Un établissement horeca sur deux au bord de l'asphyxie

Cafés, restaurants et hôtels (ici, Le Quinze, sur la Grand-Place de Bruxelles) préparent la réouverture. Mais même en cas de relance le 8 juin, 25% d'entre eux feront face à de graves problèmes. ©Kristof Vadino

D’après une étude menée par l’expert en données d'entreprises Graydon, il faut s’attendre à une déferlante de faillites dans le secteur de l’horeca lorsque les tribunaux de commerce reprendront leurs activités. Car même en cas de réouverture des établissements, 25% d’entre eux feront face à de graves problèmes.

Il est plus que probable qu’un de vos restaurants ou cafés préférés ferme ses portes au cours des prochains mois. C’est ce que révèlent des simulations réalisées par l’expert en données d'entreprises Graydon. A l’heure actuelle, plus d’un établissement horeca sur deux se trouve déjà au bord du précipice. S’ils ne peuvent rouvrir leurs portes le 7 juin et doivent rester fermés jusqu’à la fin de l’été, deux établissements sur trois seront menacés de faillite.

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Cette situation démontre la pression que subit le gouvernement fédéral, qui doit décider la semaine prochaine d’un éventuel assouplissement des règles. Mais même en cas de décision positive, les cafés, restaurants et hôtels ne pourront retrouver leur pleine capacité. Certains clients hésiteront à sortir par crainte d’être contaminés. Et les mesures de distanciation sociale obligeront le secteur à restreindre le nombre de clients.

Dans l’hypothèse où ils engrangeront 50% de leurs revenus habituels entre le 8 juin et la fin de l’été, seule la moitié des établissements aujourd’hui en situation difficile réussira à s’en sortir. Mais 25% de tous les établissements horeca continueront à faire face à de sérieux problèmes.

Les tribunaux de commerce devront faire de la médecine de guerre. Ils devront décider qui a droit à des soins et qui ne peut être sauvé.
Eric Van Den Broele
senior manager R&D chez Graydon

Un secteur très exposé

En temps normal, notre pays enregistre chaque année 1.300 faillites dans le secteur, explique Eric Van den Broele, senior manager R&D chez Graydon, qui s’attend à ce que ce chiffre soit multiplié par cinq cette année et craint une véritable déferlante lorsque les tribunaux de commerce recommenceront à prononcer des faillites. Dans les mois qui viennent, en l’absence de nouvelles mesures et d’idées créatives, le nombre de dépôts de bilan pourrait atteindre le chiffre astronomique de 50.000.

Que peut faire un établissement horeca?

Que faire si vous êtes gérant d’un établissement horeca et que vous êtes au bord du gouffre? "Dès la réouverture, demandez à rencontrer vos fournisseurs et discutez de la situation", conseille Eric Van Den Broele. "Soyez transparent et expliquez clairement l’aide dont vous avez besoin." Car les fournisseurs apprécient la continuité.

"Vous pouvez aussi demander le soutien de vos fidèles clients, par exemple en leur proposant d’acheter une carte de boissons valable deux mois moyennant un petit avantage, comme une dixième bière ou un paquet de chips gratuits. Cela vous permettra d’obtenir immédiatement les liquidités supplémentaires dont vous avez besoin."

"Les tribunaux de commerce devront faire de la médecine de guerre", poursuit Van den Broele. "Ils devront décider qui a droit à des soins et qui ne peut être sauvé." Des décisions difficiles à prendre. Et que se passera-t-il si une entreprise a réussi à obtenir un crédit plus souple grâce aux mesures du gouvernement fédéral mais que le juge estime que la faillite se justifie sur la base d’autres critères?

Cette situation servira aussi de test pour la nouvelle loi sur l’insolvabilité, qui insiste fortement sur la nécessité de donner une seconde chance à un patron d’entreprise après une faillite. "C’est en soi une bonne chose, estime Eric Van den Broele, mais les juges devront empêcher que de trop nombreux entrepreneurs ne jettent trop facilement l’éponge pour pouvoir repartir d’une page blanche." Cela accentuerait l’effet boule de neige et menacerait d’autres entreprises.

Le spécialiste de Graydon plaide plutôt pour que les entreprises bénéficient temporairement d’un avantage fiscal si elles accordent des délais de paiement à leurs clients. Les entreprises en bonne santé pourraient ainsi aider leurs consœurs en difficulté. L’avantage fiscal pourrait correspondre aux intérêts perdus, ce qui ne coûterait pas très cher aux pouvoirs publics, tout en permettant aux entreprises en bonne santé de conserver leurs réserves et de les utiliser pour la relance.

©Mediafin

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