Une nouvelle union de l'horeca se met en place à Bruxelles

Paul de Béthune (café Belga) et Haile Abebe (café Beguin et restaurant Toukoul).

Une poignée de responsables d'établissements horeca sont en train de se fédérer en marge de la Fédération Horeca. Ils veulent faire bouger les lignes.

Cela a le goût de la rébellion, cela a la couleur de la rébellion, mais ce n'en est pas une. Enfin, pas tout à fait. Une poignée de responsables d'établissements horeca bruxellois sont en train de se fédérer autour d'une nouvelle structure appelée Union Horeca Bruxelles.

Pas question, à ce stade, d'y voir une vraie fédération ou une ASBL. Non, il s'agit plutôt d'une association de fait composée afin de s'organiser et de réagir face à la deuxième vague de coronavirus qui est en train de tuer le secteur de l'horeca à petit feu, comme nous l'ont expliqué Haile Abebe (café Beguin et restaurant Toukoul) et Paul de Béthune (café Belga). Ils ne sont pas seuls. Dans leur groupe de réflexion, on trouve notamment Liza Miller (Le Pantin) ou Andréanne Marcil-Bergeron (Les super filles du tram) pour ne citer qu'elles.

Des solutions positives et constructives

"On s'est retrouvé récemment à se dire qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas du tout et que nous n'allions pas nous en sortir", nous a confié Paul de Béthune, le patron du café Belga, situé sur un coin de la place Flagey. Ce dernier avait été très marqué par le premier confinement. "On a dépassé le cadre de tout ce qu'on avait imaginé pouvoir vivre. On n'avait jamais connu une fermeture aussi forte et aussi longue avec des conséquences aux niveaux financier et humain." Et durant cette période, Paul de Béthune ne s'est pas vraiment senti soutenu par la Fédération Horeca.

"Il faut repenser la manière dont on va s'organiser, dont on va porter notre voix."
Haile Abebe
Patron du café Beguin et du restaurant Toukoul

Haile Abebe, qui gère le café Beguin et le restaurant Toukoul, ne dit pas autre chose. "Nous n'avions pas l'impression d'être représentés par la Fédération", souligne-t-il. Ce que veulent ces deux figures de l'horeca, c'est amener des solutions positives et constructives ce qui, estiment-ils, n'a pas toujours été le cas avec la Fédération. Sans vouloir entrer en guerre, ils préfèrent se fédérer et organiser la riposte.

L'esprit de la class action

"Il faut repenser la manière dont on va s'organiser, dont on va porter notre voix", précise Haile Abebe, qui met en avant l'idée d'une démocratie participative, d'une association qui viendrait avec une position globale au nom de ses membres. C'est dans cet esprit que l'idée de lancer une vaste action en justice leur est venue.

Mais les possibilités qui se présentent à eux ne sont pas nombreuses, surtout quand l'adversaire (ici, le coronavirus) est invisible. C'est à ce moment que Haile Abebe, Paul de Béthune et une poignée d'autres exploitants d'établissements ont décidé de lancer une sorte de class action.

"L'idée, c'est de montrer qu'on existe et que le secteur est en train de crever."
Paul de Béthune
Patron du café Belga

Leur idée est de fédérer le plus d'établissements horeca possible afin d'introduire, tous ensemble, une procédure de réorganisation judiciaire (PRJ) devant le tribunal de l'entreprise de Bruxelles. L'objectif visé serait de déposer une cinquantaine de PRJ de façon simultanée.

Sauver ce qui peut l'être

S'ils veulent agir de la sorte, c'est bien entendu pour tenter de sauver ce qui peut l'être, sachant qu'une PRJ bien menée permet à une entreprise de souffler et de se mettre à l'abri de ses créanciers. Mais l'idée de cette action qu'ils veulent aussi massive que possible, c'est de faire bouger les lignes, dire à l'État qu'il y a un vrai problème avec l'horeca. "De la sorte, nous voulons devenir un interlocuteur valable vis-à-vis des pouvoirs publics. L'idée, c'est de montrer qu'on existe et que le secteur est en train de crever", précise Paul de Béthune.

"Le moratoire, c'est une bombe à retardement, on sait que le couvercle va finir par exploser."
Haile Abebe

Les personnes intéressées par une telle action seront alors dirigées vers un des trois cabinets d'avocats qui vont gérer la logistique de l'opération (Sybarius, Elegis et Janson) sachant que l'Union Horeca Bruxelles a négocié des grilles tarifaires avantageuses avec ces cabinets. "Nous comprenons que la situation est exceptionnelle pour tout le monde, mais il faut éviter de continuer à fonctionner normalement comme si tout allait bien, cela n'a aucun sens", explique Haile Abebe.

Une bombe à retardement

À ce stade, nos interlocuteurs estiment que les aides fournies par l'État, quelles qu'elles soient, ne sont pas suffisantes. Dans la plupart des cas, elles ne suffisent même pas à couvrir les charges fixes de ces établissements. "Le moratoire, c'est une bombe à retardement, on sait que le couvercle va finir par exploser", ajoute Haile Abebe.

Pour eux, les aides devraient être proportionnelles, calculées selon des critères définis à l'avance, quantifiables et identifiables par toutes les parties. Et quand l'activité redémarrera, l'Union Horeca Bruxelles compte poursuivre sa réflexion sur la façon de faire évoluer l'horeca dans la société.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés