Près de 40% des entreprises du secteur horeca en faillite virtuelle

Des responsables syndicaux en charge de l'horeca demandent la fin de l'utilisation du cash dans les restaurants et les cafés. ©BELGA

Christian Bouchat, secrétaire régional FGTB en charge de l'horeca, estime que les établissements présentant des fonds propres insuffisants ou négatifs doivent disparaître. Pour l'horeca, cela représente quatre entreprises sur dix.

On le sait, le secteur de l'horeca est particulièrement touché par la crise du coronavirus. Premiers à avoir fermé leurs portes, les établissements du secteur horeca seront les derniers à rouvrir. À ce niveau du déconfinement, la date de la réouverture n'est pas encore connue. 

On s'en doute, cette crise fera des dégâts, et les faillites risquent de succéder aux faillites. C'est dans ce contexte que Christian Bouchat (FGTB) et Patrick Verhaeghe (CSC) ont décidé de sortir du bois afin de présenter des pistes de relance et des idées pour aider le secteur, mais pas à n'importe quelles conditions. L'un des messages délivrés par Christian Bouchat est extrêmement clair. "Les entreprises qui sont en fonds propres insuffisants ou négatifs depuis longtemps doivent disparaître." Soit. Si on prend le syndicaliste au pied de la lettre, près de 40% des entreprises du secteur devraient disparaître.

"Les entreprises qui sont en fonds propres insuffisants ou négatifs depuis longtemps doivent disparaître."
Christian Bouchat
Secrétaire régional en charge de l'horeca (FGTB)

4 entreprises sur 10 ne sont pas en ordre

En effet, selon des chiffres collectés par ses soins, en 2018 (dernière année complète disponible), 10.681 entreprises sur les 25.268 que compte le secteur horeca en Belgique sont en fonds propres insuffisants ou négatifs. Théoriquement, cela veut dire que les organes de ces sociétés devraient se réunir en assemblée afin de se prononcer sur la continuité (ou non) des activités. Autrement dit, ces sociétés sont en faillite virtuelle et ne fonctionnent que grâce au recours à l'argent noir.

Au cours des trois premiers mois de l'année 2020, 340 entreprises du secteur horeca ont fait faillite (461 travailleurs équivalents temps plein concernés). En regardant ces 340 faillites à la loupe, on se rend compte que 41 sociétés n'avaient plus déposé leurs comptes depuis 2016. Pour les deux syndicalistes, c'est à ce niveau-là que le secteur devrait être assaini. "Sur ces entreprises en faillite, seules 145 étaient dans les clous concernant le dépôt de leurs comptes. Les autres ne sont pas en ordre, on aurait dû nettoyer plus tôt", estime Christian Bouchat.

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"Si le nombre de faillites augmente encore dans le secteur de l'horeca, ce sera peut-être à la suite de la régularisation des entreprises qui ne publient pas leurs comptes", explique-t-il encore. Pour lui, les entreprises qui présentent des fonds propres insuffisants ou négatifs depuis trop longtemps devraient disparaître, sachant que le seul moyen de connaître la situation des fonds propres d'une société est de passer par la lecture de ses comptes. 

Moratoire et prêt subordonné

Une fois cet écueil passé, les deux syndicalistes, qui regrettent de ne pas être assez entendus du côté des cabinets politiques, avancent différentes pistes pour soutenir la relance du secteur de l'horeca. Afin d'éviter le carnage social que tous redoutent, ils proposent un moratoire sur les licenciements jusqu'à la fin de l'année 2020, histoire de garder du savoir-faire dans les établissements. Pour les employeurs, la tentation sera grande de licencier des travailleurs, mais les deux syndicalistes plaident en faveur du maintien des équipes complètes travaillant en shifts alternés afin que les équipes soient prêtes et complètes lorsque la reprise s'annoncera. 

Sauver l'emploi, on le voit, mais également donner un coup de pouce aux employeurs. L'aide envisagée pourrait prendre la forme d'un prêt subordonné aux entreprises dites "vertueuses", à savoir celles qui affichent des fonds propres corrects, qui ne présentent pas de dettes (ONSS, TVA) et qui déposent leur bilan dans les temps. 

Parmi les autres idées avancées, les deux syndicalistes plaident pour la fin du cash dans les établissements horeca, une façon de faire qui permettrait d'introduire une saine concurrence dans le secteur, tout en sachant qu'en cette période compliquée d'un point de vue sanitaire, la manipulation des billets et des pièces est déconseillée. 

"Si les établissements ouvrent trop vite, cela va encore creuser le trou du déficit."
Patrick Verhaeghe
Secrétaire régional en charge de l'horeca (CSC)

Ouverture réfléchie

Enfin, Christian Bouchat et Patrick Verhaeghe plaident en faveur d'une réouverture réfléchie des établissements, sans précipitation. "Nous voulons que le personnel soit formé avant la réouverture et nous voulons faire valider les processus par des médecins du travail", explique encore Christian Bouchat. Dans le même temps, les deux syndicalistes demandent que chaque travailleur soit testé et que des salles de douche soient accessibles dans tous les établissements afin que chacun puisse se laver et se changer.  "Si les établissements ouvrent trop vite, cela va encore creuser le trou du déficit", explique Patrick Verhaeghe. 

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