AXA garde une longueur d'avance sur le Centre de Communication Nord

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Le CCN est un immeuble de bureaux idéalement placé mais qui a besoin d’un solide lifting. Il est une copropriété complexe publique et privée. Le propriétaire majeur, la Région bruxelloise, veut revendre rapidement sa part. AXA Belgium, qui a un droit de préemption, tient la corde.

Situé rue du Progrès, à Schaerbeek, en surplomb de la gare du Nord, le Centre de Communication Nord est un imposant immeuble de bureaux passablement usé par le temps et les centaines de millions de navetteurs qui ont foulé ses couloirs depuis 40 ans. Mais il offre une emprise foncière unique dans ce quartier à nouveau prisé.

La première phase de construction de ce complexe a en effet débuté vers 1975 et les parties les moins fatiguées datent de 1992. L’ensemble de 130.000 m² (92.000 hors sol et 38.000 en sous-sol) est aujourd’hui un des pôles immobiliers majeurs de la jonction ferroviaire Nord-Midi, la plus importante du pays.

C’est dire si l’emplacement suscite l’intérêt des professionnels de l’immobilier. Le hic, c’est que ces murs aujourd’hui obsolètes sont une copropriété en majorité publique: la Région de Bruxelles-Capitale détient 64,4% des parts, AXA 29,5%, la SNCB 3,5% et bpost 2,6%.

"Nous nous bornons à proposer la meilleure procédure pour obtenir la meilleure offre pour l’autorité publique."
Un responsable de la SAU

Un peu comme dans le centre Monnaie voisin, fédérer tout le monde pour lancer une rénovation lourde est un casse-tête. L’acteur majoritaire, la Région bruxelloise, y dispose d’environ 27.500 m² de bureaux et a déjà commencé à reloger les occupants concernés ailleurs. Son souhait affirmé est de vendre rapidement ses parts et de dégager de cette vente une recette exceptionnelle oscillant entre 35 et 50 millions d’euros. Si ladite vente est à l’agenda depuis six ans déjà, une note officielle datant du printemps dernier et émanant du ministre-président lui-même, la confirme enfin. C’est la Société d’aménagement urbain (SAU) qui a été chargée à l’automne de gérer ce dossier dit "urgent" pour compte du gouvernement.

Urgence relative

Une urgence toute relative, semble-t-il. En septembre dernier déjà, AXA Belgium, le seul propriétaire privé qui a un pied historique dans la porte du CCN, nous confiait attendre impatiemment l’appel d’offres de vente ferme de la Région. Il avait alors dans ses cartons le projet de remembrer l’ensemble de l’immeuble pour le réhabiliter et envisageait de le proposer à la Vlaamse Gemeenschap (VAC, services administratifs flamands), déjà très présente dans le quartier et qui a lancé un important appel au marché privé pour 67.000 m². Après clôture des offres le 25 octobre dernier, le CCN a d’ailleurs été listé parmi les trois candidats retenus par l’autorité flamande de tutelle, en lice avec Befimmo (Quatuor/WTC) et Extensa (Tour & Taxis). "L’appel au marché de la Vlaamse Gemeenschap précise que les droits réels de l’immeuble finalement choisi doivent être dans les mains du candidat retenu pour le 1er semestre 2019 au plus tard. Tout est donc encore possible pour AXA Belgium ou un autre promoteur qui acquerrait d’ici là la totalité du CCN", indique une source proche du dossier.

Il nous revient qu’un autre acteur privé a d’ailleurs fait récemment offre spontanée à la Région bruxelloise pour acquérir l’immeuble CCN, sans plus attendre le réveil de la SAU. Il s’agit d’un fonds américain, qui a fait savoir, notamment au ministre-président Rudi Vervoort (PS) et à son collègue des Finances Guy Vanhengel (Open Vld), qu’il était prêt à mettre sur la table 45 millions d’euros pour reprendre les parts régionales dans le mastodonte de béton. Mieux: il s’engageait même à verser un acompte avant la fin de l’année pour prouver le sérieux de son offre.

Du côté de la SAU, on dit ne rien savoir de cette offre. Rien de plus normal d’ailleurs au stade actuel des choses, indique-t-on: "Que Pierre, Paul ou Jacques jugent pertinent de remettre une offre spontanée, c’est leur affaire. Nous nous bornons pour notre part à proposer la meilleure des procédures possibles pour obtenir à terme la meilleure offre pour l’autorité publique", se borne-t-on à commenter.

La formule en théorie la plus logique devrait être un appel à marché publié et transparent. Mais AXA, apprend-on encore, dispose d’un droit de préemption sur les surfaces dont la Région est propriétaire: s’il active ce droit au prix demandé, la messe est apparemment dite. À ce stade, la plupart des acteurs privés intéressés espèrent pour leur part une décision gouvernementale rapide et une publication transparente. "Et surtout, qu’on avancera plus vite que sur l’ancien siège d’Actiris du boulevard Anspach, encore vide pour des années! Dans le CCN, il y a encore du monde pour au moins trois ans. C’est donc le moment idéal pour revendre en laissant à la Région le délai pour s’organiser et à l’acquéreur celui pour monter son dossier de demande de permis en évitant les temps morts, si coutumiers à Bruxelles…", lâche un courtier proche du dossier.

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