Cayman, le groupe familial carolo qui aligne les hôtels comme il respire

Ils sont bien rares les développeurs-gestionnaires d’hôtels à pouvoir annoncer 100% de croissance de leur portefeuille immobilier – et de leur personnel - sur trois ans. Plus rare encore: c’est d’un groupe wallon qu’il s’agit. Cette entreprise carolo trop discrète – familiale de surcroît - vient juste de fêter ses 20 ans et s’apprête à aligner quasi chaque trimestre jusqu’en 2023 une ouverture d’hôtel après l’avoir transformé en profondeur voire construit de A à Z.

Jusqu’ici, les Cayman, père et fils, rayonnaient depuis Gerpinnes, avec une douzaine d’hôtels sous gestion depuis le coup de froid de 2008 (crise financière). Mais le dégel est bien amorcé et la croissance exponentielle du groupe programmée aujourd’hui l’oblige à déménager vers l’aéropôle de Gosselies, où elle dispose de deux hôtels en propriété et en exploitation… et de quelques hectares de réserve foncière pour élargir encore son offre ciblée avec vue sur l’aéroport voisin, dont le décollage commercial est parallèle au sien. Le futur siège sera logé dans les anciens bureaux et entrepôts de Venyo Europe, avenue Georges Lemaître, reloués par l'entremise d'Allten.

Expansion à l’international

CHIFFRES clés
  • Chiffre d’affaires sur 11 hôtels (2018): 20,84 millions euros TTC
  • Taux d’occupation global: 79%
  • Prix moyen par chambre: 65€
  • Nombre de collaborateurs: 180 fin 2018, 370 d’ici fin 2021
  • Nombre d’hôtels sous gestion: 12 en 2018
  • Ouvertures programmées d’ici fin 2022: 14

Non content de voir son portefeuille gonfler de 12 à 27 hôtels d’ici 2023 et son personnel passer de 180 à 370 employés et ouvriers, le groupe Cayman va aussi sortir des frontières nationales. Des ouvertures d’hôtels en France (Rouen puis Annecy) et en Espagne (Séville) sont déjà programmées. "Nous venons d’acquérir près de l’aéroport de Séville un terrain de 2 hectares. On a confié les plans du futur projet à un architecte belge (Atelier de l’Arbre d’or) en collaboration avec un bureau espagnol (Buro4). Ce sera un Combo Holiday Inn Express et Moxy de 240 chambres. Notre père souhaitait depuis longtemps sortir de Belgique. D’ailleurs, il est pour l’instant à Annecy, sur le chantier du futur Holiday Inn que nous ouvrons en 2020", intervient Olivier Cayman.

Doubler la voilure pour les 20 ans

Le futur Adagio Access intégré sur le site du nouvel hôpital du Chirec-Delta à Auderghem. Le groupe Cayman en est propriétaire et gestionnaire. ©QuickIt

Mais les grandes manœuvres ont débuté un peu partout de concert. Après le Novotel de Wavre (ex-Leonardo), inauguré après transformation lourde en début d’année, ouvriront avant l’été un Holiday Inn à Rouen-Rive Gauche et, un mois plus tard, l’Ibis Brussels Centre Châtelain, chaussée de Vleurgat à Bruxelles. Une année somme toute assez calme avant le tir groupé de 2020, avec six ouvertures dont le transfert dès janvier de l’Ibis Charleroi City Center, dans un immeuble entièrement rénové situé au boulevard Mayence à Charleroi, et celle, simultanée, des Moxy de Gand, Anvers et Diegem. "Nous avons été le premier franchisé privé belge du groupe Accor Hotels et sommes devenus rapidement le plus important en volume, avec 13 hôtels en exploitation en Belgique, sous les marques ibis, ibis Budget et Novotel. Mais dès cette année, nous allons diversifier nos partenariats structurels et nos marques sous gestion, notamment avec IHG (Holiday Inn Express) et Marriott (Moxy). Ce qui ne nous empêchera pas de poursuivre avec Accor: un Ibis et un Adagio Access sont notamment au programme d’ici 2020. Ce dernier hôtel sera logé au cœur du site du nouvel hôpital du Chirec à Auderghem (Delta). Nous avons acheté la dalle dès le départ et la construction est coordonnée par AG Real Estate et Burco", détaille François Cayman. Au total, 1.580 chambres viendront doubler l’offre actuelle.

©Mediafin

Charleroi pas oublié

Le projet emblématique carolo du moment: 40 millions d'investissement sur l'îlot Buisset et le front de quai Verlaine (hormis l'immeuble occupé par la Nouvelle Gazette). ©Atelier de l'Arbre d'Or

Mais le berceau historique ne sera pas en reste. Autour de l’Ibis familial historique logé non loin de la gare de Charleroi, la famille Cayman a racheté un à un tous les immeubles du pâté de maison - hormis le siège de la Nouvelle Gazette (Rossel) - pour y lancer un important projet immobilier mixte dont le budget avoisine les 40 millions d’euros. "C’est l’Atelier de l’Arbre d’Or (Namur) qui a dessiné les plans. On a déposé les demandes de permis et nous avons reçu fin janvier un avis globalement favorable du Collège communal. Au programme, il y aura 30.000 m² bâtis: deux surfaces commerciales pour 1.150 m², un alimentaire de 390 m², 29 appartements, une résidence confort de 89 unités, un hôtel de 97 chambres et 5 restaurants… sans compter le parking de 253 places en sous-sol. On a prévu l’ouverture de l’hôtel en 2022", énumère Olivier Cayman.

De la pharmacie à l’hôtellerie

Olivier (à gauche) et François Cayman, aujourd'hui aux commandes du groupe familial créé par leur père Bernard il y a 20 ans. ©Cayman

Rien ne prédestinait Bernard Cayman (65), pharmacien carolo de son état, à devenir promoteur immobilier et gestionnaire d’hôtels, même si, selon ses fils, il a toujours aimé les briques. "Il n’a jamais su rester derrière un comptoir. Ce qui l’intéressait, c’était de reprendre une pharmacie en désuétude, la délocaliser et la relancer", explique son fils Olivier.

Et en devenant peu à peu gestionnaire d’un réseau d’une quinzaine d’officines, la gestion immobilière est rapidement devenue le core business du pharmacien de formation. Dès 1989 d’ailleurs, il crée d’ailleurs Immo-Sambre, la holding immobilière dans laquelle seront logés progressivement tous les murs des pharmacies reprises. C’est lorsqu’il revendra en 2001 ce portefeuille – sauf les murs de la pharmacie de la place Buisset - à la société internationale Lloyd Pharma (via un bail emphytéotique) que Bernard fera réellement le grand saut, en réinvestissant progressivement son capital dans des bâtiments redéveloppés en hôtels.

Après Charleroi suivront Fleurus, Waterloo, Dinant, Hasselt, Boncelles, Alost et Gosselies, tous sous enseignes Accor. Mais parallèlement, il multiplie les projets immobiliers et résidentiels (Gand et Bruges) ou celui, avorté, de construire un parking souterrain sous le boulevard Tirou.

En 2003, le portefeuille familial compte déjà 8 hôtels sous franchise Accor. Depuis, l’actionnariat est resté totalement familial. Aujourd’hui, les trois fils de Bernard le secondent à tous les étages. En accélérant la cadence. Et la gestion opérationnelle quotidienne du parc hôtelier élargi est confiée à Luc Mesuere, qui a fait ses classes chez Accor et a dirigé plusieurs hôtels du groupe en Belgique.

"Tous nos comptes sont révisés, publiés. Notre père a créé le groupe il y a 30 ans et il avait encore, il y a trois ans, certains hôtels en personne physique. Depuis, on a restructuré l’ensemble de nos activités. Nous souhaitons grandir en gardant le même ADN. Aujourd’hui, nous pilotons 35 sociétés – pas que des hôtels, d’ailleurs -, chacune englobant un actif sous gestion. On n’a pas de politique de dividendes: on réinvestit tout dans le développement du groupe, notamment à l’international. Nous avons créé des filiales en France et en Espagne à cet effet et nous voulons nous diversifier géographiquement", insiste François Cayman, qui parle d’un chiffre d’affaires 2019 avoisinant les 30 millions d’euros (+50% sur un an).

L'intérieur du futur Ibis Brussels Centre Châtelain, qui ouvrira ses portes l'été prochain chaussée de Vleurgat. Le jardin promet d'être le nouveau lieu de rendez-vous des expats français.

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