Construire des entrepôts le long des voies d'eau pour désengorger les routes

Le nouveau centre EMEA de distribution de Nike, à Laakdal (Beringen) illustre parfaitement l’évolution stratégique de la demande: depuis deux ans, la plateforme internationale, utilisée pour l’e-commerce et pour les livraisons aux secteurs du commerce de détail et de gros dans 38 pays d’Europe et d’Asie, est presque exclusivement desservie par voie fluviale, via le canal Albert. ©Jaspers-Eyers Architects.

Les autoroutes battent des records d’embouteillages? Prenez les voies navigables! Rien qu’au deuxième trimestre 2018, les bateaux de navigation intérieure ont transporté plus de 52 millions de tonnes de marchandises sur les cours d’eau belges.

De plus en plus de grandes entreprises sont à la recherche d’entrepôts situés le long d’un cours d’eau. C’est la conclusion d’une analyse de marché réalisée par le groupe immobilier Ceusters, qui considère cette tendance émergente comme une des alternatives à l’engorgement croissant du réseau autoroutier belge.

Selon les recensements de Ceusters, basés sur les chiffres les plus récent de Statbel (2017), les barges belges ont transporté pas moins de 36.808 conteneurs, soit quelque 201 millions de tonnes, et parcouru plus de 11 milliards de kilomètres. Cette tendance de fond semble appelée à se poursuivre durablement au vu des investissements consentis sur le réseau fluvial transnational à échelle européenne.

"Notre pays a tous les atouts en main pour utiliser davantage ce réseau alternatif. La Belgique compte en effet 1.076 kilomètres de voies navigables, situées au cœur d’un réseau européen de 25.000 kilomètres reliant les principaux centres industriels, fluviaux et maritimes. Ce mode de transport alternatif est en outre moins cher, plus économe en énergie et plus ponctuel que le trafic routier. C’est donc une des solutions les plus évidentes aux problèmes de congestion inextricables sur nos routes", résume Ingrid Ceusters, la CEO du groupe Ceusters.

Bémol wallon

A l’échelle wallonne, on émettra toutefois un bémol. Selon les derniers chiffres de l’administration régionale (IWEPS, mars 2019) concernant la mobilité sur les voies hydrauliques, le tonnage annuel de marchandises transportées via le réseau fluvial wallon (qui compte 451 km utiles au transport) stagne depuis 2000 autour de 42 millions de tonnes et ne représente que 21% du total national.

On peut se consoler en se disant qu’il y a de la marge ou se lamenter en constatant que, malgré les lourds aménagements réalisés ces derniers temps pour mieux connecter les bassins fluviaux (écluses, dragage, quais, etc.), le tonnage transporté n’augmente pas réellement. En tonne par kilomètre, la province de Liège se taille quasi la moitié du volume régional total transporté. L’aménagement de Trilogiport, le port multimodal aménagé en aval de Liège, et les relations commerciales accrues négociées avec le port d’Anvers y sont pour beaucoup.

Bonne nouvelle toutefois du côté de la nature des marchandises transportées: celles-ci sont de plus en plus diversifiées et à valeur ajoutée. Ainsi, le trafic de conteneurs transbordés (catégorie ‘marchandises diverses’) est en haussse de 20% sur un an (2018).

Augmenter l’offre d’entrepôts adaptés pour dynamiser le réseau

Selon les estimations de Ceusters, la Belgique totalise entre 10 et 12 millions d’entrepôts proches du réseau navigable, la plupart situés dans et autour du port d’Anvers. Ce n’est rien comparé aux Pays-Bas, où le nombre d’entrepôts de ce type est au moins deux fois supérieur. Selon les chiffres du Vlaamse Waterweg, la Flandre compte à elle seule 534 terrains d’activités économiques situés le long ou à proximité d’une voie navigable, ce qui représente un total de 31.830 hectares dédiés. Le plus grand site a une superficie de 5.325 mètres carrés, le plus petit, de seulement 900 mètres carrés.

"Qu’on ne soit pas dupe: la grande majorité du transport de marchandises s’effectue encore par la route. Mais de plus en plus d’entreprises cherchent des alternatives durables et rapidement praticables. L’engouement rencontré par des parcs logistiques proches de cours d’eau importants comme le Kluizendok à Gand, le Trilogiport à Liège ou le Bluegate à Anvers prouve que des zones industrielles aménagées sur les rives de voies navigables à très haut potentiel ont de l’avenir dans notre pays", conclut Ingrid Ceusters. 

Le Trilogiport, à Liège. ©Aerialmedia

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect