de Marc Coucke se mettent en place. Le vieux Sanglier des Ardennes va recevoir 30 millions d’euros pour se transformer en hôtel 4 étoiles dernier cri. Ce n’est là que le signe le plus visible. Le rêve du tandem Coucke-Maerten? Faire de Durbuy un mini-Courchevel durant l’hiver et un refuge d’été pour les blasés de Knokke.

A Rome, le long de la nationale 983 qui relie Barvaux à Durbuy, au sous-sol du plus grand parc aventure de Belgique, on s’active pour la haute saison d’hiver. Les bureaux de Bart Maerten surplombent le site rénové à grands frais. C’est là que l’associé et bras droit local de Marc Coucke nous a fixé rendez-vous pour faire le tour des propriétés récemment annexées dans le voisinage direct et des chantiers en cours.

Marc Coucke ©Photo News

Le bouillant Durbuysien d’adoption donne le ton tout en mettant le contact de son SUV: "J’ai rencontré récemment le bourgmestre de Havelange, les responsables régionaux, le DNF et Natura 2000 pour mettre sur la table nos projets locaux. On met tous les acteurs ensemble; on leur détaille nos plans; on leur explique combien on veut investir et on leur demande si ça les intéresse ou pas. Si ça ne les intéresse pas tous, on arrête les frais. Et si tout le monde est partant, on fixe un calendrier précis de part et d’autre. Et on avance. Dans la vie, si on veut avancer, il faut faire simple…"

Bart, il est comme ça: 20 ans qu’il travaille avec les responsables publics locaux et régionaux. Il est donc rôdé. Et il faut que ça bouge. Vite et bien. "L’an dernier, on a investi, rien qu’à Rome, plus de 2 millions d’euros. On a ainsi pu réaliser un chiffre d’affaires de 7 millions, mais il faudra attendre l’exercice 2021, je pense, pour dégager un bénéfice. Cette année, on va tourner autour de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un ebitda de 2,5 millions. C’est un bon début", avance-t-il sans tourner autour du pot.

De Durbuy à Couckeland


Petite balle

Première étape sur les hauteurs boisées, avec la dernière acquisition en date du duo Coucke/Maerten: celle des golfs de Barvaux-Durbuy et de Méan (Five Nations). Ce dernier est le seul parcours belge à avoir été dessiné par la star mondiale sud-africaine Gary Player. Sur la route, notre pilote du jour déroule: "On a mis l’ancien manager, un Français, directement à la porte. Et on a payé 50.000 euros pour ne pas chipoter. On est en train de négocier pour la remise à niveau des deux golfs avec Michel Poncelet  - alias Mister Gazon -, un expert internationalement reconnu en la matière qui a notamment dirigé le golf du Sart-Tilman pendant 30 ans. On va peut-être fermer deux mois pour faire les travaux lourds urgents. Cet été, on a repris 7 personnes sur l’ancien pay-roll… et on est déjà à 18 aujourd’hui."

On commence le chantier en janvier, après le coup de feu des fêtes de fin d’année, qui promet d’être chaud. Et on doit tout réceptionner pour novembre 2019, histoire d’être prêts pour la haute saison de l’hiver prochain. Quand on aura tout fini, on planchera sur la piscine sur le toit. Mais ça, c’est une autre histoire…
Bart Maerten
Patron-fondateur de la société La Petite Merveille


Après les aménagements indispensables, le tandem repositionnera Méan dans un club international très haut de gamme pour y attirer une vingtaine de sociétés privées de premier plan. L’hôtel in situ offre actuellement 35 chambres récemment rénovées. Un projet résidentiel est déjà à l’étude comprenant des villas de standing avec vue sur le parcours. Un accès direct à la route du Condroz, la voie rapide toute proche, est également prévu, pour contourner le hameau. "Je négocie le dossier", ajoute Bart Maerten.

Sangliers 4 étoiles

Retour au centre de Durbuy. Au Sanglier des Ardennes. Les deux associés ont rapidement rénové les murs centenaires: l’entrée, le spa, les cuisines et le sous-sol. Ils ont dans la foulée placé le chef Wout Bru (ex-étoilé) aux commandes des nouveaux fourneaux et ont aussi mis la main sur quelques maisons limitrophes. Objectif: remembrer un ensemble cohérent, de masse critique.

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Avec les anciens hôtels voisins Jean de Bohême, des Roches et leurs annexes, Coucke et Maerten rêvent d’atteindre d’ici la fin de l’an prochain une capacité globale de plus d’une centaine de chambres et suites couplées à trois restaurants, 6 salles de réunion et un centre de bien-être rénové, sans doute complété à terme par une piscine avec vue. Le projet est sorti de la table à dessin du bureau d’architecte voisin, Atelier 47.

Les bâtiments qui font face au Sanglier historique vont être reconvertis en un nouvel hôtel 4 étoiles flambant neuf, avec un jardin intérieur et une immense terrasse en façade, dont une partie sera entièrement verrée. Le budget global des travaux, finitions et mobilier compris, avoisine les 30 millions d’euros. C’est Picard Construct qui a finalement damé le pion aux deux autres poids lourds retenus, Thomas & Piron et Galère. Un tunnel souterrain, déjà creusé sous la rue principale, reliera les deux parties du complexe  le Sanglier des Ardennes existant et son extension. Les clients qui emprunteront cette liaison souterraine pourront, durant leur passage sécurisé sous la route, découvrir le nouveau caveau et ses dépendances.

Bart à Durbuy, Marc au RSCA

On prend le risque de glisser le nom de Pieter Bourgeois, le fils de Geert, qui apparaît  via sa société Crescemus  dans la plupart des sociétés immobilières wallonnes de la galaxie Coucke; et notamment dans le dernier deal en date du Monopoly local, celui des golfs. La réponse claque. "Je n’ai pas les moyens de Marc. J’ai besoin de son aide financière et il a besoin de mes bras et de ma tête sur le terrain. On est complémentaire et c’est très bien ainsi. Pieter, lui, gère les contrats de Marc. C’est un homme de confiance. Il est aussi administrateur délégué de la société qui porte l’hôtel-brasserie-restaurant Le Sanglier des Ardennes et les futurs projets d’extension en face. Mais c’est tout. Ici, c’est moi le patron. Depuis qu’on a racheté à la famille Cardinael et réorienté l’offre vers le business-to-business, on a quasi doublé le chiffre d’affaires. Evidemment, j’envoie un rapport tous les mois."

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Il revient sur l’acquisition du moment. "Cela fait cinq ans que j’habite le nez sur le golf de Méan. Quand j’ai négocié pour acheter le terrain où j’ai construit ma nouvelle maison, mon voisin, le propriétaire néerlandais des deux golfs, m’a demandé si je voulais les racheter. J’étais en première ligne pour en pressentir le potentiel… J’ai téléphoné à Marc, qui m’a directement demandé ce que j’en pensais. Je lui ai dit que je trouvais ça intéressant en termes de consolidation de notre offre touristique. Il a donné le go et je lui ai dit que je voulais monter avec lui sur ce coup-là aussi. Ce qu’on a fait. Pour l’instant, il n’y a que dans la société qui porte le Sanglier et les futurs projets connexes qu’on n’est pas à 50/50. Là, LPM n’a que 20% des parts. Mais j’ai toute la gestion. Et Marc me laisse la main si je veux prendre des parts dans les projets."

"Je me suis occupé des travaux de rénovation et je m’en occuperai encore. La sauce prend et il faut augmenter nos capacités d’accueil rapidement. Ce boulot me passionne et depuis que Marc a racheté le RSC Anderlecht, qu’il doit se concentrer sur ce dossier-là prioritairement, on le voit beaucoup moins souvent à Durbuy. Par contre, Wouter Bru, le chef, a des parts dans la société, lui. C’est une manière pour Marc de l’intéresser financièrement comme partenaire actif au succès de ce projet gastronomique et hôtelier ambitieux. Chaque mois, il gagne des actions pour le boulot qu’il abat, en plus de son salaire", narre Bart Maerten.

Dans la nouvelle brasserie, rebaptisée Bru’sserie depuis peu, il serre des mains, distribue les tapes dans le dos. Il est chez lui. On traverse les cuisines en plein coup de feu, direction la nouvelle cave à vin. Il marque un temps d’arrêt, comme pour remettre ses idées en place. "En fait, depuis qu’on est associés avec Marc, on n’a pas arrêté de racheter des sociétés qui avaient besoin d’aide. Parcs de loisirs, hôtels, campings, golfs. Je suis actif sur Durbuy dans ce secteur d’activités depuis plus de 20 ans. Je le connais donc comme ma poche. On est parti du cœur de notre activité touristique historique, celle que La Petite Merveille développe depuis trois générations déjà, pour étendre notre offre. J’ai une clientèle fidèle à 100% depuis 15 ans. Et la vieille infrastructure historique familiale, que ma fille aînée gère aujourd’hui, avec ses dortoirs communs à l’ancienne, est remplie pour des années à l’avance. Parce que le service offert est impeccable. C’est ça, notre ADN. Dans toutes nos activités. Et ça le restera tant que je suis là."

Courchevel s/Ourthe

Sur le parking en contrebas de l’hôtel-restaurant du Sanglier des Ardennes, les plaques jaunes et noires sont plus nombreuses que les belges pour l’instant. Bart Maerten relève la tête et montre du doigt la colline qui surplombe Durbuy, à l’arrière du site, là où il voudrait faire passer une ligne de téléphérique.

"On possède déjà quasi tous les terrains traversés par la future ligne de transport doux. Cela fait moins de 1.000 mètres à vol d’oiseau. Marc et moi, on a déjà un paquet de kilomètres au compteur. On sait donc ce qu’on veut et peut faire: on n’est pas des mégalos ni des m’as-tu vu. Marc a les moyens de ses ambitions; et moi, je connais Durbuy et son potentiel comme ma poche. J’aime cette région et je ne veux pas qu’elle perde son âme. Mais si on ne fait rien, elle mourra…", assène notre hôte.

Une dernière idée pour la route? En 2020, les organisateurs du Zoute Grand Prix parlent de lancer à Durbuy un Grand Prix bis. De quoi attirer les touristes… et révulser un peu plus les locaux, déjà excédés par les débordements de Coucke et de son copilote. De quoi faire remonter les prix du résidentiel dans et autour de la plus petite ville du monde si les activités de ce type se distillent hiver et été.

"Allez, maintenant, on va manger quelques huîtres à la terrasse chauffée. Elle est fin prête pour le réveillon. À Noël, ce sera noir de monde!", crie Bart.

Le mail qui a changé la vie de la plus petite ville belge

Pendant plus de 20 ans, Bart Maerten a été en concurrence avec Joseph Charlier, l’ancien propriétaire de Durbuy Adventure. Et selon lui, tous les coups étaient alors permis côté Charlier pour lui mettre des bâtons dans les roues… 

"Un jour, j’ai appris que Joseph était soudainement devenu un fervent supporter d’Ostende. Et qu’il était lentement parvenu à approcher Marc (Coucke) lors des matches, pour lui proposer de racheter ses activités à Durbuy. Moi, de mon côté, j’étais juste sur le point de construire un nouveau parc d’aventures en face du domaine historique de la Petite Merveille, de l’autre côté de l’Ourthe à l’entrée de Durbuy. On venait de recevoir les permis. On allait manger Joseph Charlier tout cru. À une réunion du syndicat d’initiatives local, je l’ai entendu se vanter d’avoir revendu ses activités à Marc. Et Frédéric Caerdinael, le patron du Sanglier des Ardennes, m’a alors conseillé de prendre rapidement contact avec Marc. J’ai envoyé cinq lignes par courriel à l’adresse générale d’Omega Pharma, sans beaucoup d’espoir d’avoir une réponse. Deux semaines après  véridique, tu vois que j’ai du bol , on m’a rappelé pour me dire que Marc Coucke voulait me rencontrer. Il m’a d’abord pris pour l’échevin du tourisme de Durbuy. Je lui ai raconté l’histoire de ma famille. Et à la fin, il m’a proposé de faire ça à nous deux, de tout mettre dans la même casserole tout en me laissant au fourneau. Ainsi, directement."

Bart Maerten hésite d’abord, surpris. "J’ai d’abord refusé: ma société était encore en personne physique et je ne voulais pas prendre le moindre risque de tout perdre, ni pour mon père, qui m’a transmis l’affaire familiale, ni pour mes enfants, qui la reprendront. Il m’a dit d’en parler avec mes enfants et de réfléchir. Je lui ai répondu qu’il fallait d’abord que nos enfants respectifs se rencontrent, pour voir s’ils s’entendaient et pourraient poursuivre l’aventure ensemble. Pour moi, c’était vital. Le plus important, c’est l’humain et pas, comme les médias et certains jaloux le racontent, l’argent et la propriété. Marc a été d’accord avec ma proposition de rencontre-test et le courant est rapidement passé entre les deux familles. J’ai mis mes conditions, notamment de ne pas poursuivre les activités de cow-boy de Joseph. Aujourd’hui, Marc investit un maximum via ma société anonyme, LPM, et on doit être d’accord à deux sur tout, sans intermédiaire…", balance sans filtre le directeur exécutif local unique en son genre.

900 ha, 150 millions… et un téléphérique

Depuis deux ans, le business plan ambitieux des deux entrepreneurs tient le cap fixé voire le dépasse. "On a nettoyé, abandonné les activités qui n’avaient aucun lien avec notre ADN, comme le paintball ou les quads; on a entrepris de grands travaux pour diversifier l’offre d’activités, les services horeca, pour gérer la mobilité dans et autour du centre-ville. On a installé une dizaine de stations d’épuration sur nos sites pour ne pas polluer la nappe phréatique. Aujourd’hui, ce sont près de 150 millions d’euros qui sont en passe d’être investis sur les quelque 900 hectares déjà remembrés dans et autour de Durbuy, en bâtis, fonciers divers et bois privés, communaux et régionaux (Domaine de Hotemme). Ce sont des entreprises locales qui ont réalisé tous les travaux. Et le nombre de personnes qui travaillent pour nous dépassera prochainement le cap des 200", résume le patron, qui rêve aujourd’hui d’un téléphérique reliant le centre de Durbuy au site de Rome, pour boucler la boucle locale.

 

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