Comme les biotechs, les SIR vont pouvoir lever des fonds en quelques heures

©Ans Brys

Bientôt les sociétés immobilières réglementées cotées en Bourse, les SIR, pourront lancer des augmentations de capital sans que les actionnaires existants y participent. Le secteur applaudit mais il s’agit de trouver un équilibre.

Les communiqués de presse sur les procédures accélérées de livre d’ordre au cours desquelles de gros investisseurs peuvent acheter de nouvelles actions rapidement sont souvent associés aux sociétés de biotechnologies. Lors de l’assemblée annuelles, les actionnaires accordent cette liberté au conseil d’administration et acceptent, dans la foulée, de se retrouver hors-jeu lors d’une telle opération.

Imaginez que demain nous puissions signer un dossier de 100 ou 200 millions d’euros, cette possibilité de lever rapidement de l’argent constitue une énorme amélioration.
Mickaël Van den Hauwe
CFO de WDP

L’expérience démontre que l’on peut lever, à la vitesse de l’éclair, des dizaines ou des centaines de millions d’euros avec un placement privé. Parfois, le communiqué de presse annonçant une telle opération est publié à la clôture du marché et les banquiers d’affaires ont déjà rassemblé les fonds voulus au milieu de la nuit.

En comparaison, une augmentation de capital publique est un calvaire. C’est pourtant par là que les sociétés cotées du secteur immobilier doivent passer si elles souhaitent alimenter leur compte en banque avec de gros montants. Jusqu’à ce que le parlement fédéral adopte, après les vacances de Pâques, une changement de législation pour les SIR.

Protection pour les investisseurs prudents

La commission compétente de la Chambre a déjà abordé cette question et elle a donc de grandes chances d’être adoptée en séance plénière. Le plafond est fixé à 10% de nouvelles actions par 12 mois. L’assemblée générale des actionnaires doit donner son feu vert chaque année. Cette réforme de la loi est largement soutenue par le secteur.

La législation initiale sur les Sicafi de 1995 servait à protéger les investisseurs prudents de la Bourse de Bruxelles contre un désastre. Grâce à cette loi, les investisseurs en sociétés immobilières réglementées pouvaient compter sur le fait qu’au moins 80% des bénéfices leur seraient distribués sous forme de dividende. Dans le même temps, les dettes ne pouvaient pas dépasser 65% de la valeur de tous leurs avoirs immobiliers.

Oui, les investisseurs qui ne peuvent pas participer verront leur droit de vote dilué. Mais il n’est pas question d’une dilution de la valeur de leurs actions, au contraire.
Preben Bruggeman
CFO de Home Invest Belgium

"C’est difficile pour les SIR belges ; elles sont actuellement en mode croissance. Pour chaque transaction, nous devons penser au niveau de l’endettement" réagit Mickaël Van den Hauwe, directeur financier du spécialiste en logistique WDP . "Imaginez que demain nous pouvons signer un dossier d’investissement attirant de 100 à 200 millions d’euros et que nous puissions comme société affichant une capitalisation boursière de plus de 3 milliards lever jusqu’à 10% de capitaux en une nuit. Cette nouvelle possibilité et une amélioration énorme."

Plusieurs patrons soulignent que les concurrents étrangers disposent déjà d’un tel instrument. "De cette façon, nous nivelons le terrain de jeu" estime Stefaan Gielens, CEO d’Aedifica . "En outre, des investisseurs institutionnels attendent une augmentation de capital pour en une seule transaction acheter un gros morceau d’une entreprise."

Pour ces investisseurs, les volumes d’échange en Bourse sont trop faibles pour passer de gros ordres.

Dilution

Si la société émet 10% de nouvelles actions, le groupe de départ détient une part plus petite de la même entreprise. "Une société qui sollicite les marchés au bon moment devra seulement accorder de faibles décotes lors d’un placement privé" précise Preben Bruggeman, le CFO de Home Invest Belgium . Cet appât pour acheteurs de nouvelles actions est en général toujours plus élevé via une augmentation de capital publique. "Oui, les investisseurs qui ne peuvent pas participer verront leur droit de vote dilué. Mais il n’est pas question d’une dilution de la valeur de leurs actions, au contraire."

Les patrons de SIR se rendent compte que la réforme législative ne leur donne pas un laisser-passer pour contourner les propriétaires de leur entreprise. "C’est un exercice d’équilibre" juge Gielens. "On ne veut pas décevoir les actionnaires existants. Mais comme SIR de croissance, on souhaite avoir un accès rapide au marché des capitaux et atteindre les gros investisseurs."

"Il s'agit d'un moyen efficace et rapide de réagir aux opportunités et aux risques" avance Van den Hauwe. "Supposons qu’une entreprise fasse cela trop souvent et perd des yeux l’intérêt de tous les actionnaires. Ils régleront cela avec le cours de l’action et renâcleront lorsqu’ils devront à nouveau donner leur autorisation lors de l’assemblée annuelle."

"En cas de problèmes, cette possibilité permet aussi une avancée décisive. Si vous souhaitez faire baisser rapidement le taux d’endettement à un moment difficile, cela constitue une bonne option pour tout le monde" conclut Mickaël Van den Hauwe.  

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