"Tous les matins, je vais au restaurant et je pleure"

En 125 ans d'existence, à part pendant la Seconde Guerre mondiale, le restaurant Chez Léon n'avait jamais fermé ses portes. ©doc

En 125 ans d'existence, à part durant la Seconde Guerre mondiale, c'est la première fois que le restaurant Chez Léon doit fermer ses portes. Rudy Vanlancker, qui a récemment repris les Armes de Bruxelles, prévient: le secteur de l'horeca mettra du temps à panser ses plaies.

"Nous sommes sous le choc, comme tout le monde". Rudy Vanlancker, le patron des restaurants Chez Léon et Aux Armes de Bruxelles, comme bien d'autres dans le secteur horeca, a été touché de plein fouet. "C'est un tsunami qui nous est tombé dessus", glisse-t-il alors qu'il se trouve dans son établissement. "Tous les matins, je vais au restaurant et je pleure. J'ai besoin d'y aller", assure celui qui représente la cinquième génération derrière les fourneaux de Chez Léon. Actuellement, une quinzaine de personnes travaillent encore pour assurer la maintenance des deux restaurants et la nuit, des gardes veillent à la sécurité des lieux. "La nuit, le quartier n'est pas sûr et plus ça va, plus il y a des rôdeurs."

Pas de reprise avant septembre

"A titre personnel, je n'ai jamais connu la fermeture de Léon. La seule fois que nous avons fermé, c'était pendant la guerre 40-45. Même au moment des attentats de Bruxelles, je n'avais pas voulu fermer le restaurant", explique celui qui se trouve à la tête des deux plus grands restaurants du pays. En fermant ses deux établissements le 13 mars, Rudy Vanlancker a dû se résigner à mettre 170 personnes au chômage économique. "Au début, comme tout le monde, on pensait que ce serait une petite grippe et que cela durerait quinze jours ou un mois", explique-t-il, avant de préciser qu'il ne voit pas de reprise avant le début du mois de septembre

"La réouverture des restaurants sera le bout du bout de la chaîne et ce sera avec des masques, une table sur deux et des règles de distanciation physique."
Rudy Vanlancker
Patron de Chez Léon et des Armes de Bruxelles

"Dans tous mes plans, je table sur une réouverture vers la mi-juillet. La réouverture des restaurants sera le bout du bout de la chaîne et ce sera avec des masques, une table sur deux et des règles de distanciation physique", précise-t-il encore. Et le moins que l'on puisse écrire est que Rudy Vanlancker est prêt. Il a aménagé les salles de ses restaurants. Bien entendu, avec une capacité (sur les deux établissements) de 500 places assises, c'est parfois plus facile de respecter les distances. "S'il faut, je peux enlever une table sur trois. Je peux garantir toutes les mesures d'hygiène. Il est hors de question de prendre le moindre risque". 

La chronologie de Rudy Vanlancker n'est pas joyeuse: réouverture potentielle à la mi-juillet, timide reprise en septembre et retour au "busines as usual" en 2021... Ou 2022! En attendant, le patron l'affirme, il a de quoi passer la crise, notamment grâce au soutien de ses banques (Belfius et AION Banque), des syndicats et de ses fournisseurs. 

Inquiet pour son personnel

Aujourd'hui, le patron est inquiet pour ses travailleurs. "Ce qui me dérange, c'est que mon personnel est au chômage économique, ce n'est pas la panacée universelle. Mes gars ne touchent que 70% de leur salaire et ils ont tous des charges, des familles... C'est pour eux que je veux pouvoir rouvrir le plus vite possible." Et si Rudy Vanlancker assure qu'il passera cette crise, c'est pour l'après qu'il s'inquiète. Comme d'autres avant lui. "On a mis les restaurants en sommeil, mais c'est le réveil qui va être difficile", assure-t-il.

"On a mis les restaurants en sommeil, mais c'est le réveil qui va être difficile."
Rudy Vanlancker
Patron de Chez Léon et des Armes de Bruxelles

Pour lui, c'est certain, le secteur de l'horeca mettra du temps à panser ses plaies. "J'ai mis 17 mois à me relever des attentats de Bruxelles. Ce que nous vivons actuellement est sans commune mesure avec les attentats et il y a cet aspect sanitaire qui rajoute une couche et qui projette l'aspect économique au second plan." Mais d'économie, pourtant, il sera question. "Ce sont des années de bénéfice qui vont passer à la trappe et on va s'endetter pour dix à quinze ans. Nous allons mettre des années à digérer cette pilule."

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