Traiteur Loriers est mort. Jean-Michel, lui, se porte bien

Traiteur Loriers était le concessionnaire exclusif du Square à Bruxelles. ©Photo News

Tombé dans le giron du français Cosabel après avoir été repris une première fois par GL Events, Traiteur Loriers a récemment été mis en liquidation… Mais son fondateur, Jean-Michel Loriers, a joliment rebondi. Explications.

Bruxelles a décidément mal à son Horeca. Après la petite douzaine de maisons de bouche déclarées en faillite (groupe Beyaz) voici quinze jours, on a appris la mise en liquidation, le 28 novembre dernier, d’un de ses plus prestigieux acteurs, le Traiteur Loriers. Le même jour la société était rebaptisée Traiteur TL et un liquidateur nommé. La vente aux enchères du matériel de l’atelier du traiteur, situé près du cimetière d’Evere, s’est clôturée ce lundi. Fin de l’histoire…. Sauf qu’il ne s’agit pas du traiteur Jean-Michel Loriers, fournisseur de la Cour, mais de la filiale d’un grand nom français du catering. Ce qui mérité un peu d’explications.

Il y a près de dix ans, Jean-Michel Loriers, traiteur bien connu sur la place, fournisseur de la Cour depuis 2002, revend la majorité de sa société à GL Events. Côté en Bourse, ce groupe français spécialisé dans l’événementiel vient de décrocher le contrat d’exploitation de Square, l’ancien Palais des Congrès de Bruxelles. L’occasion faisant le larron Traiteur Loriers devient le traiteur exclusif de Square. Au passage – et c’est plus qu’un détail – GL Events rachète le marque Loriers et signe avec son fondateur une clause de non-concurrence de deux ans. Et de fait, deux ans plus tard, Jean-Michel Loriers revient aux affaires et relance sa propre entreprise sous la marque JML Concept.

"Nous n’étions plus d’accord sur rien; ni sur la philosophie du travail de traiteur ni sur les relations personnelles. J’ai donc dû tout recommencer à partir de rien… sans même pouvoir signer de mon nom: un point mentionné dans une convention m’en empêchait."
Jean-Michel Loriers
fournisseur de la Cour

Fines les grand-messes façon congrès et conventions organisés au Square, l’entrepreneur mise sur de plus petits événements (mariages, expos…). "Nous n’étions plus d’accord sur rien; ni sur la philosophie du travail de traiteur ni sur les relations personnelles. J’ai donc dû tout recommencer à partir de rien… sans même pouvoir signer de mon nom: un point mentionné dans une convention m’en empêchait. Malgré cela, les affaires ont redémarré. Aujourd’hui, j’emploie une quarantaine de personnes et notre chiffre d’affaires dépasse la barre des 7 millions d’euros. On grandit tellement qu’on va déménager prochainement de Nivelles vers le zoning de Wavre-Nord", tient à préciser Jean-Michel Loriers.

Une lente descente aux enfers

Quelques années plus tard, en 2015, GL Events déclare ne plus souhaiter gérer le catering du Square. Ce n’est pas son métier. Il revend 60% de la SA Traiteur Loriers au groupe Cosabel, filiale belge du français Coser, spécialisé dans la restauration événementielle. Dans le passé, ce groupe a eu dans son portefeuille le catering des palais du Heysel, il contrôle aujourd’hui, entre autres, la société Horeto Museum (qui s’occupe de la cafétéria de certains musées bruxellois). Il a racheté il y a un an la société Exôzt qui exploite le Cercle de Wallonie. Il détient aussi 76% de la société SECEB qui exploite la marque Gourmet Invent, un des leaders du marché en Flandre.

8,6 millions €
Chiffre d'affaires
Les derniers comptes disponibles, clôturés fin 2016, font état d’un chiffre d’affaires en net recul puisqu’il est passé de 12 à 8,6 millions d’euros.

Cette reprise par Cosabel, n’a visiblement pas donné les résultats escomptés. Ou alors elle faisait double emploi. La situation financière s’est dégradée et d’aucuns disent que la qualité Loriers n’était plus au rendez-vous. Les derniers comptes disponibles, clôturés fin 2016, font état d’un chiffre d’affaires en net recul puisqu’il est passé de 12 à 8,6 millions d’euros. En cause: l’arrêt des collaborations avec des sites peu rentables et le contexte économique plombé par les attentats de Bruxelles de mars 2016. La société est à nouveau dans le rouge avec une perte nette de 1,332 million d’euros, qui s’ajoute à celle de 1,238 million enregistrée en 2015. Au total, la perte à reporter s’élève à 4,760 millions, alourdissant la dette à plus de 6 millions.

En avril 2017, le conseil d’administration de Traiteur Loriers propose une série de mesures pour redresser la barre: nouvelle structure de direction, reporting analytique de certains contrats comme celui de Square, analyse des concessions, diminution temporaire du personnel, augmentation de la productivité, etc. Un mois plus tard, le conseil d’administration de Cosabel s’engage "inconditionnellement et irrévocablement à apporter un soutien financier adéquat, soit sous la forme d’un apport, soit sous la forme d’un prêt, soit sous une autre forme d’aide, à Traiteurs Loriers afin d’assurer la continuité de ses activités", peut-on lire en marge des comptes annuels de Traiteur Loriers. Dans le rapport de gestion de ces mêmes comptes, le conseil d’administration de Traiteur Loriers indique que "la société a entamé une redynamisation de sa gamme, de sa communication et de sa stratégie (….) et que les effets positifs escomptés sont attendus à parti d’octobre 2017". Fin novembre, la société était dissoute. Chez Cosabel, où on n’a pas souhaité s’exprimer, ou nous renvoie vers le liquidateur, lequel n’a pas voulu nous en dire plus.

On s’en doute, cette affaire ternira un moment l’image du traiteur dont le nom même était devenu une marque de renom au début des années 2000. "Déjà, les gens avaient tendance à mélanger Traiteur Loriers et JML. Cette liquidation ne fera qu’ajouter à la confusion et pourrait porter atteinte à son image de marque, alors qu’il n’a plus rien à voir dans cette histoire", note un connaisseur du dossier. Mais d’autres voient la bouteille à moitié pleine: "Jean-Michel pourra enfin sans doute récupérer son nom et lui rendre sa patine d’antan", rétorque un autre. 

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