Avant de sabrer dans le personnel, ciblez plutôt les dépenses d'énergie

Le site industriel Finasucre de Fontenoy, près de Tournai. Grand consommateur d'énergie, donc potentiel vecteur d'économies.

La situation sanitaire inédite que nous subissons depuis un mois et le désastre économique qui en découle obligent les décideurs privés comme publics à prendre des décisions drastiques pour réduire les frais de fonctionnement. Avant de sabrer dans les coûts salariaux, certains préfèrent s’attaquer aux dépenses énergétiques.

La crise actuelle force les acteurs économiques les plus fragiles et les moins solvables à réduire par tous les moyens possibles leurs coûts structurels. Elle incite les plus créatifs à anticiper et à innover pour préparer la relance. Avant de se résoudre à sabrer dans les ressources humaines, l’énergie étant un poste important dans les dépenses, les entreprises les plus proactives tentent de profiter de la baisse significative des prix sur les marchés pour réduire leurs coûts à moyen et même à long terme.

Pour les y aider, les sociétés de service spécialisées sont mises à contribution pour l'instant. "Depuis le début de la crise – et surtout depuis la décision fédérale du confinement, nous avons été sollicités comme jamais par nos clients belges et français", explique Antoine Herinckx, le cofondateur de la société belge Trinergy.

"Le moment est doublement porteur pour venir en aide à un maximum d’acteurs dans les secteurs immobilier, industriel ou du commerce de détail et pour leur proposer des économies importantes sur les quatre prochaines années", insiste le patron belge. Celui-ci explique travailler sur la base de solutions sur mesure exploitant l’Energy Business Intelligence et permettant d’identifier, puis de monitorer à distance, les sites les plus consommateurs avant d’optimiser la stratégie d’achat en fonction.

Bureaux vides et coûteux en charges

Dans les parcs d'affaires inoccupés, locataires et propriétaires tentent de limiter au maximum les dépenses structurelles. Ici, l'Axisparc, en bordure du campus de Louvain-la-Neuve.

Le secteur des bureaux souffre tout particulièrement pour l'instant car, même si les murs sont largement inoccupés, les charges récurrentes continuent à peser lourd. Pour les propriétaires comme pour les locataires, qui exigent d'ailleurs souvent du bailleur une réduction des coûts au prorata de l’occupation des lieux.

"Propriétaires et locataires sont en discussion permanente pour trouver les bons équilibres fondés sur les coûts réels. Et aujourd’hui encore davantage qu’hier, les managers institutionnels sont mis sous pression pour réduire leurs coûts d’occupation au mètre carré", motive Antoine Hérinckx qui, à titre d’exemple, dit avoir pu récemment réduire de 19% les dépenses énergétiques du parc immobilier géré par la société anversoise Cobelpro (Property Management). "In fine, ce seront les locataires des sites sous gestion Cobelpro, comme l’Axisparc de Mont-saint-Guibert (campus de Louvain-la-Neuve) qui bénéficieront de cette stratégie ciblée", indique le spécialiste.

Vases communicants

10
millions d'euros
C'est au bas mot l'économie d'énergie réalisée par Trinergy pour ses clients depuis un mois.

Si la demande d’énergie dans le secteur des bureaux a fortement chuté depuis un mois, le confinement – et le télétravail y lié – ont poussé la demande résidentielle à la hausse. "Malgré le beau temps qui tombe à pic, nous avons noté un décalage dans la courbe de demande. Les syndics d’immeubles résidentiels tels que Nexity ou Couet ont ainsi pris les devants pour permettre à leurs copropriétaires et locataires belges de réduire leur budget long terme de plus de 10%.

Dans le secteur du commerce de détail également, nous étudions actuellement les opportunités possibles de réduction de coûts significatives pour des sociétés comme Codabel, qui gère les parcs immobiliers d'investisseurs professionnels, car la fermeture des centres commerciaux pèse lourdement sur les résultats 2020 tant des propriétaires que des locataires de ces surfaces commerciales fermées pour force majeure pour un mois voire davantage; sans même prendre en compte la durée nécessaire avant un hypothétique retour à la normale pour ceux qui survivront..."

L'industrie directement liée à la production

Dans l’industrie, la problématique est différente car l’énergie est souvent une matière première dont le coût dépend de la production. Pour tout ce qui est non essentiel, la chute de la production est très importante et augmente directement la part des frais fixes incompressibles pour garder l’outil fonctionnel. "Dans le secteur du sucre, grand consommateur d’énergie, des sociétés comme Finasucre font appel à nous pour optimiser leur consommation, aussi bien pour la gestion de leurs sites de production que pour leurs bureaux", explique Antoine Hérinckx.

Quand on lui demande de chiffrer les économies globales réalisées depuis un mois, celui-ci dit estimer avoir atteint un résultat cumulé dépassant la barre des 10 millions d’euros. "In fine, que ce soit pour une entreprise, pour un propriétaire ou pour un locataire, nous essayons de mettre en place des stratégies à long terme, qui permettront de réaliser sur le poste énergétique de solides économies pour au moins 3 ans. Et d'aider à remonter la pente une fois le confinement progressivement levé".

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