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reportage

"On ne pensait jamais avoir ce penthouse à ce prix-là!"

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Le 41e étage de la tour Up-site, un prestigieux penthouse de 500 m² vendu casco, est parti hier en vente forcée à 1,395 million d’euros (hors frais). Des enchères emportées par le groupe de dragage De Cloedt, qui se battait contre Atenor.

Il est 11h03 quand, devant une trentaine de personnes, le notaire Tim Carnewal lance la vente publique du penthouse de 500 m² qui termine le plus haut bâtiment résidentiel de Bruxelles, la tour Up-site. Quelques costumes-cravates, un couple bien mis, une jeune fille aux grands yeux noirs, un rockeur barbu et, pour l’essentiel, des personnes parfaitement ordinaires qui ne donnent vraiment pas l’air de venir jouer leur vie.

Charmeur, le jeune notaire explique les règles du jeu, tandis qu’un homme à la pochette parme vient s’asseoir au troisième rang de la salle. C’est le représentant d’Atenor, le promoteur de la tour qui attend encore 1 million d’euros de l’acheteur initial de l’appartement, l’homme d’affaires en difficulté financière Didier Thiry (hôtels "Chez Odette" à Florenville et "Odette en ville" à Ixelles).

Des charges estimées à 8.000 euros par trimestre

Le notaire poursuit son laïus, rappelle que ce bien de prestige avec vaste terrasse et 4 places de parking est vendu "casco" (brut) et implique des charges estimées à 8.000 euros par trimestre (la tour offre un service de conciergerie, une piscine, un fitness-wellness et un petit cinéma). Les enchères à peine entamées, un jeune couple entre en poussant un landau. Ce sont les adjudicataires de la première vente, qui avaient emporté provisoirement le bien pour 500.000 euros.

Les bras restent curieusement immobiles, le notaire assure que "c’est toujours comme ça au début". Enjoué, le père au landau saisit la balle au bond: "Je le veux bien alors: 510.000!"

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Quelques secondes passent et les candidats se décident enfin à se défier à coups de 50.000 euros: "650 pour Madame, 700 pour Monsieur, 750 ici, 800 là-bas… Ah, Madame monte à 900, j’ai bien entendu?". Le prix monte encore. Il faut dire que l’homme à la pochette parme prend soin de relancer à chaque temps mort: 950, 975, 980, 990, 1 million, 1,075 million. Le rythme ralentit. Tout sourire, le notaire entame un numéro de charme: "Allez, vous avez certainement vu les articles de presse, cet appartement vaut beaucoup plus que ça!". Puis encourage subitement la salle en néerlandais.

Les secondes commencent à s’étirer, quelques personnes se lèvent et quittent la salle. "Monsieur Atenor" relance à 1,180 million, puis 1,200, puis 1,250. Entre les coups, il pianote sur son portable ou échange d’un air complice avec son voisin.

"Ce n’est pas fini, qu’en pensez-vous?"

Un seul homme, en complet bleu fonçé et cravate verte, ne répond plus maintenant qu’à ses relances. Le notaire tente de réveiller la salle qui s’engourdit: "Wie biedt meer? Qui offre plus? Allez, j’ai le sentiment que ce n’est pas la fin, qu’en pensez-vous?"

L’homme à la cravate verte se lâche: "J’en pense que ça ne fait pas très cher la toilette!: 1,310 million". Le cadre d’Atenor discute, lève la tête vers le plafond, consulte les plans de l’appartement, puis relance à nouveau à 1,325 million.

Il est 11h32. Le notaire propose une pause de 10 minutes "pour ceux qui veulent téléphoner".

Alors qu’un homme distribue ses cartes de visite aux candidats les plus sérieux pour leur proposer "d’autres appartements de luxe à vendre", dans le hall de la Maison des notaires, une cravate verte s’est rapprochée d’une cravate parme. On tend l’oreille. "L’autre il est out ou pas? — Oui — Bon, on va monter gentiment". Le notaire vient les interrompre: "On va recommencer".

Et tente à nouveau de convaincre que c’est une affaire en or. Mais seuls les deux candidats motivés grimpent encore. 1,340, 1,390, 1,395 pour l’homme à la cravate verte… Le notaire rappelle que le bien avait été acheté sur plan il y a quatre ans à "plus de la moitié de ce prix". Puis se corrige devant les protestations: "plus du double je voulais dire". Les frais d’achat seront par ailleurs limités à 15,5% au lieu des 21% de TVA sur les biens neufs… Mais plus personne ne bouge. Au deuxième coup de marteau, il lance un regard au troisième rang: "Monsieur?" Un "non" de la tête et le marteau frappe pour la troisième et dernière fois, le bien est adjugé, la salle applaudit.

"Un lieu de prestige pour recevoir nos clients"

On prend les cartes d’identité des acheteurs, manifestement heureux. Ils sont deux et représentent le groupe de dragage De Cloedt (groupe DEME). "Donc avec les frais, ça fera 3.200 euros le mètre carré", s’étonne l’homme à la cravate verte. "Et il faut ajouter 1.500 euros pour les rénovations vous avez dit, ça ne fait pas un peu beaucoup ça? Qu’est-ce qu’on entend par casco au juste?"

"Vous savez, les apparte-ments à Paris se vendent jusqu’à 30.000 euros le m²!"
L’acheteur

"On ne pensait pas l’avoir à ce prix-là", nous confie l’autre administrateur. Vous savez, les appartements de l’immeuble de Rachida Dati dans le 7e arrondissement à Paris se vendent à 30.000 euros le m²!" Ce qu’ils feront du penthouse à la vue imprenable? "Peut-être le louer, peut-être le vendre d’ici trois ans". Mais l’idée est plutôt "d’en faire un endroit de prestige pour recevoir nos clients".

Quant à Atenor, son représentant nous explique que, s’il avait emporté le bien (à 1,390 million d’euros donc), il aurait terminé les travaux avant de le remettre en vente. "On est évidemment dans le segment haut de gamme mais il y a une demande pour cela, autant étrangère que belge".

De fait, de nouveaux projets d’appartements meublés de luxe, du côté de la Toison d’Or (dans la haut de la ville), sont proposés actuellement à 8.000 euros le m², très loin des 3.000 ou 4.000 euros à prévoir pour un appartement de qualité dans un quartier coté de la capitale.

Le propriétaire actuel du penthouse de la tour Up-site, qui l’avait acheté sur plan en 2011 (3,5 millions d’euros) a été condamné par la Justice à payer 17 millions de livres à son ex-femme. Il n’a jamais eu l’occasion de commencer les travaux.

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