analyse

L'immobilier équestre belge lorgné par les millionnaires chinois

Un domaine équestre situé au-dessus de Wavre est mis en vente à partir de 6,5 millions d’euros. ©Cofim

Plusieurs agences immobilières ciblant le haut de gamme ont ajouté la niche équestre à leur offre. Habituées à travailler "off market" et avec la discrétion de rigueur pour une clientèle fortunée et internationale, elles se devaient de marquer au fer doré ce nouveau marché.

Début 2019, c’est l’agence Sotheby’s qui se positionnait sur le terrain équestre: "Notre pays regorge de fermes d’élevage de pur-sang belges pour le jumping avec une renommée mondiale ayant produit un certain nombre de champions. Elles se situent avant tout dans le triangle Anvers, Bruxelles et Liège. Après l’emplacement, le second aspect recherché par les clients, c’est le bien de prestige, de préférence au calme et isolé. Comme nous parlons de chevaux de grande valeur, les clients privilégient une propriété qui n’est pas sur une voie publique", motivait Dirk Hoebrechts, expert dans le domaine chez Sotheby’s. Sur le site belge du réseau international, on trouve d’ailleurs plusieurs domaines équestres à vendre, notamment en Brabant flamand ou wallon et en Condroz.

De plus en plus ciblé

Si ce type de propriétés est encore rare et souvent familial, de plus en plus d’entre elles se retrouvent sur le marché vu les prix parfois offerts par les acheteurs et les difficultés multiples à transmettre de génération en génération contenant et contenu de pareil hobby. Mieux: comme l’immobilier de luxe classique à la mer ou à la montagne, le marché des biens équestres neufs est de plus en plus ciblé par les investisseurs, avec une fourchette de prix allant de 1 à 10 millions d’euros la plupart du temps.

Le marché des biens équestres est de plus en plus ciblé par les investisseurs, avec des prix de 1 à 10 millions d’euros.

Surfant sur ce marché, les enseignes immobilières spécialisées fleurissent et essaient de repérer les biens susceptibles d’être commercialisés, pouvant également servir de domaine de chasse durant la saison. Une fois le contact établi avec un vendeur potentiel, la commercialisation doit être "tailor made", souvent diffusée en anglais et en acres, comme par exemple pour ce cottage de Kalmthout, près d’Anvers, avec arène et piscine intérieure et 141 acres (57 hectares) de superficie totale.

Knokke Hippique

Début juillet, sous un soleil de plomb, c’était le grand barnum équestre d’été à Knokke, pour le traditionnel Knokke Hippique. Autour du jumping, toutes les activités touchant de près ou de loin au monde équestre, du van à l’assurance en passant par l’agence immobilière, étaient rassemblées sous forme de village dédié au cheval. Nombre de sociétés y avaient réservé des tables VIP.

Parmi celles-ci, l’entreprise de promotion immobilière Ghelamco, représentée par son patron-fondateur Paul Gheysens, grand amateur de chevaux. Pendant trois jours, les invités allaient se frotter aux cavaliers professionnels présents et se succéder aux grandes tables alignées sous la tribune d’honneur. Ce genre d’événements et leurs hôtes se retrouvent sur papier glacé dans des magazines spécialisés, avec une rubrique désormais dédiée au Equestrian Real Estate, qui prend de plus en plus de place.

"La Belgique est au centre du monde en matière équestre. Notre clientèle est de plus en plus étrangère, avec des acheteurs venus d’Amérique du Sud, d’Europe du Nord, des Etats-Unis, de Russie, mais également de Chine."
Nathalie Berleur
Courtière chez Cofim Equestrian Real Estate

"La Belgique est au centre du monde en matière équestre. Notre clientèle est de plus en plus étrangère, avec des acheteurs venus d’Amérique du Sud, d’Europe du Nord, des Etats-Unis, de Russie, mais également de Chine. Nous avons finalisé une opération avec un immense groupe chinois. Et il est prévu d’en réaliser d’autres prochainement. Les acheteurs venus de là-bas aiment que les lieux aient une histoire. Et en la matière, nous sommes servis", précise Nathalie Berleur, courtière chez Cofim Equestrian Real Estate.

Son carnet d’adresses, discrètement nourri depuis 15 ans déjà, est déjà bien étoffé. "Nous avons par exemple vendu il y a deux ans à Lennik les écuries de Philippe Lejeune, cavalier belge de renom, champion du monde en 2010 à Lexington. Ce genre de mandat vous donne d’emblée de la visibilité et de la crédibilité", assure la spécialiste.

Ecuries durables

Concevoir des écuries durables fait partie des enjeux essentiels: la logistique et le bien-être des chevaux passent par une prise en compte de points fondamentaux à respecter lors de la conception et de la réalisation du projet d’une structure équestre. Calme, qualité de l’air, du sol, flore ou réserves foncières et aquifères font partie des priorités.

Au-delà du bâti et des infrastructures, aussi luxueuses soient-elles, c’est le bien-être du cheval qui prime: s’il ne s’adapte pas, son propriétaire ne sera pas satisfait. À l’autre bout de la lorgnette, connectique et digitalisation font également partie de l’équation à trouver, histoire de faciliter et de sécuriser la vie quotidienne de tous les résidents.

Cofim fait partie depuis peu du cluster wallon Equisfair, qui fédère les acteurs les plus dynamiques de la filière équestre régionale.

Domaine de 50 hectares à saisir à Wavre-Nord

Le domaine équestre de la famille Piaget, lové au-dessus de Wavre, est mis en vente de gré à gré. Faire offre à partir de 6,5 millions d’euros.

"Ce site unique dispose de tous les services d’une infrastructure équestre professionnelle, mais avec de l’habitat et un magnifique corps de ferme entièrement reconstruit, avec des finitions exceptionnelles", nous explique-t-on d’entrée. 

"On parle ici du top du Brabant wallon pour l’instant. Et avant toute visite et communication du prix, notre client, qui souhaite rester discret, exige que les personnes intéressées montrent patte blanche par le biais d’un accord de confidentialité et de non-divulgation des informations reçues. Il ne souhaite pas non plus communiquer l’adresse exacte…", précise Nathalie Berleur, courtière chez Cofim Equestrian Real Estate, qui nous fait toutefois visiter le domaine en question, dont l’acquisition date de 2007 avant un long chantier de transformation et construction étalé entre 2010 et 2017.

Autrement dit, pour vivre heureux et en sécurité, restons modérément cachés. Pour l’obtenir, il faudra faire offre à partir de 6,5 millions d’euros.

Hôtel de standing

Il est vrai que le bien mis en vente mérite à la fois le détour et la prudence: y sont notamment logés et bichonnés des trésors sur quatre pattes. En rangs pas trop serrés, d’ailleurs: avec ses 55 boxes spacieux (et 16 déjà sur plan, si besoin) et une surface bâtie totale de près de 7.000 m², cet hôtel de standing pour chevaux avec club house donnant sur arène intérieure de compétition, bureaux et dépendances privées pour les cavaliers a de quoi accueillir les uns et les autres sans se marcher sur les sabots.

"Le prix de location d’un box est de minimum 600 euros par mois, voire davantage pour les teams étrangers. Louer des couloirs entiers à d’autres professionnels que le propriétaire est une tendance de marché de plus en plus fréquente chez nous, histoire de rentabiliser ses infrastructures et son personnel spécialisé. Histoire aussi de garantir un rendement locatif de quelque 5% brut à un éventuel acheteur", explique Nathalie Berleur.

Et justement, selon l’agence immobilière, la plupart des clients intéressés par ce genre de bien immobilier de standing à la mode sont étrangers, et de plus en plus souvent d’origine asiatique. "La Belgique est pour l’instant réellement dans les radars d’une classe aisée chinoise croissante. L’aéroport de Liège, avec son expertise ciblant le cheval professionnel, est une porte d’entrée unique. Et le fait que la famille Gates ait acheté récemment en Belgique, du côté d’Anvers, est une fameuse carte de visite", précise-t-elle. 

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