Docks Bruxsel ouvre ses portes au public cette semaine

©Photo News

Sur le site internet beau comme un sou neuf de Docks Bruxsel, le nouveau centre commercial et de loisirs qui ouvrira ses portes jeudi au public, est présenté comme un "shopping district garantissant une expérience urbaine inédite". Inédite en quoi, exactement?

Le nouveau quartier urbain, dont le volet commercial sera la locomotive, dénote d’abord par sa taille – qui le fait d’emblée rentrer dans la cour des grands aux côtés des Grands Prés (Mons) et de Wijnegem (Anvers) – et par sa localisation. Situé sur les rives du Canal, à deux pas du parc Royal et du pont Van Praet, il s’étend sur un terrain de quatre hectares et propose 39.000 m² de commerces sur trois niveaux, 10.000 m² d’activités de loisirs, 7.000 m² d’activités productives (ateliers, bureaux, divers…), la majeure partie logée sous une verrière de 11.000 m² formant le Mall.

214 millions €
C’est le montant investi par Equilis dans son nouveau paquebot commercial. S’il est rentable, il devrait rapporter très gros.

Un des volumes, rebaptisé "la Cathédrale", est un des plus anciens bâtiments industriels de Bruxelles (1830). Enfin, spécificité peu visible: le chauffage du site est assuré à 100% par le récupérateur de chaleur posé sur les tours de l’incinérateur de Bruxelles-Propreté tout proche.

Côté loisirs, il est vrai que l’opérateur du complexe des huit salles de cinéma logées au deuxième étage, Belga Films, sera différent des habituelles enseignes de la place. L’espace événementiel et festif du quatrième étage pouvant accueillir 1.500 personnes sur 2.800 m² permettra également, tout comme l’espace-aventure indoor, de multiplier les activités tard le soir, jusqu’à minuit.

©Mediafin

Vraiment différent?

Mais au-delà, qu’ont vraiment d’inédit les 110 enseignes réparties sur un total impressionnant de 61.000 m² de surface brute louable? En quoi l’offre de cet énième shopping center urbain peut-elle être qualifiée de complémentaire aux autres et trouvera-t-elle sa place sans déshabiller Pierre pour habiller Paul, comme le redoutent plusieurs associations de commerçants et quelques professeurs d’université arguant d’une offre commerciale à saturation depuis des lustres dans la capitale?

Et sur le simple plan de la concurrence, en quoi Docks a-t-il les atouts pour capter à terme une vaste clientèle venue des trois régions du pays? D’autant que, lorsqu’on interroge Olivier Weets, qui pilote le projet pour Equilis, sur la fréquentation attendue, celui-ci dit espérer entre 5 et 6 millions de visiteurs la première année pour atteindre pas moins de 8 millions au terme de trois ans.

Il y a bien, dans l’offre proposée, des noms qui ne figurent pas habituellement dans ce genre de complexe; l’offre horeca y a été sélectionnée pour varier midi et soir jusqu’à 22h30 les goûts et les origines. Mais encore? Ce qui frappe surtout, c’est la surface de certaines boutiques du premier étage – celle de flagships comme Zara, Kiabi, H & M ou Koezio – et, entre celles-ci, les vastes circulations où l’architecture privilégie l’espace et la lumière naturelle. Cela suffira-t-il à déplacer les foules, majoritairement en voiture? Chez Equilis, dont c’est à ce jour le chantier le plus important en termes de superficie et de budget (214 millions d’euros), on y croit.

Et quand on demande à Olivier Weets quelles sont ses craintes majeures à quelques heures de l’ouverture, celles-ci sont clairement liées à la localisation atypique du complexe. "On n’est logé ni en périphérie classique ni en hypercentre, et on a clairement fait un pari, risqué mais mesuré, sur une zone urbaine qui a un potentiel certain à moyen terme, mais où presque tout reste à faire. Pour notre part, on doit surtout créer dans ce quartier atypique un trafic commercial suffisant. Et qui dit trafic, dit forcément circulation… J’avoue que, durant les premières semaines, on a un peu peur d’être victime de notre succès. Cela risque de pas mal bouchonner sur le pont Van Praet, qui n’était déjà pas un modèle de fluidité avant notre arrivée. On a construit un rond-point, modélisé toutes les circulations et tous les scénarios en détails; on les a étudiés à plusieurs reprises au sein d’un observatoire de la mobilité réunissant toutes les forces vives concernées, dont Bruxelles-Mobilité ou la STIB. Mais on ne peut pas tout prévoir et il faudra sans doute corriger le tir. On espère convaincre un maximum de clients de privilégier les transports en commun. Au-delà, on croise les doigts…", détaille-t-il en précisant avoir demandé aux responsables concernés une réunion d’évaluation dès après l’ouverture, soit dans une grosse semaine.

Des surfaces commerciales également à l’étude autour du futur Eurostadium?

Le personnel fraîchement engagé de Docks se prépare à accueillir les curieux en tentant de les capter avec un maximum d’animations sur le seuil des fêtes de fin d’année, moment clé pour conforter le chiffre d’affaires des locataires. On croise les doigts pour que rien ne vienne assombrir la naissance de ce nouveau venu de taille dans le paysage commercial de la capitale. Le premier depuis plus de… 40 ans.

Mais pas le dernier. Au centre-ville, The Mint viendra d’ici peu redynamiser l’offre rue Neuve.City2 subira sous peu un lifting pour le repositionner sur l’échiquier commercial. Idem pour leW Shopping (Woluwe-Saint-Lambert), agrandi au passage.

Au rang des nouveautés enfin, le plateau du Heysel risque de devenir, à l’horizon 2022, le nouvel épicentre commercial de la capitale. Du côté des porteurs du projet mixte Neo1, on respire: le PRAS (Plan régional d’affectation du sol) nouveau, sésame incontournable pour finaliser le certificat d’urbanisme sur la zone, sera enfin adopté mi-novembre. Le centre commercial Europea (72.000 m² de surfaces louables) sortira donc de terre, sauf recours en suspension imprévu, à l’horizon 2019-2020 pour une ouverture prévue par Unibail-Rodamco en 2022.

Plus surprenant, il se murmure de source sûre que des surfaces commerciales seraient au programme sur le projet Eurostadium de Ghelamco. Plusieurs scénarios seraient dans les plaquettes des architectes. "Jamais! répond une source proche de la Ville de Bruxelles. Le contrat d’emphytéose signé avec Ghelamco stipule qu’il ne peut y avoir sur le site d’autres surfaces commerciales que de l’horeca et une boutique fan club ou deux. Ce serait le comble pour Unibail-Rodamco, qui ne manquerait pas d’exiger des dédommagements à la Ville…"

©Photo News

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect