Marc Coucke: "Je suis devenu un WC... Un Wallon Connu"

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Sur un rocher qui surplombe Durbuy, Marc Coucke et Bart Maerten, son partenaire local, regardent, au propre comme au figuré, les projets un peu fous qu’ils ont conçus pour la petite ville. On les accompagne (et on écoute).

"Pas mal, hein?" demande Marc Coucke à Bart Maerten. La question est purement rhétorique. Le soleil couchant envoie un léger contre-jour sur les toits de Durbuy. Nous venons tout juste d’allumer le feu sur un rocher qui surplombe la petite ville pittoresque pour laquelle Coucke et Maerten ont des projets grandioses, qui exigent un investissement de 100 millions d’euros. Bart Maerten apporte son parc d’aventures "La Petite Merveille", ses contacts locaux et sa longue expérience. Marc Coucke rachète des restaurants, des hôtels, des campings, et possède déjà 500 hectares de forêts.

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Bart Maerten habite ici depuis ses jeunes années. Ses enfants vont à l’école du village et en tant qu’organisateur de camps de vacances pour jeunes et loueur de kayaks, il était jusqu’à tout récemment président de l’Office du tourisme local. Mais comment Marc Coucke, créateur d’Omega Pharma, président du club de football d’Ostende et qui, selon ses dires, aime se rendre à la côte pour retrouver le calme, a-t-il atterri ici, dans les Ardennes? "Comme la plupart des Flamands il y a 40 ans, j’allais surtout en vacances à la mer avec mes parents. Mais nous sommes aussi venus quelques fois dans les Ardennes, et comme beaucoup de Flamands, nous avons choisi Durbuy. Nous descendions toujours au Sanglier des Ardennes, l’hôtel-restaurant que j’ai racheté, et pour lequel Wout Bru tente de regagner une étoile au Guide Michelin. J’adore la combinaison entre une aussi petite ville et la nature fantastique qui l’entoure."

Selfies

Aujourd’hui, Marc Coucke vient de passer la journée avec Bart Maerten pour discuter de leurs projets. Est-il déjà aussi connu ici qu’en Flandre? "Je pense que oui, estime Maerten. Nous devons sans cesse nous arrêter parce que les gens veulent prendre un selfie avec Marc." "Je suis devenu un WC, ajoute Coucke en riant. Un Wallon Connu."

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Ils parlent avec enthousiasme de leurs restaurants, de leurs parcs d’aventures, des luxueuses tentes du camping et de la ferme qu’ils ont achetée pour produire leur viande. "Ce que nous voulons faire ici n’existe nulle part ailleurs, explique Bart Maerten. Actuellement, Durbuy dépend trop des touristes du week-end. Nous souhaitons attirer du monde ici toute l’année en élargissant l’offre. Les Japonais nous ont déjà trouvés. Pour bon nombre d’entre eux, Durbuy est devenue leur troisième destination en Belgique, avec Bruges et Bruxelles."

Bouclé en 30 minutes

Les deux partenaires se connaissent depuis un an à peine, mais on a l’impression que ce sont de vieux amis. Il a fallu une demi-heure à peine à Marc Coucke pour convaincre Maerten de s’associer avec lui. "J’avais entendu que Marc avait conclu un préaccord pour la reprise de Durbuy-Aventure, mon principal concurrent dans la région, raconte Bart Maerten. J’étais inquiet. Un ami m’a donné une adresse mail où le contacter: info@omegapharma.be. J’ai malgré tout tenté ma chance. À mon grand étonnement, j’ai reçu une réponse quelques jours plus tard, avec une invitation de Marc pour une rencontre à Merelbeke. Le lendemain, nous étions autour de la table et une demi-heure plus tard, l’affaire était dans le sac, tout était réglé."

Marc Coucke n’a-t-il besoin que de 30 minutes pour décider d’investir 100 millions d’euros? "On sent tout de suite si le courant passe ou pas, répond l’intéressé. La relation humaine est très importante quand il s’agit d’investir. Il faut que l’on puisse discuter et accepter de ne pas toujours être du même avis, sans le prendre personnellement. Je n’avais pas de véritable business plan quand Bart est venu me voir. Mais je crois beaucoup à ceux qui prennent leurs vacances en Belgique. C’est aussi ce qui explique mon investissement dans le parc animalier Pairi Daiza et dans le groupe immobilier Versluys à la côte. Ici, à Durbuy, je me lance dans un secteur tout nouveau pour moi: l’horeca. C’est passionnant! Mais terriblement fatiguant, je m’en suis rendu compte. Mais ce qui me motive énormément, c’est d’essayer de redonner au Sanglier des Ardennes son statut de référence en matière de gastronomie en Wallonie."

Le projet d’une vie

Dans la vallée, le vrombissement d’un quad perturbe le silence qui règne. "Nous devons y mettre fin, Bart." Coucke explique qu’il souhaite conserver le calme à Durbuy. "C’est aussi ce qui m’a plu quand j’ai rencontré Bart pour la première fois et qu’il m’a indiqué qu’il voulait arrêter l’offre de karts et de quads. Je n’avais jamais vu une chose pareille: au moment de s’engager dans un projet d’une telle envergure, il propose d’emblée de renoncer à 30% du chiffre d’affaires. Mais ces activités ne sont plus en phase avec notre quête d’authenticité pour Durbuy."

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Des rumeurs parlent pourtant de projets de piste de ski indoor à Durbuy. Cela colle-t-il vraiment à cette quête de calme et d’authenticité? "Nous n’en sommes pas encore là, rétorque Marc Coucke. Certes, une piste de ski peut attirer du monde en basse saison, mais en même temps, il faut se poser la question en termes d’impact sur l’environnement."

"Je voudrais être encore là pour voir aboutir notre projet. C’est pourquoi il faut que les choses avancent, sapristi!"
Marc Coucke

Le projet de construction d’un grand musée d’art contemporain, par contre, est bel et bien au programme. "Le conseil communal a donné son accord de principe pour le projet, et la province est enthousiaste, se réjouit Marc Coucke. Nous voulons construire un musée dont la moitié sera dédiée à Duchamp. Ma collection est la plus complète au monde, elle devrait donc attirer des amateurs. Dans l’autre moitié, nous prévoyons d’organiser des expositions temporaires, où Duchamp dialoguera avec, par exemple, les cubistes ou les surréalistes, voire encore avec Picasso ou d’autres artistes contemporains ou locaux." Marc Coucke possède environ 300 œuvres de Marcel Duchamp. "Je trouve que c’est un artiste fascinant, parce qu’avec ses ‘ready-mades’, il a fait bouger les choses dans le monde de l’art. Si aujourd’hui, Wim Delvoye parvient à vendre un cochon tatoué comme œuvre d’art, c’est grâce à quelqu’un comme Duchamp."

À la question de savoir si la ville de Durbuy est vouée à devenir le projet de leur vie, les deux partenaires répondent avec enthousiasme. "En tout cas, c’est le projet le plus fou que j’ai jamais réalisé", affirme Marc Coucke. "C’est aussi vrai pour moi", renchérit Bart Maerten. "C’est aussi le plus beau. Et je ne dis pas cela parce que nous sommes autour d’un feu sur les hauteurs de Durbuy. Je le pense vraiment, poursuit Marc Coucke. Je trouve ici tout ce que j’aime: entreprendre, le tourisme, la gastronomie, l’écologie, l’art, les relations humaines… et le tout dans une exquise petite ville populaire. Je suis d’accord avec Bart quand il parle du temps qui passe: je voudrais encore être là pour voir aboutir notre projet. C’est pourquoi il faut que les choses avancent, sapristi!"

©Karoly Effenberger

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