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interview

Benoît De Blieck, Befimmo: "Ce n'est pas le moment idéal pour partir"

Benoît De Blieck affiche une des plus longues carrières à la tête d'une entreprise cotée à Bruxelles. ©Wouter Van Vooren

Benoît De Blieck a dirigé pendant 22 ans le groupe immobilier Befimmo. Aujourd'hui, il prend sa retraite. Contraint et forcé.

De l'extérieur, le bâtiment ressemble à un immeuble à appartements décrépit sur la digue du Zoute. Mais au dernier étage, vous vous retrouvez dans un petit paradis: feu ouvert, art moderne aux murs, bougies diffusant un parfum agréable, vue imprenable sur le quartier des villas du Zoute et sur une mer d'huile. C'est ici que Benoît De Blieck, le CEO de la SIR Befimmo, aujourd'hui âgé de 65 ans, mènera sa nouvelle vie après sa retraite.

Son grand-oncle fut le dernier bourgmestre de Duinbergen avant la fusion des communes. Le couple habite ici depuis 1998. Leur seconde résidence est située à La Hulpe. "Notre famille et nos amis vivent également ici. En cette période de pandémie, je me rends encore deux ou trois fois par semaine à Bruxelles."

22
ans
Benoît De Blieck a dirigé pendant 22 ans le groupe immobilier Befimmo.

Jusqu'ici, Benoît De Blieck observait un rituel matinal strict: lever tous les jours à 5h30, lecture des journaux pendant une demi-heure, et ensuite marche de 11 km – aller-retour Le Zoute-Zeebruges. "Cela me permet d'entamer ma journée de travail, en forme, aux alentours de 8h30." À partir de mai ou juin, ses journées de travail changeront radicalement. Vu qu'il a atteint l'âge officiel de la retraite, il passera le flambeau de la SIR, spécialisée en immobilier de bureaux, à son successeur Jean-Philip Vroninks, après 22 ans passés à la barre du paquebot Befimmo.

"Je souhaite rester humble: un patron n'est rien sans son équipe. Et cela me touche énormément de devoir la quitter."
Benoît De Blieck
CEO de Befimmo

Tout en souriant, Benoît De Blieck nous remercie plusieurs fois d'avoir fait le déplacement pour ce qui ressemble à une interview de départ. "Je la considère comme une forme de reconnaissance. Ce départ est un moment très émotionnel", explique-t-il doucement. L'homme a été recruté par Befimmo en 1999 et fait partie des patrons affichant une des plus longues carrières dans une société cotée en Bourse de Bruxelles. "Au niveau professionnel, je souhaite rester humble: un patron n'est rien sans son équipe. Et cela me touche énormément de devoir la quitter."

Action en berne

Pendant qu'il nous sert un café, il dit en souriant: "J'ai conseillé à mon successeur de négocier dans son contrat le passage qui concerne l'âge de départ à la retraite. Lorsque vous avez 40 ans, vous n'y pensez pas. Même si c'est, bien entendu, une bonne chose que Befimmo ait à sa tête une personne avec de nouvelles idées et un autre carnet d'adresses".

Le fait qu'il doive partir au moment où le cours de l'action se situe dans le creux de la vague vient gâcher la fête. "En effet, ce n'est pas le moment idéal. C'est un peu triste. C'est, naturellement, le résultat du débat sur l'avenir des bureaux suite à la pandémie."

Contrairement à de nombreux concurrents, Befimmo est resté longtemps fidèle à sa stratégie de base: investir dans des bureaux à des emplacements premium, surtout à Bruxelles et essentiellement pour des institutions publiques comme la Commission européenne. Le fait que des dizaines de milliers de fonctionnaires travaillent depuis un an sans devoir mettre les pieds au bureau oblige l'entreprise à revoir sa stratégie.

"Les bureaux paysagers sont en train de disparaître. Les poulaillers sont en train de céder leur place à des lieux plus calmes et plus inspirants."
Benoît De Blieck

"L'utilisation des bureaux ne sera jamais plus comme avant", reconnaît Benoît De Blieck. "Cette évolution a déjà démarré il y a quelques années: avec six postes de travail pour dix collaborateurs. Aujourd'hui, ce nombre devrait encore légèrement diminuer. Les entreprises devront en tout cas rendre leurs bureaux plus attrayants parce que les jeunes ont davantage d'exigences et ne sont pas prêts à travailler dans n'importe quelles conditions. Cela requiert de nouveaux aménagements."

Un peu à l'image de ce penthouse, avec de confortables coussins et un feu ouvert? Nous posons la question pour rire, Benoît De Blieck nous répond sérieusement. "Absolument. Nous nous trouvons ici dans une autre ambiance, idéale pour réfléchir. Les bureaux paysagers sont en train de disparaître. Les poulaillers sont en train de céder leur place à des lieux plus calmes et plus inspirants. J'en suis convaincu."

Constructeur de palais

Tandis qu'il nous ressert du café, Benoît De Blieck raconte comment il s'est retrouvé dans le secteur immobilier. C'est une histoire faite d'une série d'opportunités. En 1980, il a obtenu son diplôme d'ingénieur civil et à la place de son service militaire, il a fait un service civil de deux ans dans un pays en développement. Il a ensuite travaillé à Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite, pour le groupe de construction CFE, où il a participé à la construction du palais du sultan, le futur roi du pays.

"Il s'agissait d'un village entier dans le désert, avec 17 palais pour la famille royale, des logements pour les 600 membres du personnel, une centrale électrique et une installation d'épuration des eaux. Vous allez rire, mais j'étais responsable de l'achat du marbre: 17.000 m2 pour le sol, et 15.000 m2 pour les murs. Une expérience fantastique."

Finalement, Benoît De Blieck a passé cinq ans en Arabie saoudite. Il a ensuite travaillé pour le groupe à partir de la Belgique et participé à des projets au Zaïre, en Chine, à Hong Kong et en Égypte. Après avoir été entrepreneur, il est devenu promoteur chez Bernheim-Comofi, devenu ensuite AG Real Estate, jusqu'à sa nomination en 1999 au poste d'administrateur délégué de Befimmo. "Ce fut un énorme atout d'avoir connu toutes les facettes du secteur. D'entrepreneur à promoteur, et ensuite investisseur", explique-t-il.

"Befimmo est un gros poisson qui vit dans un petit aquarium. Le défi de mon successeur consistera à agrandir cet aquarium."
Benoît De Blieck

Lorsque nous lui demandons s'il a commis des erreurs dans sa carrière, il réfléchit. "J'ai peut-être trop tardé à lancer la croissance de Befimmo." Avec le lancement du projet ZIN dans le Quartier Nord, un mégaprojet de 70.000 m2 de bureaux, 127 appartements et un hôtel de 240 chambres, ce basculement s'est opéré il y a quelques années.

Cette tendance doit s'accélérer, poursuit-il. "Befimmo est un gros poisson qui vit dans un petit aquarium. Le défi de mon successeur consistera à agrandir cet aquarium." Benoît De Blieck fait ici référence à la diversification du portefeuille du groupe immobilier, mais aussi à son expansion géographique. "Cette question se trouve encore sur la table du conseil d'administration. Pourquoi ne penserions-nous pas à nous étendre en Europe de l'Est?"

À Bruxelles, l'entreprise attend beaucoup des projets Quatuor et ZIN, qui doivent transformer le triste Quartier Nord en un environnement vivant et agréable. Malgré tout, avec sa politique en matière de bureaux, Befimmo a maintenu en l'état une partie importante de ce quartier mort. Benoît De Blieck se sent-il responsable? "Le ministre-Président Rudi Vervoort m'a un jour dit que j'avais le Quartier Nord que j'avais voulu. Je lui ai répondu que j'étais encore sur les bancs de l'école au moment où les décisions ont été prises, entre autres par Charles de Pauw et Paul Vanden Boeynants (respectivement promoteur et politicien, NDLR). Je ne suis pas responsable de la situation."

Le péage urbain? Inévitable.

Benoît De Blieck est convaincu que Bruxelles évoluera pour devenir une "smart city", avec une population plus importante, plus de quartiers vivants et moins de trafic. Il pense qu'un péage urbain sera à terme inévitable. "La tendance à payer sur la base de l'utilisation des services est lancée. Pour les voitures, mais aussi pour les bureaux. C'est pourquoi nous proposons aux entreprises des solutions hybrides. Elles louent les bureaux aux étages supérieurs, et nous proposons aux étages inférieurs, via notre filiale Silversquare, des espaces de coworking qu'elles peuvent louer temporairement. Cet accordéon sera complété par d'autres espaces de coworking décentralisés."

Il souhaite lui-même utiliser le penthouse où nous nous trouvons comme foyer pour de nouvelles idées. "Je continuerai à travailler. Ma femme et moi allons poursuivre dans notre domaine de compétences: l'immobilier. Ma femme est parfaite sur le plan commercial. Et je ferai ce que j'ai toujours fait: chercher des projets. Désormais, ce sera dans le segment résidentiel. Nous sommes déjà actifs à La Hulpe et à Luxembourg. Et je reste administrateur de Befimmo, mais non exécutif. Je ne serai donc pas la belle-mère de la société."

Le résumé

  • CEO pendant 22 ans de Befimmo, SIR spécialisée dans l'immobilier de bureaux, Benoît De Blieck part à la retraite
  • Bénéficiant d'une longue expérience dans tous les secteurs de l'immobilier en Belgique, comme à l'étranger, il ne compte pas rester inactif; il s'investira dans l'immobiier résidentiel.
  • Pour lui, l'utilisation des bureaux ne sera jamais plus comme avant. Les bureaux paysagers sont en train de disparaître. Les poulaillers sont en train de céder leur place à des lieux plus calmes et plus inspirants.
  • Il estime que Bruxelles évoluera vers une "smart city" avec un péage urbain, qu'il juge inévitable.
  • Il espère que son successeur, Jean-Philip Vroninks, fera croître l'entreprise tant sur le plan de la diversification que sur le plan géographique.

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