"Au Luxembourg, on signe les actes à distance. Pourquoi pas chez nous?"

Malgré l'annonce d'une reprise progressive, certains gros chantiers sont à l'arrêt depuis près d'un mois déjà. ©Photo News

Un peu partout et à tous les échelons, les rouages indispensables au redémarrage du secteur de la construction s’alignent lentement pour une relance progressive des chantiers. Mais certains font encore défaut, comme la signature des actes notariés ou des consignes de sécurité détaillées et certifiées par les autorités publiques.

Selon l’indicateur du chômage temporaire, la construction est, après l’Horeca, le deuxième secteur le plus durement touché par la crise du coronavirus. Sur le terrain, la situation évolue de jour en jour. Et il semble que la masse critique pour une relance progressive de l’activité sur nombre de chantiers gonfle progressivement.

Selon nos sources, certains rouages indispensables à cette relance, comme les négociants en matériaux et les centrales à béton, sont à nouveau en ordre de marche. C'est davantage le cas au nord qu’au sud du pays.

Des carnets de commandes qui fondent

Il est grand temps pour certains, car les carnets de commandes, qui prévoyaient encore du travail pour 6 mois en février dernier – un record depuis 10 ans – ont fondu en quelques semaines. Selon une enquête de la Confédération Construction, dont les résultats sont sortis hier jeudi, 72% des entreprises de construction ont vu leurs carnets de commandes diminuer fortement ou très fortement.

"Au Luxembourg, cela tourne comme avant. En France, un décret autorise la signature électronique depuis début avril. Pourquoi cela bloque-t-il chez nous?"
Edouard Herinckx
Thomas & Piron Holding

Chez Thomas & Piron, un des plus gros acteurs belges du secteur, on dit attendre des consignes claires avant de prendre des mesures généralisées. "Chez TP Bâtiment (grands projets), seuls les chantiers extérieurs (terrassements, jardins et abords) sont encore exécutés. Mais chez nos collègues de TP Home (maisons individuelles), le travail reprend progressivement par équipe et par endroit, quand le personnel est preneur, avec des consignes de sécurité adaptées", confie l’administrateur délégué Aubry Lefebvre. 

Adapter les procédures notariales

Pour Edouard Herinckx, qui pilote la holding du groupe de construction, un rouage important manque cruellement à l’appel pour l’instant: celui du notariat, qui doit absolument adapter ses procédures pour entériner les actes à distance. "Au Luxembourg, cela tourne comme avant. En France, un décret autorise la signature électronique depuis début avril. Pourquoi cela bloque-t-il chez nous?", s’interroge-t-il.

Le flou autour de la non-attribution de la licence au Standard de Liège, fondée notamment par la commission ad hoc sur la non-validité d’un compromis de vente du stade – pourtant bel et bien signé à distance comme la loi l’autorise –, montre à souhait l’importance et l’urgence de procédures claires et efficaces en la matière. 

Des consignes de sécurité claires

Un autre maillon faible – hautement stratégique – de la chaîne reste la mise en place de consignes de sécurité strictes, comprises et traçables sur les chantiers. Une contrainte indispensable pour continuer à enrayer l’épidémie et pour éviter une éventuelle mise sous scellé suite à une inspection sanitaire. De ce côté, les pouvoirs publics régionaux travaillent pour l'instant avec les spécialistes du secteur sur un code de bonnes pratiques

Un chantier à l'arrêt, c'est aussi du matériel lourd et coûteux immobilisé et des frais qui courent. ©Photo News

Sixco, un Bureau d’études wallon pour la coordination et la sécurité sur les chantiers, vient de prendre les devants avec une initiative pertinente à l’attention de toutes les PME concernées. Ses responsables ont mis au point une "checklist Covid" reprenant tous les points essentiels à inventorier avant de reprendre le travail pour garantir, autant que faire se peut, le respect des consignes de santé et d’hygiène édictées par le SPF Santé publique.

"Pour le moment, on la joue un peu chacun dans son coin, de manière empirique. Et les maîtres d’ouvrage sont clairement demandeurs d’une procédure cohérente et fiable. C’est la raison pour laquelle nous avons pris cette initiative alors qu’on parle sérieusement de relance de l’activité. Le pire serait qu’une nouvelle contamination vienne mettre à mal les efforts réalisés depuis bientôt un mois", motive Charles Vandendries, le patron de Sixco. L'entreprise compte notamment, parmi ses clients réguliers, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) ou les Forces Armées US aux Pays-Bas. Pour ces derniers, des procédures strictes existent depuis des années déjà. 

Sixco, sans doute échaudée par des expériences récemment vécues sur le terrain, ne transige donc pas avec les consignes. "Le personnel concerné est obligé de s’y conformer ainsi qu’à l’ensemble des mesures précitées. À défaut, la personne contrevenante sera immédiatement priée de quitter la zone d’activité et se verra interdire l’accès au chantier, sans préavis et sans indemnité. Il y va de l’intérêt général et de la santé de tous!", motive un document reprenant les procédures à mettre en place avant l’accès au site et à la zone de chantier, puis sur le chantier durant toute la journée de travail. Du côté des organisations syndicales, on se montrait toujours, hier jeudi, réticent à toute reprise ou continuité du travail dans les conditions actuelles.

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