"Il faut arrêter l'hémorragie dans le quartier Louise!"

La luxueuse galerie d'antan a perdu beaucoup de son charme, de ses commerçants et de ses clients... ©Photo News

Dans la Galerie Louise, c’est le désert. Viviane Teitelbaum, l’échevine locale du Commerce et du développement économique pousse un coup de gueule contre les spéculateurs immobiliers. Ceux-ci laisseraient pourrir certains morceaux de rues commerçantes pour faire baisser les prix des immeubles. L’architecte qui supervisera la rénovation de la Galerie Louise réagit.

Selon les commerçants bruxellois, les ventes battent de l’aile pour l’instant. Tunnels fermés, baisse du pouvoir d’achat local, peur des attentats: l’ambiance n’incite pas à consommer dans les rues de la capitale. Mais les loyers, eux, ne baissent pas dans les artères les plus chères, où les fermetures des volets se multiplient.

A Ixelles, même le Goulet suit le mouvement. Et dans la Galerie Louise toute proche, c’est le désert. L’échevine locale du Commerce et du développement économique, Viviane Teitelbaum, pousse aujourd’hui un solide coup de gueule contre les spéculateurs immobiliers qui laisseraient pourrir volontairement certains morceaux de rues commerçantes pour faire baisser les prix des immeubles sis dans leur zone de chalandise. Nous avons aussi interrogé l’architecte qui supervisera la rénovation de la Galerie Louise, Francis Metzger (MA²).

→ Viviane Teitelbaum: "Je dis qu’on tronque les règles élémentaires du commerce"

Je veux donc qu’on stoppe cette spirale négative qui n’a que trop duré déjà.
Viviane Teitelbaum
Echevine locale du Commerce et du développement économique à Ixelles

Viviane Teitelbaum, un représentant politique qui s’oppose aussi ouvertement à la libre-concurrence sur le marché immobilier, ce n’est pas commun, si?

Je ne m’oppose pas à l’investissement privé s’il contribue au développement économique de la commune et à la libre-circulation des biens. Mais quand certains acteurs qui jouissent d’un quasi-monopole ont la volonté d’enfiler les cellules commerciales sans les relouer de manière à ce que l’espace commercial suivant, de plus en plus isolé, perde de la valeur vu le vide locatif créé de manière artificielle, je dis qu’on tronque les règles élémentaires du commerce.

Vous avez eu des témoignages de certains Ixellois allant dans ce sens?

Les magasins fermés s'enchaînent... ©Photo News

Bien sûr. On a des gens qui sont actifs là-bas depuis des dizaines d’années. Il y en a qui ont économisé toute leur vie pour placer leur argent dans une surface commerciale et qui voient actuellement fondre leurs économies comme neige au soleil. D’autres sont propriétaires et commerçants. Leur plus-value périclite donc des deux côtés: ils doivent parfois se résoudre à fermer boutique et en outre brader leur pas de porte (reprise du fonds de commerce) tellement le climat local se détériore. Ces gens sont désespérés. Je n’ai aucune envie de les voir partir et j’estime qu’il faut les soutenir car ils cumulent pour l’instant les problèmes, notamment suite à la fermeture des tunnels.

La majorité des craintes qui me reviennent proviennent de propriétaires et de locataires de la Galerie Louise.

Où localisez-vous le problème pour l’instant?

♦ Qui est Gérald Hibert?

Lisez ici le portrait que nous lui avons consacré.
Morceau choisi: "L'homme a un caractère de chien; c'est un serpent, mais pas un brigand. Il n'a pas fait d'études, ne parle pas un mot d'anglais, mais voit clair, ose, prend des risques et n'a jamais froid aux yeux, quelle que soit la grosseur du morceau à avaler", selon un de ses proches.

La majorité des craintes qui me reviennent proviennent de propriétaires et de locataires de la Galerie Louise. Mais il est vrai que le quartier commence à en souffrir par effet boule de neige. Le principal homme d’affaires concerné, Gérald Hibert, a également racheté le nouvel immeuble Toison d’Or, non loin de là. Je veux donc qu’on stoppe cette spirale négative qui n’a que trop duré déjà. J’ai entendu que le maître d’ouvrage principal et son architecte, Francis Metzger, n’avaient pas besoin de permis de bâtir s’ils restaient sous la barre des 400 m² par cellule commerciale réaménagée. On parle aussi de restauration globale de la galerie, de son éclairage et du travertin en façade.

Indépendamment des travaux de restauration de surface, il faudra ensuite encore remplir les cellules vides…

Il y a pas mal de gens qui cherchent des surfaces à louer sur Ixelles. Mais tout dépend évidemment des modalités mises en œuvre pour relancer cet espace commercial déserté. Dès que le chantier aura commencé et qu’on aura sécurisé le lieu, aujourd’hui ouvert à tout vent, j’ose espérer que l’activité reprendra. Quand je parle de sécurité, j’insiste: c’est autant pour les gens qui logent là de manière illégale et qui se mettent en danger la nuit dans ce lieu peu sécure que pour les personnes qui remailleront le commerce dans l’espace une fois rénové.

L’espace concerné est aujourd’hui ouvert?

Oui, les grilles sont en partie ouvertes. Dès que le chantier redémarrera, on pourra donc baliser l’espace et le sécuriser.

Et qu'en pense l'architecte?

→ Francis Metzger, architecte: "On a sué pour arriver, au bout de trois ans de tractations, à un pré-accord"

Nous avons reçu confirmation de la Région bruxelloise qu’il ne fallait pas de permis pour lancer le chantier sur base des plans validés.
Francis Metzger
Architecte, MA²

L’architecte qui supervisera la rénovation de la Galerie Louise réagit aux propos de l’échevine du Commerce. Selon Francis Metzger (MA²), le chantier est imminent.

"Nous avons reçu confirmation de la Région bruxelloise qu’il ne fallait pas de permis pour lancer le chantier sur base des plans validés. Mais monsieur Hibert, qui détient la majorité de l’espace à restaurer, doit encore avoir l’aval unanime des autres propriétaires.  Et ça n’a pas été simple pour lui d’y parvenir malgré sa réelle envie de voir enfin bouger les choses", insiste-t-il.

Selon l’architecte, outre fédérer tous les maîtres d’ouvrage sur un seul et même projet, il faut aussi le financer. "Et quand on parle investissement et gros sous, il y en a toujours pour estimer qu’ils paient trop cher.  Je vous assure qu’on a sué pour arriver, au bout de trois ans de tractations, à un pré-accord. Normalement, celui-ci sera confirmé le 21 juin, si tout se déroule sans surprise…", promet-il.

• Le programme? Six mois de chantier intensif pour ouvrir juste avant Noël les cellules rénovées et les espaces communs, qui font à eux seuls 1.400 mètres carrés de ruelles couvertes.

• De quelle zone parle-t-on? Le chantier concerne les deux tronçons historiques les plus anciens de la galerie commerçante. Le plus vieux, la boucle dont l’entrée se situe au milieu du Goulet, a plus de 60 ans d’âge.

Le nouveau projet du bureau d'architecte MA2 ©MA2

"Lors de son inauguration, en 1952, cet espace couvert avait fière allure, avec son travertin au sol et en façade, ses décorations style art déco – néo-classique. Mais peu à peu, les commerçants successifs ont marqué leur petit territoire pour se démarquer des voisins au point que c’est devenu aussi bariolé et distordu que la caravane du Tour de France…", explique le maître d’œuvre pour qui il fallait impérativement retrouver une cohérence et un cachet d’ensemble pour pouvoir à nouveau offrir un cachet commercial unique, fort.

Parallèlement à la restauration,  les équipes de GH Group travailleront activement à la commercialisation des boutiques rhabillées. On parle bien ici du tronçon historique principal. Ensuite, il faudra encore fédérer le mouvement avec la partie plus neuve des galeries, l’Espace Louise. L’objectif est clair: il faut que la sauce commerciale prenne pour atteindre progressivement une masse critique suffisante qui ramène le chaland dans cet espace trop longtemps délaissé.

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