Bruno Venanzi sort de sa réserve sur les finances du Standard

©Photo News

Muet comme une carpe depuis des mois en marge d’une actualité chahutée autour des comptes de son club de foot, du refus d’attribution de la licence et du financement du nouveau projet immobilier à Sclessin, Bruno Venanzi est enfin sorti de sa réserve. D'abord en circuit fermé lundi via Standard TV, puis en prolongation exclusive pour L'Echo ce mardi.

Trop souvent allumé par les médias ces derniers mois, Bruno Venanzi, le président du Standard de Liège, s’y est fait particulièrement discret. Tout comme d’ailleurs le directeur exécutif du club, Alexandre Grosjean. Il faut dire qu’entre les perquisitions au domicile du premier, fin janvier, dans le cadre d’une enquête sur de possibles transferts litigieux (dossier Christophe Henrotay), et les remous liés au dossier d’attribution des licences, il n’y avait que de foot dont les journalistes du cru ne parlaient plus.

La pandémie est venue achever ce lockdown sportif. Jusqu’à ce lundi soir où, dans une communication exclusive aux allures d’interview diffusée sur la chaîne interne Standard TV - bien annoncée avant et encore mieux reprise après -, l’homme fort du Standard sort enfin de son long mutisme. Une sortie qu’il a accepté de prolonger ce mardi pour L’Echo, histoire d’éclaircir quelques points abordés face caméra la veille. 

Droit de superficie de 40 ans

Vu de nuit, le futur stade et sa tribune 2 enfin achevée. Tous les abords seront eux aussi réaménagés pour offrir davantage de sécurité et de convivialité. ©ASSAR ARCHITECTS

Au centre du terrain, dès le premier échange, Bruno Venanzi place les finances du club et la nouvelle faîtière immobilière qui vient de sceller fin mars le contrat de rachat du stade au club, sous forme d’un droit de superficie (droit de propriété sur le bâti) de 40 ans. "Les acomptes sont déjà payés. Et le solde doit être versé pour le 30 juin au plus tard. Ce sera fait courant juin après augmentation de capital de la superficiaire, la SRL Immobilière du Standard, à hauteur de 6 millions d’euros", assure-t-il. Dans la foulée, il le répète une fois encore: Axel Witsel est à ses côtés dans le projet "depuis le début puisqu’il a investi directement avec moi dans la société en compagnie de Michaël Markowicz, un agent immobilier liégeois qui détient 10% dans l'immobilière depuis le début".

12
millions d'euros
C'est le montant global de l'enveloppe reversée par l'Immobilière à la S.A. Standard de Liège, dont 8,5 millions rien que pour le stade actuel et ses abords.

En 2016 déjà, dans les colonnes de L'Echo, Bruno Venanzi avait esquissé une première fois les contours de ses rêves en brique et évoqué un groupe privé d'investisseurs immobiliers dont il ferait partie. Mais depuis, les choses évoluaient bien lentement. "Techniquement, le stade n’appartenait pas au Standard de Liège. Mais nous avons mis fin de manière anticipative au leasing en cours (avec la SPI, NDLR) pour pouvoir le racheter, ce qui a un peu plombé les comptes du club l’année dernière", poursuit le patron. Il s’explique: si le club a racheté son vieux stade en se mettant dans le rouge, c’est pour pouvoir le revendre vite et mieux "à l’immobilière créée il y a un peu plus de deux ans. Cela doit permettre à celle-ci de trouver les investisseurs pour financer les nouveaux développements, car les banques n’ont aucune latitude pour prêter de l’argent à des clubs de foot".

Pour être précis, il est question d’une enveloppe globale de 12 millions d'euros, dont quelque 8,5 millions reversés par l'Immobilière pour le stade à la S.A. Standard de Liège, comme stipulé dans les garanties de financement transmises fin mars à la Commission des Licences en vue de décrocher - en deux temps - le précieux sésame. "Une partie de cette enveloppe – environ 2,5 millions - servira au rachat de toutes les factures qui concernent déjà le nouveau projet, dont les diverses études et les frais d’architectes d’Assar. Il y a également 800.000 euros budgétés pour le rachat des maisons bordant l’esplanade. Tout cela était un préalable obligé à la signature, le 31 mars dernier, du compromis cadrant le droit de superficie."

Finances du club dans le vert dès cette année

"Les acomptes sont déjà payés. Le solde doit être versé pour le 30 juin au plus tard. Ce sera fait courant juin après augmentation de capital de la SRL Immobilière du Standard, à hauteur de 6 millions d’euros."
Bruno Venanzi
Président du Standard de Liège

Il y a donc bien eu, pour les finances du club, un impact négatif d’abord… mais positif ensuite une fois les murs cédés - avec plus-value - à l’immobilière en question. Et d’ici 40 ans, le président des Rouches le répète, le club récupérera toutes les infrastructures développées et exploitées d’ici là pour rentabiliser l’investissement. Pour rappel, après travaux, il y aura notamment sur le site de nouveaux parkings, un supermarché (Aldi), un business center reboosté et une esplanade facilitant l’animation et sécurisant la mobilité multimodale (tram, voitures, cars, piétons) autour du stade, dont la tribune n°2 sera entièrement repensée pour boucler la boucle rouge tout en la laissant translucide. 

Le tout, budgété à quelque 100 millions d’euros, permettra de financer à hauteur de 60 millions d’euros le volet "stade" en tant que tel (esplanade, parking, Aldi, etc.). L’autre gros budget concernera le futur business center et ses dépendances (30 millions d’euros). "Pour financer le tout, reprend Bruno Venanzi, on fait appel à différents investisseurs privés. Notamment Axel (Witsel), Marouane (Fellaini) et d’autres qui se feront connaître quand le projet sera entièrement monté." La presse avait pourtant démenti en février dernier, par le biais de son avocat personnel, la présence de Fellaini dans le tour de table. Bruno Venanzi, lui, persiste et signe, preuve en "off" à l’appui. L’apport (sous forme de prêt) de ce dernier avoisinerait les 3 millions d’euros pour l’instant. 

La tribune 2, entièrement rehaussée et transparente, avec vue sur le stade, vue depuis l'angle de la rampe du Pont d'Ougrée, elle aussi redessinée.

Bruno Venanzi revient sur les finances du club, qui doit, rappelle-t-il, "vivre d’une balance positive sur les transferts". Les derniers résultats publiés mi-2019 affichent des ventes et prestations pour 60,5 millions d’euros, un chiffre d’affaires de 31,5 millions… et une perte dépassant 5 millions. "Effectivement, quand on regarde les derniers résultats d’exploitation publiés l’an dernier, ils sont négatifs. Mais si on ajoute à cela le fruit et le produit des transferts, on arrive à l’équilibre sur 5 ans. En tout et pour tout, le Standard a perdu 1 million d’euros. Bien entendu, l’absence de matches et de play-offs 1, qui sont notre core business, avec les entrées public, le sponsoring, le catering, cela va avoir un impact négatif sur nos résultats cette année. Mais heureusement, la revente du stade va combler ce trou à hauteur de plus de 8 millions, intégralement versés en bénéfice, alors qu’il n’était valorisé dans nos comptes qu’autour de 5 millions. Et avec les rentrées de l’Europa League et des transferts, on va donc repasser dans le vert pour le prochain exercice", assure le patron sans sourciller. 

Il poursuit sur le terrain de foot: "L’année passée, on aurait pu aussi faire des bénéfices importants. On a eu un revenu tiré de la vente des joueurs de plus de 20-25 millions d’euros, avec les ventes combinées de Marin et de Djenepo. Parallèlement, on a dépensé comme jamais dans l’achat de nouveaux joueurs, puisque, hors contrat Vanheusden, on a investi 20 millions avec, comme idée, d’être compétitif et se battre pour le Top 3.  Cette année, il n’y aura pas de gros achats de joueurs. Petit à petit, on a à nouveau des jeunes qui arrivent de l’Académie. On va garder les plus talentueux pour arriver dans le noyau A, comme Arnaud Bodart. Les play-offs 1, c’est le minimum syndical pour nous." 

Permis en août

"On devrait finalement obtenir les permis durant le mois d’août, pour démarrer le chantier au printemps 2021."
Bruno Venanzi
Président du Standard de Liège

Retour au calendrier des projets, pour boucler la boucle.Malgré le confinement actuel et quelques retards, l'horizon s'éclaircit. "Suite à l’enquête publique lancée fin février, on a eu 4 remarques à intégrer dans notre demande de permis. Les architectes nous assurent que c’est sous contrôle. On aurait dû recevoir le permis pour le 27 juin. Mais la crise du coronavirus a retardé les échéances. On devrait finalement obtenir le feu vert avec un retard de 6 semaines, durant le mois d’août, pour démarrer le chantier au printemps 2021, avec des échéances de fin de travaux entre 3 et 5 ans. Ce n’est qu’alors, permis en main, qu’une seconde augmentation de capital du véhicule immobilier visant à financer les travaux sera programmée." Les adjudications ont, elles, déjà été lancées. Trois équipes, qui seront départagées dans les prochaines semaines, sont en lice. Il s’agit des entreprises de construction Moury Construct et des paires Galère-CIT Blaton et Eloy-Duchêne.

 

 

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