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Cohabs lève 15 millions d'euros pour ses colocations branchées

©Saskia Vanderstichele

La start-up immobilière spécialisée dans la colocation boucle un tour de table de 15 millions d’euros avec notamment AG Real Estate. Après avoir acquis, rénové et mis en colocation 26 bâtiments à Bruxelles, la start-up se lance à New York.

Quand ils cherchent un décorateur pour leurs maisons, ils vont chercher Lionel Jadot, le designer star que tout Bruxelles s’arrache. Quand ils veulent investir un nouveau marché, ils s’attaquent directement à New York. Fondée en mai 2016 par Youri et Malik Dauber et François Samyn, Cohabs est une illusion. Une start-up qui donne l’impression de tomber dans les travers du milieu alors que ses choix et sa stratégie sont définis au millimètre près par un quintet improbable rassemblé autour d’un projet né en 2016.

"On avait un peu d’argent de côté à l’époque. On a décidé avec mon frère Malik et François Samyn d’investir dans l’immobilier de rapport à Bruxelles", raconte Youri Dauber, CEO de Cohabs. En 2016, lors de l’achat de leur première maison et des visites qui vont avec, le trio se rend compte que rien n’est réellement prévu pour vivre en communauté dans des espaces pourtant labellisés comme des colocations. "Ce sont des vieux bâtiments dans des états assez déplorables où l’on met un maximum de chambres pour maximiser les revenus".

26 bâtiments à Bruxelles 

©FRANCE DUBOIS

Sans forcément imaginer la suite, ils se lancent le défi de révolutionner l’expérience de colocation. Ce premier achat c’est donc le début de l’histoire de Cohabs et de sa philosophie centrée sur les membres de sa communauté et sur leur vie au sein des lieux. Rejointe ensuite par Vinciane Nobels et Lionel Jadot, l’équipe formée se met en ordre de bataille.

Depuis, la start-up a acquis 26 bâtiments à Bruxelles et compte 387 chambres en location, initialement destinées au public expatrié du quartier européen. Youri Dauber et sa bande ont vite senti l’opportunité d’ouvrir des lieux plus excentrés et dans des quartiers plus branchés comme à Saint-Gilles, Forest et Ixelles. Consciente des limites de l'entre-soi qui peut se créer au sein de ses collocations, la start-up collabore avec des associations pour les ouvrir à des publics moins favorisés avec des montants de locations plus abordables.

Ce qui est produit en masse par le secteur immobilier ne correspond plus aux besoins des nouvelles générations.
Youri Dauber
CEO de Cohabs

La demande étant là, la croissance est au rendez-vous depuis le lancement de la start-up. Pour pouvoir suivre cette demande, il faut acheter des biens et pour acheter des biens, il faut des liquidités. En mars 2018, Cohabs lève 1,4 million d'euros auprès d’Alphastone, un fonds d’investissement bruxellois. Un deal qui a permis à Cohabs de réellement prendre son envol car le fonds d’investissement avait également souscrit pour 10 millions d’euros de prêts subordonnés, indispensables à l’achat des biens immobiliers. Avec ce montant, ils ont mis en location plus de 250 chambres en un peu plus d'un an.

Trois investisseurs

Il fallait aller chercher un gros montant pour pouvoir passer à l’étape supérieure. Sauf que la start-up s’est heurtée à des mentalités immobilières déconcertantes. "On a rencontré beaucoup de promoteurs immobiliers dans le cadre de cette levée. Quasi aucun ne se demande: que veulent les gens? Est-ce qu’il faut plus de communs? Faut-il mettre de l'horeca au rez-de-chaussée? Ces questions doivent trouver des réponses dans les besoins des gens, pas dans la maximisation d’un espace." Le CEO de Cohabs ajoute même: "Ce qui est produit en masse par le secteur immobilier ne va bientôt plus correspondre aux besoins des nouvelles générations."

Nous pensons qu’il y a un souhait grandissant parmi les jeunes professionnels de vivre dans des communautés, de partager des espaces communs tout en gardant leur autonomie et en bénéficiant de services utiles.
Amand-Benoit D’Hondt
AG Real Estate

Un énième rendez-vous avec un historique du secteur a pourtant porté ses fruits. Charmé par le projet et conscient de la tendance dans laquelle s’inscrit la start-up, AG Real Estate a flairé le bon coup et décidé de s’impliquer financièrement. Dans une vague d'innovation, le géant du secteur a séduit les cinq associés de la start-up. Trois mois de négociations plus tard, Cohabs boucle son tour de table avec une valorisation de 50 millions d’euros.

Autour de la table, on retrouve trois investisseurs qui mettent chacun 5 millions d’euros: AG Real Estate, Alphastone et un family office qui préfère rester anonyme. "Nous pensons qu’il y a un souhait grandissant parmi les jeunes professionnels de vivre dans des communautés, de partager des espaces communs tout en gardant leur autonomie et en bénéficiant de services utiles", explique Amand-Benoit D’Hondt du côté de chez AG Real Estate.

AG sait pertinement que Cohabs répond à une demande croissante et en décidant de mettre un pied dans l'aventure, l'entreprise pense déjà à l'étape suivante où elle pourrait investir encore plus. Même son de cloche chez Alphastone: "Nous nous concentrons dans des investissements sur les nouvelles manières de vivre, de travailler et les évolutions sociétales qui y sont associées", explique Maxime Xantippe.

L’expérience de collocation digitale

Avec ces fonds, les dirigeants espèrent poursuivre leur croissance et faire perdurer leur aventure entrepreneuriale. "Le modèle à succès que l’on a pour l’instant, nous le devons uniquement à nos membres qui nous ont continuellement donné du feedback sur leur expérience." Des retours d’expérience qui ont permis à la start-up de développer une expérience digitale complète, de la réservation à la commande de papier toilette en passant par les activités communes. Idem en interne où la gestion est assurée par des logiciels développés sur mesure. Avec des investissements immobiliers valorisés et une couche digitale qui améliore l'expérience, Cohabs a trouvé sa recette. 

Cohabs s’installe à New York

"500 m² à Brooklyn, ce n’est pas pour l’esbroufe. C’est parce que c’est le marché le plus rentable pour nous. Tout est calculé." New York, les frères Dauber et leurs associés en rêvaient. Mais pas pour le nom ronflant à apposer sous leur logo. Ils ont fait leurs calculs et analysé 300 villes par critères de rentabilité. "Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est New York qui s’avère être, selon notre business, la ville avec le meilleur potentiel". 

Cohabs va y ouvrir 14 chambres et y installer ses bureaux avant de prévoir les investissements suivants. La maison sera opérationnelle au printemps 2020 et ne devrait pas être la dernière acquisition de Cohabs outre-Atlantique.

La start-up a engagé un "Head of Operation" sur place pour initier le développement de la structure locale. L’acquisition de cette maison n’est pas un test. Cohabs a bel et bien l’intention de s’implanter sur le marché new-yorkais et surtout dans ses quartiers chics et branchés. La cible? Une population d’expatriés qui voudra retrouver des colocataires parlant sa langue.

 

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